Poutine évoque enfin «une chance» de négociations directes avec Kiev. Mais pour l’Europe, la porte reste fermée.
C'est devant des dizaines de chefs d'État et de délégations réunis à Vladivostok, jeudi 3 septembre, à l'occasion de la session plénière du Forum économique oriental, que Vladimir Poutine a de nouveau abordé la question qui obsède les chancelleries depuis des mois: celle d'une issue négociée à la guerre en Ukraine.
Interrogé sur la possibilité de pourparlers pacifiques et constructifs entre Moscou et Kiev, le maître du Kremlin n'a pas éludé la question. «Y a-t-il une chance? À mon avis, oui», a-t-il répondu, selon des propos rapportés par l'agence russe Interfax, dans une formule sobre mais lourde de sens pour un homme peu enclin, ces dernières années, à laisser transparaître le moindre optimisme sur ce dossier.
Le président russe a pris soin de replacer cette déclaration dans un contexte plus large, saluant «tous ceux qui tentent de contribuer» à un règlement, citant explicitement les États-Unis et la Chine parmi les puissances disposées, selon lui, à appuyer une sortie de crise.
Mais il a aussitôt tempéré cette ouverture d'un rappel de doctrine, martelé à plusieurs reprises devant l'auditoire du forum: la Russie et l'Ukraine doivent négocier d'abord, seules; les autres pays ne pourront apporter leur concours que dans un second temps. Une séquence qui, dans les faits, écarte l'Europe de toute médiation immédiate.
Des conditions posées à toute médiation européenne
Car c'est bien sur ce point que le chef du Kremlin s'est montré le plus explicite. Pour envisager d'associer un jour les Européens à des discussions plus larges, Vladimir Poutine a posé deux conditions: l'arrêt des livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine, et une prise de position claire des capitales européennes sur les frappes menées en profondeur à l'intérieur du territoire russe deux exigences difficilement acceptables en l'état pour l'Union européenne et le Royaume-Uni.
Sur le plan strictement bilatéral, en revanche, Poutine a précisé que des contacts avec l'Ukraine se poursuivent, essentiellement par le biais des services de renseignement, tout en laissant percer un certain scepticisme quant à leur efficacité.
Le président russe a par ailleurs durci le ton à l'égard de Kiev sur un autre front, qualifiant d'«actes de terrorisme d'État» les attaques ukrainiennes visant des navires marchands civils, ainsi que ce qu'il a présenté comme des menaces contre l'aviation civile, estimant que de tels agissements «compliquent les perspectives de pourparlers de paix bilatéraux». Une accusation qui vise à rejeter sur Kiev la responsabilité de l'enlisement diplomatique, alors même que les deux camps ont, depuis l'échec des discussions de février dernier, intensifié leurs frappes à longue portée, dans les airs comme en mer. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait lui-même averti les compagnies aériennes que la présence de drones ukrainiens rendait l'espace aérien russe dangereux, tout en assurant que les cibles visées demeureraient d'ordre strictement militaire.
Du côté ukrainien, le ton se veut prudemment optimiste. Le ministre des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a évoqué l'amorce d'une phase nouvelle, assurant croire «qu'une nouvelle dynamique va désormais s'installer dans les efforts de paix, avec le retour d'une phase active» d'engagement diplomatique dans plusieurs capitales, sans vouloir en dire davantage. De son côté, Volodymyr Zelensky dit espérer une visite à Kyiv, dans les prochains jours, des émissaires de Donald Trump.
Selon l’agence russe TASS, les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner sont attendus à Moscou puis à Kyiv les 5 et 6 septembre. Une visite qui s’inscrit dans les efforts répétés du président américain pour parvenir à une issue négociée au conflit.
Tension croissante
Cette main tendue à Kiev, aussi conditionnelle soit-elle, tranche avec la tension croissante que Moscou entretient au même moment avec les capitales européennes. Le forum de Vladivostok s'est tenu sur fond d'une crise en pleine expansion entre la Russie et plusieurs pays du continent, après la découverte d'un drone chargé d'explosifs sur le tarmac de l'aéroport de Leipzig, en Allemagne, dont Berlin a attribué la responsabilité à Moscou.
En représailles à la fermeture, par l'Allemagne, de la «Maison russe» de Berlin, Sergueï Lavrov a annoncé la fermeture de toutes les antennes de l'institut culturel allemand en Russie, estimant que cette mesure marquait la fin de la présence culturelle allemande sur le sol russe. Le Royaume-Uni a, de son côté, convoqué le chargé d'affaires russe à Londres pour dénoncer la tentative d'attaque contre l'aéroport allemand.
L'équation qui se dessine à l'issue de ce forum est donc à double face. D'un côté, une chance de dialogue direct avec Kiev, assortie d'une dynamique saluée par les deux parties et d'une navette diplomatique américaine en préparation. De l'autre, un rapport de force délibérément durci avec les Européens, sommés de choisir entre leur soutien à l'Ukraine et une place éventuelle dans le processus de paix, sur fond d'incidents comme celui de Leipzig qui alimentent une défiance déjà à son comble.
Pour l'heure, ni Moscou ni Kiev n'ont annoncé de date ni de lieu pour une éventuelle rencontre directe. Mais dans une guerre où le silence diplomatique a longtemps prévalu, la simple évocation publique d'«une chance» par le principal artisan du conflit constitue, en soi, un signal que les chancelleries occidentales scruteront de près dans les prochains jours.



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