La répression contre les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias en Turquie l'éloigne de l'intégration à l'Union européenne, a jugé vendredi la commissaire à l'élargissement Marta Kos, relançant malgré tout l'idée d'un étroit partenariat rendu nécessaire par les tensions internationales.
Le dossier de l'adhésion turque est au point mort depuis des années, notamment autour des questions d'indépendance de la justice, de respect des droits de l'homme et des minorités sexuelles et de liberté de la presse, des sujets devenus brûlants en Turquie.
«Les derniers évènements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE, a déclaré la commissaire à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie, au cours d'une visite officielle.
«Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflétera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement».
Dans le cadre d'une campagne baptisée «Ma famille est en sécurité», une répression s'est abattue mi-septembre sur le milieu LGBT+ en Turquie, avec de nombreuses arrestations et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants.
Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne contre la communauté LGBT+ malgré les protestations de l'UE et de quelques ONG internationales.
De fait, les relations entre Ankara et Bruxelles sont assez fraîches, alors que la Turquie a déposé sa candidature dès 1987 à l'entrée dans la Communauté économique européenne et en 1999 à l'adhésion à l'Union européenne. Les négociations à ce sujet, entamées en 2005, sont complètement à l'arrêt depuis des années.
Les tensions s'étaient accrues après la tentative de putsch de juillet 2016 et les purges massives à l'encontre des opposants et des journalistes qui avaient suivi. Le gouvernement turc est depuis accusé de céder à la tentation de l'autoritarisme.
«Nouvelles réalités en Europe»
L'UE dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où elle a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule, à côté de la République de Chypre, membre à part entière de l'Union européenne.
Bruxelles souhaite qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, une solution rejetée en 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux États.
De fait, le chef de l'État a estimé en août dernier qu'une adhésion à l'Union européenne n'était plus une priorité, même si la candidature n'est pas officiellement retirée.
L'UE entend toutefois développer des relations mutuellement bénéfiques avec la Turquie, dont l'importance stratégique s'est accrue ces dernières années, avec, entre autres, la guerre en mer Noire entre la Russie et l'Ukraine et les multiples conflits au Moyen-Orient.
Marta Kos a ainsi appelé à une «coopération mutuellement bénéfique qui reflète les nouvelles réalités en Europe (...) ou dans le monde».
La commissaire a en particulier cité les attaques en mer Noire contre les navires de commerce, dont beaucoup appartiennent à la Turquie ou sont exploités par des sociétés turques.
«La réalité de l'Europe autour de la mer Noire a profondément changé. Nous pouvons le voir ces derniers jours, avec les attaques de drones visant les navires en mer Noire, ce qui montre l'importance de notre coopération», a-t-elle relevé.
À l'occasion d'une visite à Ankara en février, Mme Kos avait jugé que l'UE devait réexaminer ses relations avec la Turquie «d'un œil neuf, précisément en raison de ces nouvelles réalités». Mais un rapprochement dépendra aussi des rapports qu'entretient ce pays avec ses voisins de l'Union, avait-elle souligné, dans une allusion directe aux relations gréco-turques, souvent houleuses.
De «bonnes relations de voisinage contribueraient à instaurer la confiance entre l'UE et la Turquie», a-t-elle noté. «Cela déterminera largement jusqu'où nous pourrons aller».
AFP