La souveraineté du Liban, le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire, l’avenir de la présence internationale au Sud et le soutien à l’armée ont été au cœur des rencontres de la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, jeudi à Beyrouth.
Kaja Kallas a réaffirmé le soutien de l’UE à un Liban «stable, prospère et souverain», soulignant que l’Union européenne entend renforcer son soutien politique, économique et sécuritaire au pays.
Remerciant les autorités libanaises pour leur accueil à Beyrouth, Kaja Kallas a souligné que l’Union européenne et le Liban étaient «des partenaires naturels», liés par des relations historiques à travers la Méditerranée. Elle a affirmé que la stabilité, la prospérité et la souveraineté du Liban étaient dans «l’intérêt évident» de l’Union européenne.
Elle a rappelé qu’en septembre, l’UE avait annoncé une aide financière de 505 millions d’euros jusqu’en 2027, venant compléter le programme d’un milliard d’euros annoncé en 2024. Cette aide doit être consacrée à la relance économique, au renforcement de la sécurité, à la gestion des frontières et aux services essentiels.
L’UE insiste sur les réformes
Kaja Kallas a souligné que ce soutien nécessitait la poursuite des réformes. Elle a estimé que le Liban avait pris d’importantes décisions au cours de l’été et que l’accent devait désormais être mis sur leur mise en œuvre, notamment dans les secteurs économique et bancaire.
Selon elle, ces réformes sont indispensables pour mobiliser davantage de soutien international, attirer des investissements au Liban et améliorer les conditions de vie des Libanais.
Soutien européen à l’armée libanaise
Sur le plan sécuritaire, Kaja Kallas a estimé que la situation restait difficile. Elle a souligné que la sécurité du Liban devait relever de la compétence du gouvernement et du peuple libanais.
Elle a également indiqué que l’Europe soutenait l’accord négocié par les États-Unis concernant le Sud et les efforts visant à instaurer une sécurité et une stabilité durables entre le Liban et Israël.
Dans ce cadre, l’Union européenne renforce son aide sécuritaire aux Forces armées libanaises, notamment à travers la Facilité européenne pour la paix (EPF). Le soutien total accordé au Liban par l’intermédiaire de cette facilité atteint désormais 182 millions d’euros depuis 2022. Le Liban est ainsi devenu le troisième bénéficiaire de l’aide de l’EPF, et un soutien supplémentaire est prévu pour 2027.
Kaja Kallas a par ailleurs annoncé l’achèvement de la planification de la nouvelle mission de soutien de l’Union européenne destinée à former et conseiller les Forces armées libanaises.
Elle a remercié le ministre libanais des Affaires étrangères et son ministère pour leur coopération et leur travail dans la préparation de cette mission, se félicitant de la réception de l’invitation officielle des autorités libanaises, qui permet désormais de poursuivre le processus.
Selon Kaja Kallas, les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient établir officiellement cette mission lundi 12 octobre. Celle-ci aura pour objectif de contribuer à la sécurité du Liban en conseillant et en assistant les Forces armées libanaises et les Forces de sécurité intérieure, notamment pour renforcer le contrôle du territoire, la sécurité des frontières et la sécurité intérieure.
La mission sera menée conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
«Cette mission ne remplacera pas la Finul»
Kaja Kallas a toutefois tenu à préciser que cette mission européenne «ne remplacera pas la Finul» et qu’elle ne se concentrera pas uniquement sur le Sud-Liban.
Elle a rappelé que la Finul jouait un rôle important depuis près de 50 ans. La question du maintien d’une présence des Nations unies dans le Sud-Liban reste, selon elle, à l’étude. L’Union européenne se dit prête à travailler avec le Liban, l’ONU et les membres du Conseil de sécurité sur la suite à donner à cette présence.
«Il ne peut pas y avoir de vide sécuritaire lorsque la Finul partira», a-t-elle insisté, soulignant que le Liban devait exercer un contrôle complet sur l’ensemble de son territoire. Cela implique également, selon elle, d’avancer vers le désarmement du Hezbollah.
Le Liban et la transition en Syrie
Kaja Kallas a également évoqué la situation sécuritaire dans la région, estimant que l’avenir et la stabilité du Liban étaient étroitement liés à la transition en Syrie.
Elle a salué le renforcement de la coopération entre Beyrouth et Damas et reconnu le poids considérable que l’accueil des réfugiés syriens fait peser sur le Liban.
Après sa visite en Syrie la semaine dernière, elle a estimé que la reconstruction du pays devait avancer au même rythme que les efforts visant à permettre le retour des populations. Celles-ci ont besoin, selon elle, d’écoles, d’hôpitaux, de routes, d’infrastructures et, surtout, de sécurité.
L’Union européenne continuera de soutenir la Syrie dans sa reconstruction, ainsi que les réfugiés et les communautés qui les accueillent, a-t-elle ajouté.
Kaja Kallas a enfin réaffirmé que l’Europe était «investie dans l’avenir du Liban» et qu’elle continuerait à soutenir les institutions libanaises, le rétablissement de la pleine souveraineté du pays et la construction d’une stabilité durable.
L’Europe veut un rôle dans l’architecture sécuritaire régionale
Interrogée sur le rôle politique que l’Union européenne entend jouer dans la guerre avec l’Iran et sur une éventuelle implication européenne dans l’après-guerre, Kaja Kallas a indiqué que l’UE était en contact étroit avec l’ensemble de ses partenaires régionaux.
Elle a expliqué que les discussions portaient notamment sur ce qui suivrait la fin de la guerre et sur l’architecture sécuritaire de la région, dans laquelle elle estime que l’Europe a «un rôle clair» à jouer. Selon elle, la stabilité et la sécurité de la région sont directement dans l’intérêt de l’Union européenne.
Quelle présence internationale après la Finul?
Sur l’avenir de la présence internationale au Sud-Liban, Kaja Kallas a réaffirmé la position européenne selon laquelle une présence internationale est nécessaire pour préserver la stabilité et la sécurité.
Elle a précisé que des discussions étaient en cours sur la forme que pourrait prendre cette présence. Les États membres de l’UE qui contribuent actuellement à la Finul pourraient également participer à une future force internationale, a-t-elle indiqué.
Kaja Kallas a toutefois insisté sur la nécessité que cette force dispose d’un mandat des Nations unies. Elle a expliqué que les États membres européens étant des démocraties, leurs gouvernements doivent obtenir l’autorisation de leurs parlements pour envoyer leurs troupes dans ce type de missions.
Le mandat et les missions de cette éventuelle force devront également être clairement définis, a-t-elle ajouté.
Pour Kaja Kallas, la meilleure option serait toutefois, dans un premier temps, de prolonger le mandat de la Finul. Elle a réitéré que l’Union européenne ne souhaitait pas voir apparaître un «vide sécuritaire» après son départ.
Joseph Aoun salue les efforts européens
À Baabda, Kaja Kallas a fait part de la disponibilité de l’Union européenne à fournir l’aide nécessaire au Liban, notamment à l’armée, aux Forces de sécurité intérieure et aux organismes actifs dans les domaines social et humanitaire.
Le président Joseph Aoun a remercié la responsable européenne pour l’orientation du Conseil européen en faveur de l’envoi au Liban d’une mission civilo-militaire dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE (CSDP). Cette mission aurait pour mandat de fournir des conseils, des formations et des équipements.
Joseph Aoun a également salué les efforts européens visant à éviter un vide après le départ de la Finul. Il a indiqué que les discussions se poursuivaient pour trouver une formule alternative, précisant que le Liban souhaitait que toute force soit placée sous le drapeau des Nations unies.
Le président a par ailleurs affirmé que l’armée accomplissait pleinement sa mission dans les zones où elle s’est déployée au sud du Litani, conformément à l’accord-cadre. Il a accusé Israël de ne toujours pas appliquer les dispositions de cet accord et de poursuivre ses attaques contre les villages et localités du Sud.
Selon Joseph Aoun, le Liban travaille avec les États-Unis, parrains de l’accord, et avec des pays amis pour faire pression sur Israël afin qu’il le mette en œuvre. Il a réaffirmé que le dialogue et les négociations constituaient, selon lui, une alternative à la guerre et que l’accord représentait le moyen de mettre fin à l’état d’hostilité entre les deux pays.
Berry met en garde contre la fin de la Finul sans alternative
Kaja Kallas a ensuite rencontré le président de la Chambre, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné. Les discussions ont porté sur la situation au Liban et dans la région, ainsi que sur les relations entre Beyrouth et l’Union européenne.
Nabih Berry a mis en garde contre l’arrivée à terme du mandat de la Finul sans qu’une solution de remplacement soit trouvée sous l’égide des Nations unies. Selon lui, une telle situation constituerait une remise en cause de la légitimité internationale et de ses résolutions, notamment la résolution 1701, et aurait également des conséquences négatives pour le rôle de l’Union européenne.
Le président de la Chambre a également évoqué les violations de l’accord de cessez-le-feu et les attaques contre les villages et localités du Sud, ainsi que le rôle que l’UE pourrait jouer dans différents domaines, notamment la reconstruction. Il a réaffirmé l’attachement du Liban au maintien de la Finul.
Berry a par ailleurs estimé que «le problème reste le même», à savoir, selon lui, le non-respect par Israël de ses obligations au titre des différents accords.
L’importance de poursuivre la mise en œuvre de l’accord-cadre trilatéral
Le Premier ministre Nawaf Salam a également reçu la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, en présence de l’ambassadrice de l’UE au Liban, Sandra De Waele, et de la délégation qui l’accompagne.
Nawaf Salam a remercié l’Union européenne pour son soutien continu au Liban, réaffirmant que le gouvernement poursuivait la mise en œuvre des réformes et le renforcement des institutions de l’État.
Les discussions ont également porté sur les développements dans le Sud et sur l’importance de poursuivre la mise en œuvre de l’accord-cadre trilatéral selon les principes de réciprocité et de progressivité, avec un calendrier clair et un mécanisme permettant de vérifier le respect des engagements.
Les deux parties ont enfin évoqué l’importance du maintien d’une force internationale après l’expiration du mandat de la Finul, ainsi que la poursuite du soutien international à l’armée libanaise, afin de lui permettre d’étendre l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire, de garantir la stabilité et de consolider le retour des habitants.
Le Liban devait contrôler l’ensemble de son territoire
Lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi, Kaja Kallas a estimé que le Liban devait contrôler l’ensemble de son territoire, ce qui implique, selon elle, le désarmement du Hezbollah. «Nous ne voulons pas voir de vide sécuritaire dans le Sud», a-t-elle ajouté.
Youssef Raggi a, de son côté, indiqué que le Liban travaillait à rétablir l’autorité de l’État et à le placer sur la voie de la stabilité. Kaja Kallas a par ailleurs souligné que le Liban avait pris des décisions importantes et que l’Union européenne attendait désormais leur mise en œuvre.
La responsable européenne a également participé à une cérémonie au commandement de la brigade logistique, à Kfarchima, où l’armée libanaise a reçu un don de l’Union européenne comprenant des engins de génie, des véhicules de transport, des générateurs électriques et divers équipements. Selon l’armée, ce matériel vise à renforcer les capacités opérationnelles de ses unités et à répondre à leurs besoins logistiques.
Visite au Port
Kaja Kallas s’est rendue au port de Beyrouth, et y a effectué une tournée de la station de conteneurs, où elle s’est informée du déroulement des opérations ainsi que des procédures appliquées en matière de sécurité et de sûreté.
Le président-directeur général du port de Beyrouth, Marwan Naffi, a estimé que cette visite constituait une preuve de la place centrale qu’occupe le port de Beyrouth. Il a souligné que l’Union européenne avait soutenu le port, notamment dans les domaines de la sécurité et de la sûreté.
Selon lui, la visite de Kaja Kallas confirme également l’importance du port de Beyrouth pour l’économie nationale et la région, ainsi que la poursuite du soutien européen à son rôle de «porte de l’Orient».
Marwan Naffi a enfin souligné que les progrès réalisés dans les domaines de la sécurité et de la sûreté résultaient des procédures et mesures adoptées au sein du port. Il a assuré que ces efforts se poursuivraient afin de préserver les normes ayant permis au port d’atteindre son niveau actuel.