Décédé à 57 ans en Corée du Sud, Edward Maalouf demeure l’unique médaillé paralympique de l’histoire du Liban. Ses deux bronzes décrochés à Pékin en 2008 récompensaient un athlète préparé, ambitieux, qui visait l’or. Du handbike au tennis de table, il laisse un parcours de compétiteur et un héritage à faire vivre.
À Pékin, Edward Maalouf avait terminé à 85 centièmes de l’argent dans le contre-la-montre. Dans la course en ligne, il avait franchi l’arrivée dans le même temps que le deuxième, à une seconde du vainqueur. Ces écarts racontent sa place au contact des meilleurs handbikers du monde. C’est à cette hauteur sportive que se mesure son parcours.
Décédé le 7 octobre en Corée du Sud à la suite d’un arrêt cardiaque, Maalouf avait construit sa vie aux Pays-Bas tout en écrivant une page majeure du sport libanais. Aux Jeux, il avait transformé une présence nationale discrète en conquête de podiums.
Pékin, le bronze au bout de l’effort
En 2008, Maalouf monte deux fois sur la troisième marche dans la catégorie HC B. Le contre-la-montre le voit boucler son effort en 22 min 12 s 91, derrière le Suisse Heinz Frei et l’Italien Vittorio Podestà. Moins de sept secondes séparent le Libanais du titre ; moins d’une seconde le prive de l’argent.
La course en ligne confirme sa capacité à jouer devant. Frei s’impose en 1 h 28 min 25 s. L’Allemand Max Weber prend la deuxième place devant Maalouf, tous deux crédités de 1 h 28 min 26 s. Le Libanais signe un deuxième podium dans un exercice différent, après avoir déjà répondu présent face au chronomètre.
Deux bronzes à Pékin, une place unique dans l’histoire : Edward Maalouf reste le seul médaillé paralympique du Liban. Cette singularité donne à ses résultats une portée nationale, sans effacer ce qui les a rendus possibles : une préparation exigeante et la capacité à rivaliser avec les références de sa discipline.
L’ambition de revenir pour l’or
Les articles que nous lui consacrions à l’époque décrivaient un athlète engagé dans un entraînement soutenu, accompagné par Henk Ceelen et Herman Vrijhof. Avant Pékin, il avait rejoint la Chine trois semaines avant le début des Jeux pour achever sa préparation.
Quatre ans plus tard, à l’approche de Londres, son ambition restait intacte. Déjà double médaillé, Maalouf visait l’or. Pékin avait fixé une référence qu’il entendait dépasser, avec la même volonté de se mesurer aux meilleurs.
Seul représentant libanais aux Jeux de Londres en 2012, il termine finalement neuvième du contre-la-montre et douzième de la course en ligne en catégorie H2. Le podium lui échappe, mais cette deuxième participation prolonge son engagement au plus haut niveau.
Une carrière reconstruite après l’accident
En 1995, une chute sur un chantier provoque une lésion de la moelle épinière et le conduit à se déplacer en fauteuil roulant. Maalouf reconstruit ensuite son parcours sportif. Installé aux Pays-Bas en 2002, il se spécialise dans le handbike, vélo propulsé à la force des bras, et accède au haut niveau au milieu des années 2000.
L’accident marque le tournant de sa vie. Les années suivantes sont celles de l’apprentissage, de l’entraînement et des compétitions internationales, jusqu’à pouvoir disputer les médailles paralympiques à la fraction de seconde.
Son activité sportive se poursuit au-delà du handbike. Il participe notamment à une expédition sur le Kilimandjaro, arrêtée vers 5 500 mètres lorsque la neige et la dégradation de la météo rendent la progression trop dangereuse. Le groupe doit rebrousser chemin avant le sommet.
Changer de discipline, garder la compétition
Des problèmes cardiaques l’amènent ensuite à rechercher une pratique moins exigeante physiquement. À Rotterdam, il rejoint le club de paratennis de table Alexandria ’66. En 2025, il remporte le titre de champion des Pays-Bas dans la catégorie 3R.
Passer de la route à la table signifie apprendre d’autres gestes, retrouver des repères et affronter de nouveaux adversaires. Cette reconversion prolonge un trait constant de sa trajectoire : le goût de la compétition, bien après les podiums paralympiques.
Au Liban aussi, son influence dépasse ses propres courses. Dans son hommage, May El-Khalil, présidente du Marathon de Beyrouth, rappelle son rôle d’ambassadeur du parasport auprès de l’événement. Elle souligne qu’il avait contribué à réunir trente participants en situation de handicap dès sa première année de collaboration.
Son accompagnement d’autres athlètes témoigne également de cet engagement. Hassan Dia avait ainsi bénéficié de son soutien dès ses premiers entraînements, en 2008, puis dans sa pratique du handbike. Derrière la visibilité des médailles, Maalouf transmettait aussi son expérience.
Le Liban gardera de lui les deux bronzes de Pékin. Faire vivre cet héritage demandera de donner aux suivants les moyens de s’entraîner, de s’équiper et de courir. Maalouf avait montré jusqu’où un athlète libanais pouvait aller ; reste à permettre à d’autres de prendre le départ.