Dans un hameau niché au cœur des montagnes de l'ouest du Yémen, des portes cadenassées, une balançoire immobile et un silence écrasant témoignent de l'exode des habitants qui ont fui les bombardements des combattants pro-iraniens houthis.

Comme des dizaines de milliers de Yéménites, les familles d'al-Akad, un village perché à plus de 950 mètres d'altitude dans la région de Taëz, ont dû abandonner leurs maisons, laissant aux plus courageux le soin de revenir pour vérifier si elles sont toujours debout.

«Je suis venu voir l'état de notre maison et de celles de certains de nos voisins pour m'assurer qu'elles sont encore là», raconte à l'AFP Abdellah Hassan Ahmed, un des deux habitants rencontrés sur place. «J'ai les clés de la plupart des maisons», dit-il en montrant son lourd trousseau.

Pris au piège de l'offensive des combattants anti-gouvernementaux dans l'ouest du pays, les habitants ont fui sous les bombes, raconte-t-il. «Tout le monde a pris ses enfants et est parti. Nous n'avions pas le choix».

Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, a replongé dans la guerre en juillet après des années d'accalmie.

Les combats entre les Houthis, soutenus par l'Iran, et les forces gouvernementales, appuyées par l'Arabie saoudite, se sont intensifiés la semaine dernière, provoquant le déplacement de plus de 100.000 personnes, selon l'ONU.

«Bombardements aveugles» 

Le mouvement pro-iranien, qui contrôlait jusque-là le nord du pays, dont la capitale Sanaa, ainsi que la ville de Hodeida, sur la mer Rouge, a progressé vers le sud s'emparant des zones autour du détroit stratégique de Bab el-Mandeb.

À l'intérieur des terres, dans la région de Taëz, les habitants ne peuvent pas rentrer dans leurs villages en raison des risques «de bombardements aveugles», affirme Abdellah Hassan Ahmed.

Dans les ruelles désertes d'al-Akad, les portes colorées des habitations modestes, faites de pierre ou de parpaings laissés à nu, sont toutes cadenassées.

Une balançoire improvisée, faite d'un pneu suspendu à une corde, et des bidons en plastiques près des citernes d'eau témoignent d'une vie brutalement interrompue.

Bassem Abdullah Al-Nuwaihi est venu lui aussi jeter un coup d'œil à sa maison.

«On vient vérifier l'état des maisons (...) toutes les familles sont soit dans des camps (de déplacés), soit dans les villages voisins», dit-il.

Mais le trajet n'est pas sans risque. «La peur, ce n'est pas seulement la nuit, mais aussi pendant la journée», souligne le jeune homme.