À l’occasion de la Journée mondiale du cœur, célébrée ce 29 septembre sous le thème «Don’t Miss a Beat», Ici Beyrouth se penche sur ces risques cardiovasculaires qui peuvent progresser longtemps sans donner l’alerte. Au Liban, 38% des adultes de 30 à 79 ans seraient hypertendus, près d’une personne de 15 ans et plus sur deux utilise du tabac et le diabète touche plus de 12% des adultes. Des chiffres qui rappellent qu’un cœur apparemment silencieux n’est pas nécessairement un cœur sans risque.
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde, avec environ 20 millions de décès chaque année. La campagne 2026 de la World Heart Federation insiste sur les maladies et les signes qui peuvent passer inaperçus ou être banalisés jusqu’à ce qu’une complication survienne.
Au Liban, les estimations de l’OMS pour 2021, année encore fortement marquée par le Covid-19, plaçaient la cardiopathie ischémique au deuxième rang des causes de décès, avec 84,6 décès pour 100.000 habitants, et l’AVC au troisième, avec 40,9 pour 100.000. L’OMS invite toutefois à interpréter ces estimations avec prudence en raison des limites des données nationales de mortalité disponibles.
Le cœur ne prévient pas toujours
L’absence de symptômes peut donner un faux sentiment de sécurité.
Dans un précédent entretien accordé à Ici Beyrouth, la Dre Nicole Gebara, directrice de l’Unité d’hypertension artérielle à l’Hôtel-Dieu de France, mettait notamment en garde les sportifs amateurs.
«Le sport reste un excellent moyen de prévention, mais il ne remplace pas un suivi médical régulier», rappelait-elle.
Une personne peut courir plusieurs kilomètres, fréquenter régulièrement une salle de sport et pourtant présenter une hypertension, un diabète, un excès de cholestérol ou certaines anomalies cardiaques sans le savoir.
Même un examen rassurant ne répond pas à toutes les questions. «Un ECG normal, par exemple, n’exclut pas toutes les maladies cardiaques», précisait Nicole Gebara.
Le dépistage doit donc être adapté à l’âge, aux antécédents personnels et familiaux, aux symptômes éventuels et aux facteurs de risque de chacun.
Au Liban, les risques s’additionnent
L’hypertension constitue l’un des principaux signaux d’alerte. Selon le dernier profil de l’OMS, environ 1,3 million d’adultes libanais de 30 à 79 ans seraient hypertendus, soit 38% de cette tranche d’âge. La proportion atteindrait 43% chez les hommes et 33% chez les femmes.
Seuls 58% seraient diagnostiqués, 52% traités et 30% correctement contrôlés. Environ 901.000 hypertendus n’auraient ainsi pas une pression artérielle maîtrisée.
À cette charge s’ajoute le tabac. Les dernières estimations de l’OMS pour 2024 situent à 46,9% la prévalence de son usage chez les personnes de 15 ans et plus au Liban, l’un des niveaux les plus élevés au monde.
Le diabète constitue un autre facteur majeur. La Fédération internationale du diabète estime sa prévalence à 12,3% chez les adultes libanais en 2024, soit près de 440.000 personnes.
Excès de LDL-cholestérol, surpoids ou obésité, sédentarité, alimentation trop salée, maladie rénale, âge et antécédents familiaux viennent compléter cette équation.
Les travaux de la cohorte cardiovasculaire du Grand Beyrouth de l’AUB avaient déjà mis en évidence l’accumulation, au sein d’une même population urbaine, de plusieurs de ces facteurs: tabagisme, obésité, hypertension, diabète et dyslipidémie.
Le danger tient justement à leur association. Une hypertension modérée chez une personne sans autre facteur de risque n’a pas le même poids que chez un fumeur diabétique présentant également un LDL élevé et des antécédents familiaux d’infarctus précoce.
C’est pourquoi la médecine cardiovasculaire raisonne de plus en plus en risque global, et non en une succession de chiffres isolés. Nicole Gebara insiste ainsi sur une évaluation associant antécédents, mode de vie, traitements, facteurs de risque et recherche d’éventuelles atteintes d’organes.
Au Liban, le cœur est souvent exposé bien avant de donner l’alerte.
Les signes qui ne doivent pas attendre
Une douleur ou une oppression thoracique persistante, notamment lorsqu’elle irradie vers un bras, le dos, les épaules ou la mâchoire, doit faire réagir. Un essoufflement inhabituel, des sueurs froides, un malaise, une perte de connaissance ou des palpitations importantes ne doivent pas davantage être banalisés.
Chez le sportif, l’apparition d’une douleur thoracique, d’un essoufflement inhabituel, d’un malaise ou de palpitations importantes impose d’interrompre l’effort et de demander rapidement un avis médical.
Tous les accidents cardiovasculaires ne se présentent toutefois pas de façon spectaculaire. C’est précisément l’un des messages de «Don’t Miss a Beat»: reconnaître les signes, mais aussi agir avant qu’ils n’apparaissent.
Connaître ses chiffres avant les symptômes
La prévention commence par des gestes beaucoup moins complexes qu’un scanner ou une coronarographie: connaître sa pression artérielle, sa glycémie et son cholestérol, ne pas fumer, bouger régulièrement, surveiller son poids, réduire l’excès de sel et tenir compte de ses antécédents familiaux.
Le ministère de la Santé intègre d’ailleurs depuis plusieurs années le dépistage de l’hypertension, du diabète et de la dyslipidémie ainsi que l’évaluation du risque cardiovasculaire global dans son programme de soins de santé primaires.
La World Heart Federation estime qu’une part majeure des décès cardiovasculaires est liée à des facteurs qui peuvent être prévenus ou mieux contrôlés.
Au Liban, où hypertension, tabagisme, diabète et autres facteurs de risque se cumulent à des niveaux élevés, la Journée mondiale du cœur ne devrait donc pas seulement rappeler comment reconnaître un infarctus.
Elle pose une question plus simple: faut-il vraiment attendre que le cœur parle pour commencer à l’écouter?