Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a annoncé une enveloppe de 66 millions de dollars destinée à financer l’Établissement public de l’habitat (EPH), dans le cadre du projet de budget 2027 transmis au Parlement. Un signal encourageant, mais encore fragile, pour tenter de relancer les prêts au logement, suspendus depuis la crise financière de 2019. Si la Banque de l’habitat a déjà repris ses activités de crédit, ses moyens restent limités face à une demande accumulée depuis près de sept ans. Quant à l’EPH, la reprise de ses financements dépend encore de ressources dont la mobilisation demeure incertaine.

Une enveloppe de 66 millions de dollars encore incertaine

Les 66 millions de dollars annoncés correspondent à un financement direct du logement par le Trésor. Leur inscription dans le projet de budget ne garantit toutefois pas leur disponibilité effective. Compte tenu des besoins pressants de financement de l’État et de l’évolution de la situation sécuritaire et sociale, cette enveloppe pourrait être revue à la baisse.

Parallèlement, l’EPH aurait entrepris des démarches auprès de partenaires régionaux pour mobiliser des ressources supplémentaires, à l’image de la Banque de l’habitat, qui a déjà obtenu des financements auprès de fonds d’investissement arabes. Aucune avancée concrète n’a cependant été enregistrée à ce stade.

L’incertitude porte donc autant sur le montant des fonds disponibles que sur la capacité à assurer la continuité des prêts au-delà d’une première enveloppe budgétaire.

Devenir propriétaire, un parcours semé d’obstacles

Sur la base d’une enveloppe de 66 millions de dollars, le montant moyen des prêts pourrait se situer entre 70 000 et 75 000 dollars, sous réserve des modalités définitives du dispositif. Celui-ci serait réservé aux ménages n’ayant jamais bénéficié d’un prêt immobilier subventionné, quel que soit l’organisme prêteur. Les financements pourraient couvrir l’achat d’un logement, mais aussi sa rénovation, sa construction ou l’achèvement des travaux.

Le projet de l’EPH prévoit des prêts sur vingt ans, assortis d’un taux d’intérêt fixe compris entre 3 % et 3,5 %. Ces conditions paraissent attractives au regard des taux internationaux, qui dépassent les 6 %. Mais un taux avantageux ne suffit pas à rendre un crédit accessible: encore faut-il disposer de l’apport initial et pouvoir assumer les mensualités sur la durée.

Apport personnel et mensualités: le véritable test

Le premier obstacle est l’apport personnel, qui représenterait 20 % du prix du logement. Pour un appartement de 200 000 dollars situé hors de la capitale, l’acquéreur devrait ainsi mobiliser 40 000 dollars avant même de contracter son emprunt. Une somme difficile à réunir pour de nombreux ménages, dont le pouvoir d’achat a été fortement érodé par des années de crise.

Les remboursements mensuels constituent un autre frein. À titre indicatif, un emprunt de 130 000 dollars sur vingt ans, à un taux fixe de 3,5 %, entraînerait une mensualité d’environ 754 dollars, hors assurance et frais éventuels. Pour un ménage disposant de revenus mensuels cumulés de 2 500 dollars, cette échéance absorberait près de 30 % du budget familial, laissant 1 746 dollars pour les autres dépenses.

Une telle charge peut rapidement devenir difficile à supporter pour les familles aux revenus modestes, même lorsque plusieurs membres du foyer contribuent aux dépenses. Dans un contexte de hausse du coût de la vie et d’activité économique encore fragile, les dépenses imprévues risquent de compromettre la capacité de remboursement.

Le problème est donc moins le niveau du taux d’intérêt que l’écart entre le coût du logement, les ressources disponibles et la capacité des ménages à s’endetter durablement.

Sans financement durable, une reprise limitée

Depuis le déclenchement de la crise financière et économique, fin 2019, l’EPH a cessé d’octroyer de nouveaux prêts, à la suite de l’interruption des financements que lui accordait la Banque du Liban.

La relance du crédit immobilier ne peut donc reposer uniquement sur une enveloppe ponctuelle. Elle suppose des ressources pérennes, des mécanismes de financement fiables et des conditions adaptées aux revenus des ménages. À défaut, le dispositif risque de bénéficier principalement aux candidats déjà capables de réunir un apport conséquent et d’assumer des mensualités élevées, laissant de côté une partie de ceux auxquels il est censé s’adresser.

L’enjeu dépasse enfin le seul accès à la propriété. La reprise des prêts pourrait soutenir quelque 65 secteurs liés à la construction et aux matériaux de bâtiment, avec des retombées potentielles sur l’activité économique et l’emploi.