La réunion préparatoire destinée au soutien à l’armée libanaise s’est tenue jeudi au palais de l’Élysée, en présence d’une vingtaine de pays. Comme les Français l’avaient déjà annoncé, elle s’est achevée sans engagements financiers, avec pour seule promesse la tenue d’une conférence élargie avant la fin de l’année.

Environ une semaine avant la réunion, l’armée avait publié le premier bilan public de ses opérations dans les zones pilotes: 1.818 pièces d’armes et munitions saisies, dont 1.560 n’étaient que des munitions légères. Le communiqué ne mentionnait ni cachette, ni tunnel, ni même un seul élément appartenant au Hezbollah, et ne faisait état d’aucune arrestation. C’est précisément ce type d’opérations que Paris souhaite financer.

Ce n’est pas le premier appel du Liban à l’aide en faveur de son armée. Rome en 2014, Rome en 2018, une conférence virtuelle en 2021, puis Paris en octobre 2024, qui, à elle seule, avait promis près d’un milliard de dollars, dont environ 200 millions pour les forces de sécurité. Des montants largement insuffisants, puisque l’armée a présenté cette semaine à Paris un chiffrage de plus de 9 milliards de dollars pour achever le processus de mise en œuvre du monopole de l’État sur les armes, auxquels s’ajoutent trois milliards de dollars pour la logistique, sans que personne ne semble s’émouvoir du montant.

De Rome à Paris, puis de nouveau à Paris, et ce n’est manifestement pas fini, chaque conférence reproduit la même problématique, relevée cette semaine par la presse libanaise: les donateurs exigent des résultats avant de financer, tandis que l’armée affirme avoir besoin de financements avant de pouvoir obtenir des résultats.

Nonobstant, rendons justice à l’armée avant de la clouer au pilori. Le 8 janvier, elle a annoncé avoir achevé la première phase du plan visant à placer les armes sous le contrôle de l’État au sud du Litani, à l’exception de cinq points toujours occupés par Israël.

Même le bureau de Netanyahou, qui a pourtant tout intérêt à minimiser ces avancées, a qualifié ces résultats d’encourageants, mais insuffisants. Le président Aoun, ancien commandant de l’armée, répète depuis son accession à la présidence de la République, que toute arme détenue en dehors du cadre de l’État est illégitime et que tenter d’imposer son retrait sans ressources, sans couverture politique et sans retrait israélien en contrepartie conduirait le pays au chaos plutôt qu’à une solution. Une position cohérente, et non une manière de se dérober à ses responsabilités. Mais c’est bien ce qui s’est passé ensuite qui plombe tout le bilan.

La deuxième phase, du Litani jusqu’au fleuve Awali, incluant Nabatiyé, avait été annoncée en février avec un délai de quatre mois. Le Hezbollah l’a rejetée, et le délai est arrivé à échéance sans qu’aucun achèvement ne soit annoncé. Le 1er mars, le Hezbollah a lancé six roquettes depuis la même zone supposément déclarée sous contrôle quelques semaines auparavant. Le gouvernement s’est réuni le lendemain et a accusé explicitement le Hezbollah pour la première fois, chargeant l’armée de le contraindre à remettre ses armes. La décision n’a toutefois pas été concrètement suivie d’effet. Aujourd’hui, le renforcement du déploiement militaire à Nabatiyé n’inclut même pas le désarmement du Hezbollah, mais uniquement le déminage et la sécurisation des habitants.

Que dit donc l’État aux habitants de Kfar Roummane, dont au moins treize personnes, dont six enfants, ont été tuées dans une seule frappe cette semaine? Que dit-il aux habitants de la colline d’Ali el-Taher, à laquelle le Hezbollah a refusé à plusieurs reprises de permettre à l’armée d’accéder, avant qu’elle ne tombe dans l’escarcelle d’Israël? Et à quoi tout cela sert-il l’État s’il ne prévoit pas, dans son propre déploiement, le désarmement? À rien.

C’est peut-être précisément pour cette raison que personne n’a rien signé jeudi. Le soutien à long terme est désormais conditionné à un plan libanais clair visant à assurer le monopole de l’État sur les armes. L’Arabie saoudite a elle-même fait savoir à Paris qu’elle n’apporterait aucun soutien, y compris à la reconstruction, avant le désarmement du Hezbollah.  

L’ancienne équation était la suivante: financez l’armée pour qu’elle puisse, un jour, procéder au désarmement.

La nouvelle équation officieuse qui court dans tous les couloirs à Paris cette semaine, semble être: désarmez d’abord, puis nous financerons l’armée.

Le fait qu’aucun accord n’ait été signé lors d’une cinquième conférence ne signifie donc pas que la communauté internationale a oublié l’armée libanaise. Il signifie que cette dernière commence à lire les chiffres que le Liban publie lui-même: 1.800 pièces d’armes saisies, dont la majorité sont des munitions, sans aucune mention  d’un seul membre du Hezbollah.

Cela étant, une véritable conférence est promise avant la fin de l’année.

Mais les promesses ne suffisent pas: le désarmement ne se fera pas tout seul.