Les tractations avec le régime islamique en Iran ont à leur actif des décennies d’échanges avec un gouvernement peu enclin à la diplomatie. Les négociations avec le régime totalitaire comptabilisent des démarches de tous ordres. Celles-ci n’ont mené à aucun résultat tangible du côté de la résolution des conflits réels, à commencer par la question de la prise des otages de l’ambassade américaine en 1979-1980 et à terminer avec la normalisation des rapports avec la communauté internationale en 2026. Le blocage se situe en amont de toute démarche diplomatique, nommément celle des relations du régime islamique avec le reste du monde, avant même d'aborder des contentieux spécifiques.
La comparaison avec le bolchevisme nous instruit largement sur les limites de la diplomatie avec des régimes totalitaires. Il est inutile de s’investir dans la diplomatie interétatique avec des régimes qui non seulement rejettent l’État de droit mais cherchent à le subvertir. En effet, cela se fait au nom d’une supercherie idéologique qui méconnaît la légitimité de toute vision qui la contredit. On est dans le droit de s’interroger sur la légitimité d’une approche diplomatique qui présuppose la communauté des nations et le principe de reconnaissance et par voie de conséquence la possibilité d’une négociation entre des entités politiques divergentes.
Les négociations s’avèrent impossibles en l’absence d’un changement des rapports de force, comme il apparaît dans le cas du régime islamique iranien. À l’instar de tout régime totalitaire, celui-ci se positionne et se définit à partir d’une exception idéologique connotée d’une supériorité normative. Le bilan désastreux à tous égards nous renvoie aux réalités d’une violence originaire. Celle-ci s'est déployée tout au long d’une histoire investie de sacralité, prétendant s’extraire des enjeux réels et prosaïques au profit d’une histoire hypostasiée. Le pouvoir de l’idéologie se pose en substitut à la raison analytique et à la déconstruction du réel.
Le régime islamique de l’Iran se recommande d’une triple généalogie, celle du chiisme duodécimain, de l’héritage impérial persan et des impératifs stratégiques qui en découlent. Le stratégique se pose en variable de modulation à partir de laquelle se déploie l’action politique. L’inerrance idéologique sert de support à une politique impériale qui se veut conquérante au sein d’une région traversée par des clivages politico-religieux qui laissent peu de place aux compromis politiques. Tout différend peut dégénérer en conflit qui remet en cause des équilibres géopolitiques fragilisés.
La stratégie des plateformes opérationnelles intégrées du régime iranien s’effondre et cède la place à des guerres civiles et aux réalités du désordre régional. Le régime iranien se refuse aux négociations en cherchant à se définir à partir d’une extraterritorialité idéologique qui lui sert de plateforme opératoire. Les partenaires de la négociation doivent adhérer à des règles formelles qui sanctuarisent, tant sur le plan idéologique que stratégique, le refus de toute concession remettant en cause la prétendue supériorité normative et la légitimité de l’action militaire et de ses acquis.
Il n’est pas question de remettre en cause les leviers de l’action stratégique, son bilan, ainsi que leurs incidences sur un ordre régional volatilisé et les risques de guerres civiles qui en découlent. Cette dialectique conflictuelle opère en dehors de toutes contraintes normatives et semble induire des dynamiques de décomposition aux permutations évolutives. La militarisation des conflits, quels que soient leurs enjeux, est inscrite dans des logiques strictement codifiées et dans des dynamiques de subversion. La déconstruction, quoique préalable, est solidaire des politiques de reconnaissance, de réconciliation et de reconstruction si l’on veut la paix dans cette région du monde.
Or, le politique est fortement connoté et se laisse difficilement cerner en dehors des rapports de force et des logiques asymétriques du pouvoir. La grammaire des conflits est complexe et influence la quête de paix dans cette région du monde. La résurgence des politiques revanchardes, la fragilité des équilibres géostratégiques et la réinsertion dans des dynamiques de pouvoir globales compliquent la quête de paix dans cette région du monde. L’effet de rupture de la contre-offensive israélienne est loin d’être négligeable, comme ses effets restructurants sur les plans politique et géostratégique. C'est à partir d'une recension minutieuse des nouvelles données géostratégiques et géopolitiques qu'il faudrait reprendre l'analyse et l'action. Nous devons examiner les équilibres géostratégiques et politiques sous un nouvel angle et réamorcer la réflexion sur les chances d'un rééquilibrage systémique. La paix en dépend largement.