Le 4 octobre, l’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite a de nouveau été mis à l’arrêt à la suite d’une frappe sur la station de Khurais, à l’est de Riyad. Une source du secteur de l’énergie a fait état de dégâts majeurs, tandis qu’Aramco est restée muette. De leur côté, les Houthis ont revendiqué trois opérations ciblant l’aéroport international Roi-Khaled, la raffinerie de Rabigh ainsi que des sites à Asir, Najran et Jizan.

Ce même jour, l’accord de La Mecque sur la défense commune — signé le 7 août entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie — a été activé pour la première fois. Des mesures de dissuasion collective ont été proclamées au nom de la protection des lieux saints.

Le bilan de ces trois années tient en quelques mots: un front ouvert au nom de Jérusalem, dont la conséquence immédiate aura été de mobiliser une alliance islamique sunnite pour sanctuariser ces mêmes lieux saints. Et nous, relégués sur la banquette arrière, payons la course sans même connaître la destination.

Les 10 et 11 septembre, les Houthis ont pris le contrôle de la rive yéménite du détroit de Bab el-Mandeb. Début octobre, ils se sont emparés d’Al-Turbah, achevant l’encerclement de Taëz. Depuis juillet, date du lancement du blocus maritime contre l’Arabie saoudite sous le mot d’ordre «œil pour œil», les tirs de «l’axe de la résistance» ne visent plus le port de Haïfa, mais celui de Yanbu.

Le silence assourdissant du Hezbollah constitue l’élément le plus troublant de cette séquence. Pas un mot sur le blocus imposé à l’Arabie saoudite, ni sur les frappes contre l’oléoduc ou les aéroports. En revanche, le 7 octobre, il qualifiait cette date d’«acte de résistance légitime», tout en mettant en garde la région contre toute complaisance envers Israël.

Quand on a besoin des capitaux du Golfe pour reconstruire la banlieue sud, on tait les attaques visant ceux qui détiennent ces fonds. Ce n’est plus une posture politique, c’est un calcul.

Et le Liban passe à la caisse: de sa poche, de son temps, de sa souveraineté. L’argent, dans ce trio, reste le plus simple à évaluer.

À Riyad, personne n’a affirmé que l’aide destinée au Liban serait détournée. Pourtant, la froide réalité des chiffres contredit les communiqués officiels: le royaume a revu à la hausse ses prévisions de déficit budgétaire, ses investissements directs étrangers ont chuté de 18 % au deuxième trimestre, et il déploie des forces turques et pakistanaises pour protéger ses infrastructures tout en alimentant l'effort de guerre du gouvernement yéménite.

Dans une telle conjoncture, aucun État ne viendra subventionner le ciment de Bint Jbeil.

Le 17 septembre, dix-sept pays se sont réunis à Paris pour préparer un soutien à l’armée libanaise. Résultat: aucun engagement financier tangible, ni le moindre calendrier pour une conférence des donateurs. Seule promesse formulée, une intention européenne de débloquer 100 millions de dollars, bien loin des 3 milliards réclamés selon certaines sources, ou des 9 milliards selon d’autres.

En parallèle, le prix du diesel a presque doublé depuis fin février. Le 6 octobre, la bonbonne de gaz a bondi de 50.000 livres, et ce malgré une baisse du carburant.

«On n’est jamais mieux servi que par soi-même»: à cette exception près que celui qui était censé aider a fini par suspendre sa participation aux séances du gouvernement.

Dès lors, aux zélotes de la loi du talion: qui règle l’addition pour un détroit que nous n’avons jamais aperçu? Qui indemnisera le boulanger? Et quel lien logique unit ce boulanger à Bab el-Mandeb?Plus précieux encore que l’argent, il y a le temps. Et plus personne ne semble disposé à nous en accorder.

Le détroit d'Ormuz est à l’arrêt: quatre malheureux navires l’ont franchi le 4 octobre, contre environ 85 par jour en temps normal. Israël organise ses élections le 27 octobre, figeant toute décision diplomatique d’ici là. Le mandat de la Finul expire le 31 décembre, sans qu’aucune résolution ne figure encore sur la table du Conseil de sécurité. Le programme d'octobre se limite à un huis clos centré sur la résolution 1559.

Pendant que notre propre sablier s'égrène, l’horloge des autres reste accrochée à leurs propres murs.

Au-delà de l’argent et du temps, le drame absolu réside dans le fait que notre destin se négocie en notre totale absence.

La proposition iranienne du 29 septembre prévoit, selon les fuites, un cessez-le-feu régional englobant le Liban, couplé à la réouverture d’Ormuz et à la levée du blocus. De son côté, le Guide suprême a transmis au secrétaire général du Hezbollah un message subordonnant toute trêve au Liban à un accord global entre l’Iran et les États-Unis.

Le front sud a ainsi été réduit à une simple variable d’ajustement dans une négociation géopolitique dont la guerre de référence n’est pas la nôtre.

Selon certaines sources, l’Iran aurait bien versé 200 millions de dollars au Hezbollah au profit des déplacés.

Deux cents millions pour indemniser les victimes directes. Pas un centime pour l’État.

De Jérusalem aux pistes de l’aéroport de Jizan, telle est la trajectoire empruntée par l’«axe» ces trois dernières années.

Quant au Liban, il n’a jamais figuré sur la feuille de route du voyage, mais il en a toujours été le prix.