Il y a trois ans jour pour jour, Hassan Nasrallah commettait une erreur historique, ou plutôt une erreur qui a peut-être fait sortir le Liban de l'Histoire. Le 8 octobre 2023, sans consulter personne, l’ancien chef du Hezbollah appuie sur le bouton. Il appelle ça un «front de soutien» à Gaza. Trois ans plus tard, faisons les comptes.
Est-ce que cette guerre a changé quoi que ce soit à Gaza? Non. Le seul résultat a été la ruine du Liban et de son peuple pour un conflit qui ne le concernait absolument pas. La première guerre, celle du «soutien», a décapité la milice, fait des milliers de morts et emporté Nasrallah lui-même.
Le pire, c'est que la même erreur s'est reproduite le 2 mars 2026. Cette fois, la milice pro-iranienne a ouvert les portes de l'enfer sous le prétexte de «venger la mort d'Ali Khamenei». Une guerre qui, là encore, ne concernait pas le Liban. Vengeance de qui, pour quoi, au profit de qui? La seconde guerre n'a rien vengé. Elle a seulement ajouté des cratères aux cratères. Pour le bon plaisir de Téhéran.
En 2000, les Israéliens s'étaient retirés du Liban, sur la Ligne bleue, tracée par l'ONU. Aujourd'hui, vingt-six ans plus tard, à cause de l'aventurisme délirant du Hezbollah, ils occupent 650 kilomètres carrés du territoire libanais. Des dizaines de villages du Sud sont rasés. Quelque 300 000 Libanais sont toujours déplacés, certains pour la deuxième ou la troisième fois. Sans espoir de retour. Le pays est en ruine économique, et les guerres du Hezbollah ont coûté 20 milliards de dollars. Une facture que personne n'a voulue et que tout le monde est aujourd'hui sommé de payer. Cet argent parti en fumée aurait, soit dit en passant, pu permettre le remboursement partiel des déposants. Mais ça, c'est une autre histoire dont il faudra que les Libanais se souviennent à l'avenir. En attendant, qui veut reconstruire? Personne. Ni les pays du Golfe, eux-mêmes dans une situation économique délicate du fait des bombardements des Iraniens et de leurs alliés, ni les Occidentaux, ni les institutions internationales. Quel investisseur financerait des maisons que le Hezbollah peut faire détruire à nouveau le mois prochain, sur ordre de Téhéran?
On pourrait penser que la milice et ses dirigeants actuels, échaudés par les échecs successifs, tenteraient de sauver les apparences et d'épargner au peuple davantage de souffrances. Pas du tout. Elle s'en moque. Le Hezbollah crie à qui veut l'entendre qu'il va garder ses armes. Il perd la guerre, le Sud, ses chefs, sa base financière, et il garde ses armes, comme si le fusil était devenu l'unique raison d'être d'une milice qui n'a plus rien d'autre à défendre.
Pendant ce temps, le calendrier avance. Le 31 décembre, le mandat de la FINUL s'achève. Un vide se prépare sur la frontière, et aucun mécanisme de remplacement n'est encore prévu. Il reste trois mois pour inventer ce qui n'a jamais été préparé.
Que se passera-t-il ensuite? Personne ne le sait, mais des scénarios impliquant une intervention syrienne, voire turque, pour désarmer le Hezbollah à l'est et au nord sont régulièrement évoqués, notamment par le président américain. D'une manière ou d'une autre. Autrement dit, ce que l'État libanais n'a pas les moyens de faire, d'autres le feraient à sa place, et à leurs conditions.
La suite a un air de déjà vu. La Syrie, en charge de la Békaa et du Nord. Israël, jusqu'aux portes de Saïda. Le Liban risquerait alors de redevenir un assemblage de zones d'influence. Cela ressemble furieusement à 1976, avec cinquante ans de retard et sans même l'excuse bidon de la guerre civile. La souveraineté du Liban n'a pas été hypothéquée par des pays étrangers. Elle a été piétinée, méthodiquement, par une milice qui prend ses ordres à Téhéran, et qui a fini par offrir à tous les voisins du pays le prétexte parfait pour revenir. En prétendant, dans une posture rhétorique que personne ne croit plus, empêcher les autres de décider du destin du Liban, le Hezbollah leur en a donné les clés.
Carl von Clausewitz écrivait: «Le dessein politique est le but, la guerre est le moyen, et un moyen sans but ne se conçoit pas.»
Si son ouvrage «De la Guerre» était traduit en… persan, certains feraient bien de le lire!