Emmanuel Macron a proposé lundi plusieurs initiatives à Donald Trump pour juguler l'envolée des prix du pétrole qui plombe l'économie mondiale, dont une résolution à l'ONU sur le détroit d'Ormuz, la protection de sites saoudiens et une «trêve énergétique» dans le conflit en Ukraine.
Le président français s'est entretenu avec son homologue américain dès son arrivée à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, une discussion qu'il a qualifiée de «très constructive».
Il a fait état à la sortie d'une «volonté de rouvrir Ormuz», par lequel transite 20% du commerce mondial d'hydrocarbures, et dont le blocage par l'Iran depuis le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël en février pèse lourdement sur le marché de l'énergie.
«Plusieurs solutions ont été évoquées (...) qui permettraient, sans avoir un accord global, de trouver les voies et moyens de faire passer davantage de porte-conteneurs et de tankers», a indiqué Emmanuel Macron à des journalistes, sans plus de précisions.
«La France veut travailler avec les Américains et ses partenaires sur une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU garantissant la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz», a ensuite précisé une source diplomatique.
Des États membres de l'ONU pourraient ainsi participer à la sécurisation du trafic maritime dans le détroit, et permettre ainsi à Washington et Téhéran de recentrer leurs discussions sur d'autres sujets clés, dont le programme nucléaire iranien.
La France et le Royaume-Uni ont déjà mis en place une mission multinationale d'une quarantaine d'États pour sécuriser le détroit, notamment par du déminage. Mais celle-ci est conditionnée à un arrêt des hostilités et a suscité jusqu'ici peu d'intérêt chez Donald Trump.
Moratoire sur les frappes
La France est aussi prête à œuvrer à la «sécurisation» d'infrastructures énergétiques saoudiennes visées par les Houthis, dans une «approche strictement défensive», a précisé la source diplomatique citée.
Pourraient ainsi être protégés la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge, et l'oléoduc Est-Ouest, voie d'exportation cruciale pour le brut saoudien.
Les combattants pro-iraniens houthis ont mené dernièrement des attaques contre des installations du géant pétrolier saoudien Aramco à Yanbu. L'oléoduc est aussi à l'arrêt après des attaques de drones venues d'Irak selon Riyad.
«Il ne s'agit aucunement de prendre part au conflit avec les Houthis», a toutefois insisté cette source, alors que les rebelles ont pris le contrôle d'une autre voie stratégique, le détroit de Bab el-Mandeb.
Emmanuel Macron a aussi précisé avoir eu une longue discussion avec le président américain sur «la nécessité d'aider encore plus vite et plus fort nos amis ukrainiens en termes de (missiles) intercepteurs».
À l'issue d'un entretien avec l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, il a aussi évoqué sur le réseau X la «perspective d'une trêve énergétique et d'un moratoire en mer Noire».
«En toute franchise»
«On voit bien qu'aujourd'hui il faut aider le système énergétique ukrainien et la situation dans toute la région», a-t-il souligné devant la presse, sans préciser si cette trêve devait aussi porter sur les frappes ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques russes.
Donald Trump a estimé lundi que la Russie avait «perdu le contrôle de son industrie du gazole en raison de sa guerre avec l'Ukraine», appelant de nouveau à arrêter la guerre.
La Turquie, exaspérée par les frappes en mer Noire, a soumis de son côté un protocole d'accord à Kiev et Moscou pour mettre fin aux attaques contre les navires de commerce.
Avant leur rencontre, Emmanuel Macron avait promis de parler «en toute franchise» à Donald Trump pour essayer de «l'orienter vers les bonnes décisions» concernant en particulier l'Ukraine.
Il s'agissait notamment pour la partie française de tenter de convaincre son homologue américain de «maintenir l'effort de soutien à l'Ukraine» et de «renforcer la pression à exercer sur la Russie».
Les Européens demandent aux États-Unis de rester pleinement engagés dans un règlement du conflit. Ils souhaitent aussi être associés aux négociations, notamment sur la future architecture de sécurité du continent européen.
Les émissaires de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, se sont rendus pour la première fois à Kiev en septembre - après une visite à Moscou - pour relancer la médiation américaine dans ce conflit, le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les cycles de négociations tripartites n'ont jusqu'ici pas abouti à des avancées concrètes.
Par Valérie LEROUX, AFP