Onze matches, onze victoires. L’équipe féminine de futsal de l’Université Saint-Joseph vient de boucler le Championnat du Liban avec un parcours parfait. Mais le chiffre le plus impressionnant est peut-être ailleurs: sur la scène universitaire nationale, les joueuses de l’USJ n’ont plus perdu depuis trois ans. Titres locaux, Coupe universitaire, deux médailles de bronze mondiales consécutives: derrière la série se dessine désormais un véritable modèle sportif.

Gagner un championnat est une performance. Le traverser sans perdre un seul match en est une autre.

Sous les couleurs du Club 1875, l’équipe liée à l’Université Saint-Joseph a remporté cette saison le championnat national féminin de futsal organisé par la Fédération libanaise de football avec un bilan sans appel: 11 rencontres, 11 victoires.

Dans les compétitions universitaires libanaises, l’USJ n’a parallèlement plus connu la défaite depuis trois années et a accumulé championnat et Coupe de la Fédération sportive universitaire libanaise.

Onze matches, onze victoires, trois ans sans défaite universitaire: à l’USJ, la victoire est devenue une habitude.

Bien plus qu’une équipe universitaire

L’USJ a choisi depuis plusieurs années de ne pas limiter ses meilleures sportives aux seules compétitions entre universités.

La création du Club 1875, référence à l’année de fondation de l’établissement, a permis d’offrir une continuité entre sport universitaire et compétitions fédérales. Les joueuses peuvent ainsi évoluer sous les couleurs de l’université tout en affrontant les clubs du championnat national.

Cette passerelle est particulièrement visible en futsal féminin.

L’histoire ne commence d’ailleurs pas avec le titre de cette saison. Dès 2018, le Club 1875 disputait déjà la couronne nationale et poussait Zouk jusqu’à une cinquième rencontre décisive, perdue 1-0.

Huit ans plus tard, le rapport de force a changé. L’USJ ne se contente plus de poursuivre le titre: elle vient de traverser tout un championnat sans laisser échapper un seul match.

Un système plutôt qu’une génération

La réussite dépasse le seul groupe actuel.

L’université a progressivement installé autour de ses équipes un environnement qui permet aux meilleurs sportifs de s’entraîner, de participer aux compétitions nationales et internationales et, pour certains d’entre eux, de bénéficier d’un soutien sur leurs frais universitaires.

Les résultats de l’ensemble du département sportif montrent que cette politique ne concerne pas uniquement le futsal. L’USJ s’est installée ces dernières années tout en haut de la hiérarchie du sport universitaire libanais.

Pour une équipe féminine, cette stabilité est essentielle. Les promotions changent, les étudiantes obtiennent leur diplôme et les effectifs doivent régulièrement être renouvelés. Construire une domination durable suppose donc de conserver un socle, d’intégrer de nouvelles joueuses et de maintenir les mêmes exigences d’une saison à l’autre.

Le Club 1875 offre précisément cette continuité au-delà du cursus universitaire.

Maroun El Khoury, le fil conducteur

Maroun El Khoury dirige l’équipe féminine de l’USJ tout en étant impliqué au plus haut niveau du futsal féminin libanais, notamment auprès de la sélection nationale.

Cette proximité entre club, université et équipe nationale permet aux joueuses de travailler selon des exigences qui dépassent le cadre d'un championnat estudiantin.

Elle facilite aussi les passerelles. Une jeune joueuse peut être détectée dans le sport universitaire, progresser dans une structure fédérale puis se rapprocher de la sélection libanaise sans changer complètement d’environnement sportif.

C’est l’un des éléments qui distingue l’USJ d’une simple sélection assemblée pour quelques compétitions universitaires.

Deux bronzes mondiaux pour changer de dimension

La domination nationale aurait moins de poids si elle disparaissait dès que le niveau s’élève. Or l’USJ a également commencé à se faire une place à l’étranger.

En 2024, à Rome, les Libanaises décrochent la médaille de bronze du championnat mondial interuniversitaire, au milieu de 27 équipes féminines. Elles y signent notamment de larges victoires et découvrent pour la première fois le podium mondial.

Un an plus tard, à Barcelone, elles récidivent.

Après six victoires, l’USJ ne s’incline que 1-0 en demi-finale face à la formation slovaque qui remportera le titre, avant de décrocher une nouvelle médaille de bronze.

La progression est régulière: quatrième à Paris en 2023, troisième à Rome en 2024, encore troisième à Barcelone en 2025.

Ces résultats donnent une autre dimension aux onze victoires obtenues cette saison au Liban. L’invincibilité locale n’est plus isolée: elle accompagne une équipe devenue compétitive face à des formations universitaires étrangères.

Bratislava, le prochain révélateur

Du 4 au 9 novembre, l’USJ retrouvera la scène internationale à Bratislava pour une nouvelle édition du championnat mondial universitaire.

Après deux médailles de bronze consécutives, terminer parmi les meilleures ne constituerait désormais plus une surprise. L’étape suivante serait de franchir cette dernière marche qui sépare encore l’équipe d’une finale mondiale.

C’est là que la saison parfaite prend tout son sens.

L’USJ n’a plus réellement à démontrer qu’elle peut dominer au Liban. Onze victoires en onze rencontres et trois années sans défaite universitaire répondent déjà à cette question.

Le véritable enjeu est désormais double: transformer cette série en domination durable et faire profiter le futsal féminin libanais de cette réussite, en développant davantage de joueuses capables d’évoluer à ce niveau, des adversaires plus compétitifs et une sélection nationale nourrie par cette expérience internationale.

Une dynastie ne naît pas d’un seul trophée. Elle apparaît lorsque les saisons passent, les joueuses changent et que les victoires continuent.

À l’USJ, le mot commence à ne plus paraître exagéré.