À l’impossible, nul n’est tenu. Conscients de la stagflation qui s’installe au Liban, les salariés du public comme du privé réclament un réajustement provisoire des allocations de transport, le temps que les tensions géopolitiques qui perturbent les chaînes d’approvisionnement en produits pétroliers s’apaisent. Dans leurs dernières prises de position, les ligues, rassemblements et syndicats de travailleurs proposent d’indexer les indemnités de transport sur l’évolution du prix de l’essence. De son côté, le patronat propose de rendre variables les taxes et impôts appliqués aux dérivés pétroliers, afin qu’ils diminuent lorsque le prix du brut augmente et qu’ils remontent lorsque les cours reculent.

Carburant: effets de second tour

La hausse du prix du carburant constitue d’abord un choc de coûts. Elle renchérit le transport, puis les coûts de production et de distribution et, in fine, les prix à la consommation. C’est ce que les économistes désignent par les «effets de second tour».

Une simple comparaison entre le prix du bidon d’essence et le salaire minimum permet de mesurer l’ampleur de la dégradation du pouvoir d’achat des salariés, notamment à travers le coût du trajet entre le domicile et le lieu de travail.

En 2019, avec un salaire minimum de 300 000 livres, auquel l’État avait ajouté une avance au titre de la vie chère de 50 000 livres, le salaire minimum permettait d’acheter 50 bidons d’essence de 20 litres. Aujourd’hui, il faudrait au moins 1 500 dollars pour acheter la même quantité d’essence à la pompe.

Le gouvernement a toujours gardé un œil sur le prix de l’essence à la pompe pour renflouer ses caisses. Avant 2019, il avait déjà relevé le prix du bidon de 7 000 à 12 000 livres. Fin février 2026, il a instauré une taxe de 300 000 livres par bidon de 20 litres d’essence afin de financer les augmentations de salaires dans la fonction publique. Il a également proposé, sous réserve de l’approbation du Parlement, de relever le taux de TVA à 12 %.

Mais cette taxe ne coûte pas seulement 300 000 livres au consommateur. Elle entre elle-même dans l’assiette soumise à la TVA de 11 %, ce qui ajoute 33 000 livres à la facture. Autrement dit, la taxe annoncée à 300 000 livres se traduit, en réalité, par un coût d’environ 333 000 livres pour le consommateur. Dans sa forme actuelle, le dispositif permet ainsi à l’État de bénéficier deux fois de la hausse: une première fois à travers la taxe fixe et une seconde fois par le biais de la TVA, dont le montant augmente avec le prix du carburant.

Consommation d’essence : -35 %

Dans cette conjoncture, l’État ne devrait-il pas, au moins temporairement, revoir ses calculs afin d’alléger le fardeau qui pèse sur les salariés, sans nécessairement répondre à l’ensemble de leurs revendications salariales? Les distributeurs de carburants au Liban ont indiqué à Ici Beyrouth que la consommation d’essence avait reculé de 30 % à 35 %.

Ce recul intervient alors que, entre le 1er janvier et le 15 septembre 2026, le prix du bidon d’essence a fait l’objet de dix-sept réajustements à la hausse. Durant cette période, le prix des 20 litres d’essence 95 octane est passé de 1 343 000 livres, soit 14,97 dollars au taux de 89 500 livres pour un dollar, à  2 718 000 livres, soit 30,37 dollars. Le prix du bidon a ainsi bondi de près de 102,4 %, soit une hausse de 1 375 000 livres.

Quant au diesel, ou mazout, son prix est passé de 1 251 000 livres, soit environ 13,98 dollars, à 2 641 000 livres, soit environ 29,44 dollars, au même taux de change. Il a ainsi augmenté de 111,1 %,soit un bond de 1 390 000 livres sur la période. 

Ainsi, le Libanais en général, et le salarié en particulier, ne paie pas la facture des carburants une seule fois. Il la paie à la pompe, mais aussi à travers la facture du générateur, le coût du transport des marchandises, le prix du pain et celui de tous les produits qui arrivent sur les rayons des supermarchés. À chaque nouvelle flambée des prix de l’énergie, le lien entre la crise mondiale et le portefeuille du citoyen se resserre davantage.