Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Nawaf Salam a mis en garde contre un «vide» qui suivrait le retrait de la Finul du Liban-Sud, appelant à ne pas procéder à ce retrait sans s’accorder, au préalable, sur une nouvelle présence internationale. Mais cette proposition soulève une question fondamentale: de quel vide s’agit-il exactement?
La résolution 2790, adoptée par le Conseil de sécurité en août 2025, ne prévoit pas que le Liban-Sud soit laissé sans autorité après le départ de la Finul. Elle a prolongé son mandat pour la dernière fois jusqu’au 31 décembre 2026, avant qu’un retrait organisé et sûr ne commence et s’étale sur une période d’un an; et ce, en accord avec le gouvernement libanais, avec pour objectif que ce dernier devienne l’unique autorité chargée d’assurer la sécurité au Sud.
La résolution dessine ainsi une trajectoire claire: un retrait progressif de la Finul, un transfert de la responsabilité sécuritaire à l’État et à l’armée libanaise, ainsi qu’un soutien international à l’armée afin de lui permettre de maintenir un déploiement durable au sud du Litani et de mettre en œuvre la résolution 1701.
Partant, où se situe le «vide»?
Il ne s’agit probablement pas de l’absence d’une force de sécurité libanaise, mais plutôt de la disparition des fonctions internationales actuellement assurées par la Finul: surveillance de la Ligne bleue, documentation des incidents, transmission de rapports, contacts entre les parties et contribution à la désescalade.
Cela rejoint ce qu’a annoncé le gouvernement libanais. Nawaf Salam a, en effet, évoqué une formule pour l’après-Finul qui garantirait le maintien d’une présence internationale chargée des missions de surveillance, de la transmission de rapports et de liaison, sous l’égide d’une résolution du Conseil de sécurité.
Si tel est l’objectif, il serait plus adéquat de parler du risque de vide dans le mécanisme international de surveillance, plutôt que d’un «vide sécuritaire» au sens interne.
La nuance est fondamentale, car elle touche à la notion de souveraineté et au rôle de l’État. Si l’armée libanaise assume la responsabilité sécuritaire et que le Conseil de sécurité lui-même appelle le gouvernement libanais à devenir l’unique autorité chargée d’assurer la sécurité au Sud, qualifier la période post-Finul de «vide sécuritaire» nécessite des explications.
S’agit-il de mettre en place une force internationale chargée d’assurer la sécurité à la place de l’armée? Ou bien faut-il une «présence internationale» chargée de surveiller la Ligne bleue, de documenter les violations et de maintenir les canaux de communication?
Les deux fonctions sont bien différentes.
La présence d’observateurs internationaux ne signifie pas nécessairement une remise en cause de la responsabilité de l’État. Un rapport établi par une mission mandatée par le Conseil de sécurité remplit une fonction diplomatique et politique différente du simple fait pour la communauté internationale de connaître la situation grâce aux satellites ou aux médias. Il fournit une documentation onusienne ainsi qu’un canal de communication sur le terrain, qui peut être utilisé pour contenir les incidents et prévenir l’escalade.
Mais cela soulève une autre question: ces fonctions nécessitent-elles une force de l’ampleur de la Finul actuelle, ou pourraient-elles être assurées par une mission plus réduite, principalement chargée de la surveillance, de la liaison et de la transmission de rapports?
La résolution 2790 a laissé cette question ouverte, tout en demandant au secrétaire général d’étudier des options pour l’après-Finul, notamment la surveillance de la Ligne bleue et le soutien au déploiement de l’armée au sud du Litani. En juin 2026, les Nations unies avaient présenté trois options pour une présence plus réduite, principalement axée sur la surveillance, l’observation et la transmission de rapports.
La véritable question devient alors: qu’attend le Liban de cette nouvelle force?
Si l’objectif est de mandater des observateurs internationaux pour documenter les violations des deux côtés de la Ligne bleue, transmettre des rapports, maintenir les canaux de communication et contribuer à la désescalade, il s’agit là d’une fonction internationale clairement définie, qui peut compléter le rôle de l’armée libanaise.
En revanche, si l’objectif est de confier à une force internationale une partie de la responsabilité sécuritaire à l’intérieur du territoire libanais, la question devient plus complexe: comment cela serait-il compatible avec l’objectif d’exclusivité des armes et d’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble de son territoire?
L’expérience de la Finul elle-même rend cette question nécessaire. Depuis 2006, la résolution 1701 fixe l’objectif d’une zone située entre la Ligne bleue et le Litani exempte d’armes et de membres armés, à l’exception de ceux relevant de l’État libanais et de la Finul. Mais la mise en œuvre de cet objectif s’est heurtée pendant des années à divers obstacles et différends.
Partant, la création d’une nouvelle présence internationale ne suffira pas, à elle seule, à régler le problème. Il faut d’abord définir sa mission et ses prérogatives, et déterminer si les conditions politiques et sécuritaires sur le terrain lui permettront d’accomplir ce qui lui sera demandé.
Si cette nouvelle force fonctionne avec des prérogatives et des restrictions pratiquement identiques, qu’est-ce qui changera concrètement? Et si elle dispose de prérogatives plus larges, l’État libanais acceptera-t-il qu’elles soient exercées? En revanche, si sa mission se limite à surveiller la Ligne bleue, transmettre des rapports, assurer la liaison et prévenir les incidents, il serait préférable de la définir clairement comme telle.
La résolution 2790 présente, à la base, une vision claire: la Finul se retire progressivement, l’État libanais assume la responsabilité sécuritaire, tandis que la communauté internationale apporte son soutien à l’armée. Dans le même temps, la résolution laisse la porte ouverte à une formule internationale ultérieure pour aider à la surveillance et à soutenir la mise en œuvre de la résolution 1701.
Dès lors, la question fondamentale n’est peut-être pas: qui comblera le vide laissé par la Finul?
Mais plutôt: de quelle fonction internationale le Liban-Sud aura-t-il besoin une fois que l’État aura pleinement assumé sa responsabilité sécuritaire?
L’armée assure la sécurité, tandis qu’une éventuelle présence internationale ultérieure peut avoir une mission clairement définie et compléter l’autorité de l’État, sans s’y substituer.
Le débat se précise alors: le Liban veut-il un témoin international à la frontière, un garant international ou une force de sécurité?
Trois fonctions bien distinctes. L’essentiel est de déterminer laquelle est réellement nécessaire, plutôt que de parler de manière vague de «vide».