Roger Feghali et Joseph Matar ont remporté la 48e édition du Rallye international du Liban sur Toyota GR Yaris Rally2. D’abord bousculé par Bassel Abou Hamdan, le recordman a repris les commandes samedi avant d’assommer la course lors de la dernière étape. Il décroche sa 19e victoire, la quatrième consécutive, devant Abou Hamdan et Elias Dehni. À 52 ans, Feghali continue de gagner contre ses rivaux, mais aussi contre le temps.

La question concluait la présentation de cette 48e édition: qui peut battre Roger Feghali? Trois jours et onze spéciales plus tard, la réponse n’a pas changé.

Associé à Joseph Matar dans le baquet de droite de la Toyota GR Yaris Rally2, Feghali a remporté le Rallye international du Liban pour la 19e fois. Bassel Abou Hamdan et Firas Elias terminent deuxièmes sur Škoda Fabia RS Rally2, à 2 min 24 s. Elias Dehni et Thierry Rouhana complètent le podium sur une autre Škoda, à 2 min 46 s.

Ce nouveau succès possède une saveur particulière. Feghali porte à quatre sa série de victoires consécutives, après ses sacres de 2023, 2024 et 2025. Son premier triomphe remonte à 2000: plus d’un quart de siècle sépare donc les deux extrémités d’une domination sans équivalent dans l’histoire de l’épreuve.

À 52 ans, Roger Feghali ne défie plus seulement ses rivaux: il défie le temps, les générations et les limites de son propre record.

Abou Hamdan a pourtant lancé la bataille

La course s’était ouverte vendredi soir par la super-spéciale de 2,54 km disputée dans l’enceinte de l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL). Feghali y avait immédiatement signé le scratch en 2 min 06 s 2, avec seulement 1 s 9 d’avance sur Abou Hamdan.

Le premier véritable mouvement de la course intervenait samedi matin dans Toula. Sur les 32,92 km de la plus longue spéciale du rallye, Abou Hamdan passait à l’attaque, réalisait le meilleur temps et s’emparait des commandes. Feghali répliquait dans Deir Bella, sans parvenir immédiatement à reprendre la tête. Après les deux premiers grands secteurs chronométrés, 3 s 7 séparaient encore les deux hommes en faveur d’Abou Hamdan.

La deuxième boucle allait faire basculer l’épreuve. Sur Toula 2, raccourcie de 8,14 km, Feghali retrouvait toute son efficacité. Plus incisif dans les portions rapides et plus précis dans les changements d’appui, il reprenait les commandes avec 18 s 8 d’avance.

Un nouveau scratch dans Deir Bella 2 lui permettait de terminer le samedi en tête en 54 min 05 s, avec environ 37 secondes de marge. Abou Hamdan restait au contact, mais le rapport de force venait de changer.

Derrière eux, la lutte pour le podium demeurait ouverte. Vainqueur du Rallye du Printemps en juin, Alex Feghali occupait la troisième place avec Marc Haddad, devant Joseph Hindi et Vicken Kanledjian. Elias Dehni, alors sixième, restait en embuscade.

Une dernière étape à sens unique

Le souvenir de l’édition 2025 interdisait toute gestion prématurée. Un an plus tôt, Roger Feghali n’avait abordé la dernière spéciale qu’avec 1 s 4 d’avance sur Nasser Al-Attiyah, avant de s’imposer pour seulement 9 s 2.

Cette fois, le duel attendu avec le Qatari n’a pas eu lieu, Al-Attiyah étant absent. Mais Abou Hamdan avait montré durant la première boucle qu’il pouvait pousser le patron hors de sa zone de confort.

Dimanche, Feghali ne lui en a pas laissé l’occasion. Sur les deux passages à Nahr Ibrahim-Adonis et Zabbougha, ainsi que dans les secteurs de Zandouka-Baabdat et Zandouka-Bzebdine, le pilote de la Toyota a continué à imprimer un rythme soutenu. Sans faute, sans alerte mécanique et sans relâchement excessif, il a progressivement transformé son avance de 37 secondes en un gouffre de 2 min 24 s.

Au terme de la Power Stage de Zabbougha, Feghali et Matar bouclaient les onze spéciales en 1 h 52 min 07 s. La vitesse pure avait permis de prendre le commandement; la maîtrise tactique et la fiabilité avaient fait le reste.

Les abandons d’Alex Feghali et de Joseph Hindi ont ensuite rebattu les cartes pour la troisième place. Régulier tout au long du week-end, Elias Dehni en a profité pour remonter sur le podium. Avec Thierry Rouhana, il termine à seulement 22 secondes d’Abou Hamdan.

La relève, très attendue avant le départ, a donc montré qu’elle pouvait menacer ponctuellement le recordman. Elle n’a toutefois pas encore réussi à soutenir son rythme sur l’ensemble d’un Rallye du Liban.

Abou Hamdan prend les points, Dagher impressionne

Bassel Abou Hamdan repart malgré tout avec une deuxième place de premier plan. Son attaque dans Toula et son passage provisoire en tête constituent bien davantage qu’un accessit. Engagé sous licence saoudienne et inscrit au Championnat du Moyen-Orient, il termine premier des pilotes éligibles aux points du MERC, Roger Feghali ne disputant pas cette saison dans cette optique.

L’enjeu régional avait pris une importance particulière en l’absence d’Al-Attiyah. Deuxième du championnat avant le rallye, à quatre points du Qatari, Hamza Bakhashab disposait d’une occasion de prendre les commandes. Le Saoudien ne figure cependant pas au classement final et n’a pas pu convertir cette opportunité.

Au pied du podium, Carl Rizk et Karim Abou Elias ont conduit leur Mitsubishi Lancer Evo X jusqu’à la quatrième place, à 5 min 11 s du vainqueur. Tarek Younis et Salim Jleilaty prennent le cinquième rang.

Rhea Dagher signe l’une des performances les plus remarquées du week-end. Associée à Nadim Abou Elias, elle place sa Renault Clio Rally3 au sixième rang du classement général, devant plusieurs voitures théoriquement plus performantes. Sur un terrain où la moindre erreur se paie immédiatement, sa régularité lui a permis de traverser les difficultés et de gagner plusieurs positions.

Un record dans une autre dimension

Avec ce 19e succès, Roger Feghali creuse encore l’écart avec les autres grands vainqueurs du Rallye du Liban. Mohammed Ben Sulayem s’y est imposé quatre fois, Jean-Pierre Nasrallah trois. Nasser Al-Attiyah compte deux victoires, obtenues en 2019 et 2022.

Joseph Matar consolide lui aussi un record majeur. Crédité de onze victoires avant le départ, le copilote libanais porte désormais son total à douze succès dans l’épreuve.

Disputé entièrement sur asphalte, une spécificité au sein du Championnat du Moyen-Orient, le Rallye du Liban a une nouvelle fois mis à l’épreuve les pneumatiques, les freins et les mécaniques sur un revêtement changeant, sous une forte chaleur. Le parcours devait initialement comprendre 197,91 km chronométrés. Le raccourcissement de Toula 2 a ramené la distance effectivement disputée à 189,77 km.

Organisée par l’ATCL sous le patronage du président de la République, Joseph Aoun, cette 48e édition s’est achevée à Kaslik. La ministre de la Jeunesse et des Sports, Nora Bayrakdarian, représentant le chef de l’État, le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, et le président de l’ATCL, Nabil «Billy» Karam, ont notamment assisté à la cérémonie.

Depuis 1968, le Rallye du Liban a traversé les guerres, les crises et les interruptions. Il a vu défiler des champions du monde, des références régionales et plusieurs générations de pilotes libanais.

Mais depuis le début du siècle, un même homme confisque l’essentiel des victoires. En 2026, la relève a tenté de le bousculer. Le temps, lui non plus, n’a pas encore réussi à le rattraper.