Des Houthis qui mènent une offensive éclair au Yémen voisin, menacent ses navires, ses infrastructures pétrolières et jusqu'à sa capitale: la puissante Arabie saoudite se montre incapable de vaincre les combattants pro-iraniens.

Manque d'expérience en matière d'opérations militaires, éclatement des forces armées et divisions entre alliés expliquent, selon les analystes, la faiblesse saoudienne face à des Houthis qui maîtrisent le terrain et ont su mettre en place un commandement central fort.

Pourquoi l'Arabie saoudite rencontre-t-elle de telles difficultés ?

Le royaume dépense des milliards de dollars pour acquérir des armes et équipements sophistiqués, tout en s'attachant les services de soldats et formateurs étrangers pour renforcer ses troupes.

Les achats massifs d'armes auprès de fabricants occidentaux, notamment américains, britanniques et français, sont une caractéristique majeure de la politique de défense saoudienne, visant à s'attirer les faveurs de ses alliés.

La semaine dernière, les États-Unis ont approuvé la vente de 48 avions furtifs F-15 à Riyad, pour un montant de 24,3 milliards de dollars (21,2 milliards d'euros).

Malgré cet arsenal, l'état-major saoudien dispose d'une expérience relativement limitée en matière de conduite d'opérations militaires complexes.

«Les dirigeants saoudiens doivent bâtir une armée prête à combattre, et s'appuyer sur une population prête à mourir, pour préserver leur prospérité», analysait Bernard Haykel, spécialiste de l'Arabie saoudite à l'université de Princeton, après la dernière offensive houthie. «Or, ce n'est pas du tout le cas».

Plusieurs analystes estiment que les forces armées du royaume sont restées délibérément limitées et fragmentées pour éviter toute tentative de putsch, dans une région où les exemples de coups d'État ne manquent pas.

«L'Arabie saoudite demeure une monarchie qui n'a pas été renversée par l'armée précisément parce que celle-ci a été maintenue dans un état de faiblesse», expliquait Ray Takeyh, spécialiste du Moyen-Orient, lors d'une audition au Congrès américain en 2015.

Pourquoi les Houthis sont-ils redoutables ?

Initialement peu armés, les Houthis ont su tirer parti du relief accidenté du Yémen et de leurs liens avec les tribus locales pour mettre en place une défense efficace, difficile à démanteler.

Au fil des ans, le groupe a accumulé un arsenal sophistiqué de missiles et de drones grâce au soutien de l'Iran, et a su éviter les divisions, contrairement au camp gouvernemental.

«Les Houthis ont réussi à bâtir un front uni», explique à l'AFP Thomas Juneau, expert de l'Iran et du Yémen à l'Université d'Ottawa. «Ils disposent d'une gouvernance très centralisée, exerçant un commandement strict sur ce qui était à l'origine un ensemble de forces disparates qu'ils ont fini par unifier».

À partir de 2023, le groupe a démontré sa capacité à perturber le trafic maritime en mer Rouge en attaquant des navires soupçonnés d'avoir des liens avec Israël, dans le contexte de guerre à Gaza.

Les frappes répétées menées par les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël en 2024 et 2025 ont affaibli l'infrastructure militaire des Houthis, mais sans faire disparaître leurs stocks de missiles et de drones.

Que devient le gouvernement yéménite ?

L'Arabie saoudite est entrée en guerre au Yémen en 2015, aux côtés de son allié émirati, pour soutenir le gouvernement yéménite chassé de la capitale Sanaa par les Houthis un an plus tôt.

Mais depuis des mois, des tensions couvaient au sein du camp gouvernemental. En décembre, des forces soutenues par les Émirats arabes unis avaient brièvement pris le contrôle des zones gouvernementales, provoquant la colère de Riyad et déclenchant une rupture durable entre les deux alliés émirati et saoudien.

Riyad a exigé, et fini par obtenir, le retrait de toutes les forces émiraties du Yémen, et de leur matériel militaire, notamment dans les zones côtières proches de la mer Rouge.

Mais les Saoudiens se sont révélés incapables de combler le vide, laissant une force désorganisée chargée de défendre une vaste zone stratégique lorsque les Houthis ont lancé leur offensive début septembre.

«Une attaque fulgurante d'un côté, une coordination défaillante entre Saoudiens et Yéménites de l'autre: voici ce qui a provoqué cet effondrement», analyse Michael Knights, expert du Moyen-Orient.

En réponse, l'Arabie saoudite n'a lancé aucune contre-offensive majeure, bien que les Houthis continuent d'attaquer les forces gouvernementales yéménites et visent également le territoire saoudien.

Selon des médias américains, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a demandé à plusieurs reprises au président Donald Trump de l'aider à stopper les Houthis, en vain jusqu'ici.

Sur le terrain, les forces gouvernementales yéménites affichent un moral en berne. Un soldat yéménite déplore auprès de l'AFP «un manque d'armes et de munitions ainsi que des retards dans le versement des soldes».

AFP