Des tirs nourris ont éclaté ce vendredi matin à Zahedan, capitale du Sistan-Baloutchistan, faisant au moins six blessés selon le Jerusalem Post. Les rafales, qui ont duré près de deux heures, semblaient viser les occupants d'un véhicule et ont blessé une personne armée, trois militaires ainsi que deux passantes. Cet épisode s'ajoute à une séquence de violences qui secoue depuis une semaine cette province frontalière du Pakistan, l'une des plus pauvres et des plus instables de l'Iran.

Neuf heures de combat à Saravan

Tout a commencé le samedi 12 septembre vers quatre heures du matin dans le district de Bakhshan, à Saravan, où des combattants baloutches et les Gardiens de la révolution islamique se sont affrontés pendant environ neuf heures, avec roquettes et drones, jusqu'à la destruction d'une maison. 

La branche Qods des forces terrestres des Gardiens a présenté l'assaut comme visant une «équipe terroriste professionnelle» préparant des assassinats, revendiquant la mort de quatre assaillants pour la perte de deux de ses hommes. Le Front des combattants populaires, qui a revendiqué l'attaque, a donné un bilan inverse et invérifiable : quatre combattants tués, six exfiltrés, et neuf membres des forces de sécurité tués contre 21 blessés. 

Le Telegraph note que dès le lendemain, des habitants ont signalé des tirs prolongés mais à sens unique depuis les positions militaires, sans qu'on en connaisse la cause, les forces de sécurité restant massées sur zone.

Deux jours plus tard, le 14 septembre, le religieux sunnite Molavi Yousef Gorgij a été assassiné devant son domicile à Zahedan. Selon le gouverneur de la ville, cité par Al-Monitor, Gorgij avait assisté peu avant sa mort aux funérailles de membres des forces de sécurité tués à Saravan, où il avait pris la parole. Il s'agit du troisième assassinat d'un responsable religieux sunnite en quelques mois dans la province. Aucun groupe n'a revendiqué sa mort, même si des médias locaux iraniens ont évoqué une possible implication de Jaish al-Adl.

Une insurrection baloutche vieille de deux décennies

Le Sistan-Baloutchistan est peuplé en majorité de Baloutches sunnites, dans un pays à majorité chiite, et compte parmi les régions les plus pauvres d'Iran, également décrite par le Telegraph comme un important corridor de contrebande. Cette marginalisation nourrit depuis longtemps la contestation armée. 

Jundallah, dirigé par Abdolmalek Rigi, avait mené des attaques dans la région jusqu'à la capture et l'exécution de son chef en 2010. Jaish al-Adl lui a succédé en 2012, menant embuscades et attentats contre les forces de sécurité, notamment lors de l'attaque du poste de police de Rask en décembre 2023, qui avait fait onze morts.

La répression du 30 septembre 2022 à Zahedan, le «vendredi sanglant», reste l'épisode fondateur de la période actuelle. Selon Amnesty International, les forces de sécurité avaient tué au moins 66 manifestants et passants près de la grande mosquée Makki, après que des accusations de viol d'une adolescente baloutche par un policier à Chabahar eurent mis le feu aux poudres.

Un front baloutche recomposé, sous la pression de la guerre régionale

Fin 2025, Jaish al-Adl a fusionné avec plusieurs factions baloutches plus modestes pour former le Front des combattants populaires, dans une tentative de dépasser des années de division. Ce front a depuis revendiqué plusieurs attaques autour de Zahedan, sans que l'on sache, selon le National Iranian American Council, un groupe de réflexion basé à Washington proche de la diaspora iranienne, si cette consolidation a réellement renforcé les capacités opérationnelles des insurgés, les médias proches du pouvoir iranien y voyant surtout un simple changement d'étiquette sous la pression sécuritaire.

Les Baloutches ne sont pas les seuls insurgés que Téhéran doit surveiller pendant la guerre : à l'ouest, des groupes kurdes armés, forts selon Reuters de 5 000 à 8 000 combattants, s'étaient préparés en mars à une opération transfrontalière avec un appui américano-israélien, avant que le plan ne soit abandonné faute de feu vert de Washington. 

Alex Vatanka, du Middle East Institute, estime auprès d'Al Jazeera qu'un soutien extérieur accru à ces groupes ethniques pourrait représenter une menace «à caractère existentiel» pour Téhéran. 

Cette lecture est nuancée par le NIAC, qui notait jeudi qu'aucune preuve ne permet d'affirmer que cette fusion ait réellement renforcé les capacités opérationnelles des insurgés, les médias proches du pouvoir iranien y voyant surtout un simple changement d'étiquette sous la pression sécuritaire. 

Le think tank rappelle par ailleurs que la région kurde a connu ses propres violences ces derniers jours, avec l'assassinat le 8 septembre à Piranshahr d'un religieux proche du Bassidj, puis la mort d'un membre de longue date des Gardiens de la révolution dans une autre attaque revendiquée par un groupe se présentant sous le nom de Khori Hiva.

Le NIAC insiste toutefois sur l'absence de preuve d'une coordination entre ces incidents baloutches et kurdes, aux racines et revendications distinctes, et juge qu'aucun élément ne permet à ce stade de parler d'un front intérieur unifié ou d'une insurrection nationale imminente, tout en estimant que la guerre extérieure crée un contexte propice à l'intensification de ces conflits périphériques. Aucune revendication n'a pour l'heure été formulée concernant la fusillade de ce vendredi à Zahedan.