Le porte-parole des Gardiens de la Révolution a déclaré mardi lors d'un entretien exclusif à l'AFP que son pays avait «durci» ses conditions pour mettre fin à la guerre avec Washington qui n'a «pas d'autre choix» que de les accepter.
«Nous avions convenu de ces conditions avec les États-Unis, mais ils ont rompu l'accord», a dit Hossein Mohebi, en référence à une feuille de route signée par les deux pays le 17 juin mais qui n'a pas empêché une reprise des hostilités.
«Nous ne sommes pas leur jouet et ils ne peuvent pas violer unilatéralement l'accord qu'ils ont eux-mêmes signé», a relevé le porte-parole des Gardiens, puissante force armée de la République islamique, qui s'exprime rarement dans un média occidental.
«Nous avons donc durci en conséquence nos conditions», a-t-il ajouté, lors d'une interview à Téhéran.
«Levée du blocus»
L'accord de juin avait été conclu après plus de trois mois de guerre, déclenchée fin février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran.
Téhéran avait riposté aux frappes en attaquant les pays du Golfe alliés de Washington et bloqué le détroit d'Ormuz, stratégique pour le transport des hydrocarbures mondiaux.
Jusqu'à présent, les conditions pour mettre fin aux hostilités et rouvrir le détroit, désormais au cœur du conflit, étaient l'arrêt de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, le déblocage des fonds iraniens gelés à l'étranger et la levée du blocus naval américain, imposé en riposte au verrouillage d'Ormuz.
Mais en juillet, la guerre au Moyen-Orient s'est étendue au Yémen où les Houthis, soutenus par l'Iran, combattent les forces gouvernementales et leur allié saoudien.
«La question du Yémen n'était pas à l'ordre du jour du précédent accord. Nous demandons maintenant que la levée du blocus du Yémen soit ajoutée» à tout nouvel accord visant à mettre fin à la guerre avec les États-Unis, a précisé Hossein Mohebi, en référence aux frappes saoudiennes menées en riposte aux attaques des Houthis contre le royaume.
C'est la première fois qu'un responsable iranien cite le Yémen comme condition à tout accord de paix.
Les Houthis ont mené récemment une offensive éclair au Yémen qui leur a permis de consolider leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, autre passage stratégique de l'autre côté de la péninsule arabique.
«Les États-Unis n'ont d'autre choix que d'accepter nos conditions», a ajouté le porte-parole, disant que l'Iran estimait «avoir remporté cette guerre» contre les États-Unis.
M. Mohebi n'a pas écarté une riposte contre d'autres pays, même au-delà du Moyen-Orient, en cas de nouvelles frappes américaines.
«Si nécessaire, oui. Cela dépendra du comportement des États-Unis», a-t-il dit. Et d'ajouter: «Nous ne cherchons pas à étendre la guerre».
«Approche offensive»
Téhéran exige actuellement des navires voulant franchir le détroit d'Ormuz qu'ils obtiennent de sa part une autorisation, invoquant des raisons de sécurité et de souveraineté, et réfléchit à un mécanisme pour imposer des frais de service.
Les bateaux qui ne s'y plient pas sont régulièrement visés par des frappes, tandis que les États-Unis ont imposé un blocus des ports iraniens en retour et bombardent sporadiquement les côtes.
«Les exportations comme les importations sont gravement touchées par la fermeture du détroit d'Ormuz, et les États-Unis n'ont d'autre choix que d'accepter nos conditions et de mettre fin au conflit pour se sortir de cette impasse qu'ils ont eux-mêmes créée», a répété Hossein Mohebi.
«Il n'y aura pas d'alternative au détroit du Golfe persique pendant au moins les 20 prochaines années. Car il ne s'agit pas uniquement de pétrole», a-t-il estimé.
«Comment l'aluminium et les engrais chimiques pourraient-ils transiter par un oléoduc?» qui servirait à contourner le détroit d'Ormuz, a feint de s'interroger le porte-parole des Gardiens.
Il a réitéré mardi que l'Iran «intensifiera» sa riposte en cas de nouvelles attaques américaines.
«Cette fois, nous ne nous contenterons pas de riposter, mais notre approche sera offensive, et l'Amérique regrettera son action et sera plus humiliée que jamais», a mis en garde Hossein Mohebi.
AFP