Un reportage publié par The Wall Street Journal le 2 septembre dernier a fait état d’une décision du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, visant à prolonger jusqu’en 2027 le déploiement des forces américaines au Moyen-Orient dans le cadre de la campagne militaire menée contre la République islamique d’Iran.
Cette décision a suscité des interrogations, notamment aux États-Unis, parmi ceux qui défendent une cessation rapide des combats et un désengagement américain du Moyen-Orient. Elle pourrait, à première vue, sembler en décalage avec les déclarations du président Donald Trump, qui évoque régulièrement depuis le début des hostilités la nécessité de parvenir à une issue au conflit. Mais cette volonté de paix ne signifie pas, dans sa logique, un abandon des objectifs militaires et stratégiques américains.
Les élections américaines ne semblent pas dicter la stratégie
Une autre interprétation avait également émergé ces dernières semaines : celle d’un possible retrait américain dicté par les considérations électorales.
À l’approche des élections de mi-mandat de novembre, certains estimaient que Donald Trump chercherait à réduire son implication militaire au Moyen-Orient afin de limiter un potentiel coût politique du conflit auprès de l’électorat américain. L’objectif aurait alors été clair selon ceux-là: préserver la majorité républicaine au Congrès et conserver sa marge de manœuvre politique.
Mais cette hypothèse semble aujourd’hui moins convaincante.
Selon le même reportage du Wall Street Journal, le président américain aurait considéré que les calculs électoraux ne devaient pas déterminer l’issue de la guerre. Autrement dit, la perspective des élections ne semble pas remettre en cause les objectifs fondamentaux fixés par Washington.
Dans ce contexte, le démantèlement du programme nucléaire iranien, la réduction des capacités balistiques de Téhéran, ainsi que la limitation, voire l’élimination, de la menace que l’Iran représente pour Israël et pour les alliés arabes des États-Unis demeurent au cœur de la stratégie américaine.
La véritable ligne rouge ne serait donc pas la durée du conflit, mais les conditions de son issue.
Le facteur militaire: des forces toujours engagées
Les réalités opérationnelles au Moyen-Orient constituent un autre indicateur important.
Plusieurs rapports ont fait état des difficultés rencontrées par les forces américaines déployées dans la région. La proximité des zones de combat et l’exposition aux frappes de drones ont conduit à restreindre l’accès du personnel américain aux installations militaires dans la région, notamment au quartier général de la Ve Flotte à Bahreïn et à la base de Fujairah, aux Émirats arabes unis. Pour maintenir leurs forces en opération, les États-Unis ont dû donc s’appuyer sur des installations situées à grande distance du théâtre des opérations, notamment Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos.
La durée exceptionnelle de certains déploiements témoigne également de cette pression. Le porte-avions USS Gerald R. Ford a ainsi effectué un déploiement particulièrement long, d’environ onze mois, dans un contexte inédit depuis la fin de la guerre froide.
Le cas de l’USS Abraham Lincoln avait, lui aussi, suscité des préoccupations. Plusieurs rapports avaient fait état de problèmes liés à la santé mentale des personnels et aux conditions d’hygiène à bord, alimentant les inquiétudes de certaines familles de membres d’équipage et conduisant, il y a quelques semaines, au retour du porte-avions aux États-Unis.
Pour autant, ces difficultés n’ont pas entraîné de retrait américain de la région. L’USS Abraham Lincoln a depuis été relevé par l’USS George Washington, alors même que ce dernier était le dernier porte-avions américain à opérer dans la région indo-pacifique, théâtre considéré comme une priorité stratégique majeure pour Washington.
Parallèlement, l’USS Theodore Roosevelt, à propulsion nucléaire, poursuit l’entraînement de son équipage en vue d’un déploiement de longue durée. Si sa destination finale n’a pas encore été officiellement rendue publique, son déploiement dans cette région apparaît comme l’hypothèse la plus probable.
Pris dans leur ensemble, et au regard du maintien d’importantes forces aériennes et navales dans la région, de la relève des porte-avions ainsi que de la décision de Pete Hegseth de maintenir ce dispositif, ces mouvements témoignent moins d’une volonté de désengagement que d’un redéploiement des capacités américaines. Ils ne donnent pas, en tout cas, l’image d’une puissance préparant un retrait précipité du Moyen-Orient, mais plutôt celle d’une administration qui entend préserver sa capacité d’action et conserver les leviers nécessaires pour peser sur l’issue du conflit.
Le Liban : un processus diplomatique qui reste sous contrôle américain
Cette lecture de la politique américaine trouve également un écho au Liban.
Au cours des dernières semaines, certaines voix dans le camp des partisans du Hezbollah avaient remis en cause le processus de négociations, le présentant comme inutile ou défavorable à l’État libanais. D’autres avaient laissé entendre que Washington pourrait, dans le cadre d’un désengagement régional illusoire, favoriser l’ouverture d’un canal de négociations directes avec le Hezbollah.
Cette hypothèse a toutefois été rapidement et catégoriquement démentie par l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa. Celui-ci s’est notamment rendu en Israël, où il a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu en présence de l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee. Une démarche qui constitue un signal politique clair : Washington ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Le processus diplomatique et institutionnel qu’il parraine reste l’unique cadre envisagé, et aucune alternative à celui-ci n’est à l’étude.
La libération par Israël de détenus libanais dans le cadre de ces négociations a également constitué un développement concret du processus. Surtout, Washington réaffirme que l’État libanais demeure son interlocuteur exclusif et reconnu, avec le président Joseph Aoun au cœur de ce dispositif en tant que représentant de l’État libanais.
Entre désengagement et pression maximale, la stratégie de Washington
Le calendrier diplomatique confirme d’ailleurs que le processus se poursuit.
De nouvelles réunions entre les délégations libanaise et israélienne sont prévues à Rome les 15 et 16 septembre, sous parrainage américain. Par ailleurs, le Premier ministre Nawaf Salam doit rencontrer le secrétaire d’État américain Marco Rubio le 28 septembre prochain.
La perspective d’une fin de la guerre avec l’Iran ne doit donc pas être interprétée comme le signe d’un retrait américain de la région qui laisserait le champ libre à Téhéran et à ses alliés. Elle semble au contraire constituer l’étape suivante d’une stratégie visant à obtenir une issue conforme aux objectifs fixés par Washington.
Et c’est précisément ce qui explique l’importance persistante accordée au Moyen-Orient, malgré le déplacement progressif annoncé des priorités américaines vers l’Indo-Pacifique. Pour l’administration Trump, la région demeure un théâtre stratégique où les équilibres militaires, énergétiques, diplomatiques et sécuritaires continuent d’engager directement les intérêts américains.




Commentaires