Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a réaffirmé la poursuite de la ligne de la «résistance», à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de l’ancien secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah. Dans une intervention consacrée à l’héritage de son prédécesseur, à la guerre et à la situation interne libanaise, il a insisté sur le maintien du soutien à la cause palestinienne et sur la «libération» des territoires libanais.
Il a affirmé que Nasrallah avait «construit un parti, une résistance et une mobilisation populaire solide et durable», assurant que le Hezbollah poursuivrait sur cette voie.
Pour Naïm Qassem, le slogan «Nous sommes fidèles à l’engagement» implique la continuité. «La direction qui tombe en martyr est remplacée par une direction qui poursuit la voie de l’engagement précédent», a-t-il affirmé. Il a assuré que sa milice continuerait à œuvrer en faveur de la Palestine et de sa «libération», ainsi que pour la «libération totale» du territoire libanais.
Une «résistance» qu’il présente comme victorieuse
Le secrétaire général du Hezbollah a salué les blessés des explosions de bipeurs, estimant qu’ils avaient donné un exemple en transformant leurs blessures en «action et en résistance».
Tout au long de son intervention, Qassem a présenté la confrontation comme un affrontement au cours duquel la «résistance» aurait empêché Israël d’atteindre ses objectifs. Il a affirmé qu’elle avait «mis fin au projet d’agression» et empêché «la consolidation de l’occupation israélienne» et l’établissement de colonies au Liban.
Il a également affirmé que les combattants avaient empêché l’avancée de brigades et de dizaines de milliers de soldats israéliens, malgré les bombardements et les destructions. Il a notamment cité Bint Jbeil, Khiam, Aïta el-Chaab, Naqoura, Bayada et Ali el-Taher, ainsi que d’autres secteurs du Liban-Sud.
Qassem a expliqué que la confrontation reposait, selon lui, sur deux axes: «faire face [à l’ennemi] sur le lieu et au moment où cela est possible» et «empêcher l’ennemi de s’installer». Il a affirmé que la résistance avait tenu trois mois à Ali el-Taher et plusieurs mois dans d’autres positions.
Cette présentation de la guerre lui permet de défendre la poursuite de la «résistance» tout en affirmant que celle-ci a, selon lui, empêché Israël d’atteindre ses objectifs. Il a ainsi rejeté l’idée que le rapport de force impose au Hezbollah de renoncer à ses armes ou à son rôle militaire.
Une attaque frontale contre l’État
Sur le plan interne, le discours de Qassem s’est en revanche concentré sur une critique directe du pouvoir libanais. Il l’a accusé de «aider le projet israélo-américain au lieu de lui faire face» et l’a rendu responsable, selon lui, de l’instabilité sécuritaire.
«Le pouvoir est responsable de l’instabilité sécuritaire, car il mise sur les États-Unis et Israël et ne tire pas parti des facteurs de force internes», a-t-il affirmé.
Il a également accusé les autorités d’avoir «renoncé d’un seul coup à leurs leviers de puissance» et d’avoir accepté, selon lui, «toutes les exigences de l’ennemi».
Qassem interpelle directement le président de la République
Naïm Qassem s’en est également pris au rôle du président de la République dans les négociations. Tout en reconnaissant au chef de l’État le droit de négocier, il a estimé que ce pouvoir n’était pas sans limites.
«Il est vrai que le président de la République a le droit de négocier, mais il ne peut pas enfreindre la Constitution, l’accord de Taëf, le discours d’investiture et la déclaration ministérielle», a-t-il déclaré.
Qassem a ajouté que le président ne pouvait pas, selon lui, «renoncer au droit du Liban, de son peuple et de son armée à défendre son territoire», ni «renoncer à poursuivre l’occupant en justice».
Cette prise de position place directement la présidence au cœur des critiques de Qassem, qui conteste ainsi la manière dont l’État conduit les négociations et définit les moyens de défense du pays.
Qassem a par ailleurs rejeté les demandes qu’il présente comme visant à imposer des conditions à l’armée libanaise. S’adressant à Israël, il a déclaré : «Cette armée est une armée nationale. Les Libanais parviennent à s’entendre entre eux, et ce n’est pas à vous d’imposer ce que vous voulez.»
Il a ajouté que demander à l’armée libanaise de devenir un instrument au service de ces exigences constituait une demande «longue à porter».
L’accord-cadre au cœur des critiques
Naïm Qassem a également attaqué l’accord-cadre, estimant qu’il avait accordé «en une seule séance et en un seul moment» tout ce que l’on pouvait réclamer au Liban «au profit de l’ennemi israélien».
Il a affirmé que ceux qui pensent pouvoir préserver une partie du Liban en renonçant à une autre partie du territoire ou à une partie de la population «se trompent».
Dans ce contexte, il a également déclaré que le problème résidait, selon lui, dans «l’agression et non dans la résistance», affirmant que cette dernière était née en réaction à l’agression. «Dire qu’il faut se soumettre à l’agression pour qu’elle cesse, c’est prôner la capitulation», a-t-il déclaré.
Il a ajouté que la capitulation face à Israël signifierait, selon lui, «la fin du Liban et de la coexistence au profit des colonies israéliennes, de l’implantation et de la tutelle américaine».
Le Hezbollah revendique aussi la reconstruction
Sur le plan social, Qassem a affirmé que le Hezbollah continuerait à prendre en charge l’aide aux populations touchées. «Nous sommes engagés à assurer l’hébergement, la réhabilitation et la reconstruction avec nos propres moyens et grâce aux dons», a-t-il déclaré.
Il a ajouté que le parti annoncerait «très prochainement» sa contribution à un projet d’hébergement.
Cette déclaration vient compléter son attaque contre l’État: alors qu’il accuse les autorités de renoncer aux «facteurs de force» du Liban et de miser sur les États-Unis et Israël, Qassem présente le Hezbollah comme continuant à assumer directement une partie de l’aide aux populations et de la reconstruction.