Les informations recueillies lors des interrogatoires des deux hommes interpellés alors qu’ils transportaient des explosifs pour le compte du Hezbollah permettent d’établir que cette cargaison, d’un poids total d’environ 800 kilos de C4, est arrivée progressivement au Liban, en plusieurs livraisons. Acheminée depuis la Syrie, via les zones frontalières jouxtant la localité de Hermel, elle a été réceptionnée par des membres du Hezbollah qui étaient en contact avec les passeurs opérant en territoire syrien.

Selon les éléments de l’enquête, les explosifs ont ensuite été acheminés vers Baalbek, où un certain Abou Sajed les a remis aux deux hommes interpellés, chargés de les transporter vers la banlieue sud de Beyrouth, plus précisément dans le secteur de Mecherfiyyé. La cargaison devait y être réceptionnée par un individu connu sous le nom de Hajj Zoulfikar.

Les enquêteurs s’emploient actuellement à identifier formellement Abou Sajed et Hajj Zoulfikar, espérant que l’exploitation des données de télécommunications leur permettra d’y parvenir. Les deux hommes arrêtés étaient en possession d’un seul téléphone portable et de deux appareils de communication radio.

Il apparaît désormais clairement que le Hezbollah tente, par le biais d’opérations de contrebandes transfrontalières, de récupérer les armes encore entreposées dans certains dépôts. Une partie de ces stocks lui appartenait, tandis qu’une autre relevait de l’armée syrienne. Des officiers de l’ancienne armée syrienne, entretenant des liens avec le Hezbollah, extraient ces arsenaux des stocks pour les acheminer au Liban par l’intermédiaire de passeurs rémunérés pour ce faire.

Au nord de la Békaa, notamment aux abords de Hermel, des membres du Hezbollah réceptionnent les cargaisons à des points de rendez-vous frontaliers précis avant de les dispatcher vers d’autres destinations, dont la banlieue sud de Beyrouth, en s’appuyant sur plusieurs réseaux affiliés ou collaborateurs.

Un élément retient particulièrement l’attention: depuis le 1ᵉʳ octobre, l’armée libanaise est parvenue à déjouer plusieurs tentatives de contrebande et à saisir près de 500 kilos d’explosifs dans cette même région frontalière. Selon des sources sécuritaires, ces opérations ont été repérées grâce aux caméras installées sur les tours de surveillance, permettant ainsi le déploiement de patrouilles le long des axes empruntés par les passeurs.

Dès l’apparition des militaires, les contrebandiers prennent la fuite en abandonnant sur place leurs cargaisons, ce qui permet à l’armée de les saisir, bien que les interpellations fassent toujours défaut.

En principe, les explosifs saisis devraient demeurer sous la garde de l’institution militaire malgré les demandes de restitution formulées par le Hezbollah. Dès lors, une question demeure: une partie de ces explosifs a-t-elle effectivement été rendue, ou les requêtes de la milice sont-elles restées sans suite?

De sources diplomatiques, on qualifie la gestion de ce dossier de particulièrement préoccupante. Selon elles, le traitement de l’affaire des explosifs interceptés à Dahr el-Baïdar n’a pas été à la hauteur de la gravité des faits. La position de l’État libanais, et notamment celle des services de sécurité, a oscillé entre indifférence, volonté d’éluder le dossier et soupçons de complicité avec le Hezbollah.

La gestion politique et judiciaire de l’affaire n’a pas davantage été à la hauteur des enjeux. Des tentatives auraient été entreprises pour limiter les poursuites aux deux hommes se trouvant à bord du véhicule, alors qu’une démarche rigoureuse aurait dû conduire à identifier les donneurs d’ordre et à cibler un nombre bien plus important de cadres de cette organisation militaire.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la fermeté de la position américaine qui vient appuyer les décisions du Conseil des ministres relatives au monopole des armes par l’État et à la qualification du Hezbollah comme groupe opérant en marge de la loi. La formation pro-iranienne continue, quant à elle, de menacer les responsables libanais, notamment par le truchement de ses députés qui n’hésitent pas à interpeller le gouvernement, voire à le menacer, pour exiger la restitution des explosifs saisis.