À l’aube du jeudi, les collines d’Ali al‑Taher ont subi le bombardement le plus violent depuis des semaines: jusqu’à cinq raids par heure, les blindés progressant sur toute la ligne de front, tandis que deux drones du parti s’abattaient sur des soldats israéliens retranchés sur les hauteurs. Dix semaines de siège «par grignotage» se sont écoulés: ravitaillement coupé, relève interdite, même les drones porteurs de nourriture et d’eau abattus. Les estimations israéliennes évoquent la mort de la plupart des assiégés sous terre. Le parti, une fois n’est pas coutume, ne confirme ni ne dément. Que la colline tombe ou non, la question demeure: et après?
D’abord la géographie. Trois hauteurs de 600 mètres font face au château de Beaufort, vestiges du retrait israélien de mai 2000. De là, on embrasse du regard Nabatiyé, Iqlim al‑Touffah et les passages du Litani. Israël, doté de satellites et de drones, n’a pas besoin d’une colline pour observer. Alors pourquoi s’acharner sur ce site, ouvrir des routes, bâtir des fortifications? Parce qu’il est question de terre, et non d’un simple poste d’observation; d’un pied‑à‑terre durable, et non d’une incursion passagère. Tenir Ali al‑Taher, ce n’est pas regarder en arrière, c’est déjà scruter l’après.
La politique, quant à elle, apporte une réponse plus tranchée. Cette colline aurait pu rester hors de la bataille. La proposition américaine était claire: l’armée libanaise prend position, Israël se retire au‑delà du Litani. Israël avait accepté en principe, tandis que le Hezbollah a refusé, arguant que la colline est au nord du fleuve et donc hors du champ de la résolution 1701. En réalité, céder la colline à l’armée revenait à admettre que l’armement au‑delà du fleuve est négociable — tabou absolu pour le parti, qui proclame que la hauteur «ne tombera pas par reddition». Autrement dit, il préfère la perdre par le feu que la remettre à l’État. Et après? Qu’ont gagné les assiégés en dix semaines, privés même de vivres? La colline a‑t‑elle protégé Nabatiyé des raids? Arrêté les bulldozers dans les villages voisins? Freiné le projet de «zone de sécurité»? Des hommes s’épuisent jusqu’au dernier souffle pour un symbole, tandis que le parti martèle que la colline tient, envers et contre tout.
Le jour où Ali al‑Taher tombera, c’est plus qu’une colline qui s’effondrera. Ce sera d’abord l’effacement du point central de l’agenda de Rome: l’évacuation de la hauteur qui domine la huitième session, prévue initialement début septembre et désormais repoussée aux alentours de la mi-septembre. Washington nie tout report, mais Israël affiche son refus de tout retrait supplémentaire avant d’achever ses «zones pilotes». Ce sera ensuite la levée du dernier obstacle à l’exploitation électorale: une seule photo de Netanyahou sur la colline avant le scrutin du 27 octobre lui vaudra plusieurs sièges supplémentaires à la Knesset. Ce sera enfin, et surtout, la chute d’un principe: tout site que le parti refuse de remettre à l’État, Israël le prend par le feu. Après Ali al‑Taher, une autre colline donc, un autre siège, un autre sacrifice, tant que prévaut la règle: «plutôt mourir que céder».
Le président Aoun affirme que la reconstruction du Sud ne peut se faire sous occupation. Il a raison. Plus juste encore: toute colline que l’État ne prend pas en premier, Israël la prendra. En mai 2000, Ali al‑Taher fut l’un des derniers bastions évacués par Israël. Aujourd’hui, elle est en tête de ce qu’il veut reprendre. Les armes censées l’avoir libérée deviennent le prétexte pour la réoccuper.
La réponse à «et après» se trouve uniquement entre nos mains. Après Ali al‑Taher, une colline où l’armée arrive la première… ou bis repetita, encore et toujours.



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