Un responsable libanais a affirmé vendredi qu’un chef paramilitaire turco-syrien allié de Bachar al-Assad, dont Damas avait annoncé l’arrestation, avait en fait été «enlevé» au Liban par les services de renseignement syriens et turcs, assurant que Beyrouth n’avait pas été informé.

L’agence officielle syrienne Sana avait fait état jeudi de l’interpellation d’Ali Kayali, alias Mihrac Ural, principal suspect du massacre qui avait fait au moins 248 morts à Banias et Bayda en 2013, pendant la guerre civile en Syrie.

Selon une source sécuritaire syrienne à l’AFP, l’homme d’origine turque mais naturalisé syrien a été «appréhendé au Liban lors d’une opération sécuritaire coordonnée avec la partie libanaise».

Mais un responsable de sécurité libanais, qui a requis l’anonymat en raison du caractère sensible de l’information, a livré une autre version des faits, assurant à l’AFP que les autorités «n’étaient pas au courant» de l’opération.

«Des membres des services de renseignement syriens et turcs ont enlevé l’homme à Mansourieh», dans la montagne près de Beyrouth, et l’ont emmené «à l’ambassade de Syrie au Liban, puis transféré en Syrie», a précisé cette source.

Le responsable a ajouté qu’Ali Kayali résidait au Liban depuis la chute d’Assad en décembre 2024.

L’agence Sana a de son côté affirmé qu’il avait été appréhendé «alors qu’il tentait de fuir en franchissant la frontière».

Ali Kayali, surnommé le «boucher de Banias», dirigeait un groupe paramilitaire qui combattait aux côtés des troupes de l’ex-président syrien pendant la guerre civile.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) avait qualifié les massacres dont il est accusé de «l’un des épisodes d’exécutions de masse les plus meurtriers» de la guerre civile.

La Syrie et le Liban tentent d’écrire une nouvelle page de leurs relations bilatérales depuis la chute d’Assad, et l’arrivée au pouvoir d’une coalition islamiste qui a arrêté des dizaines de responsables du régime déchu.

Le Liban, soupçonné d’avoir accueilli des responsables du pouvoir d’Assad, a ainsi arrêté en septembre un ancien officier des services de renseignement syriens, après avoir extradé en août vers Damas un ancien général accusé de crimes, en particulier de meurtre et de torture.

Selon l’agence officielle turque Anadolu, Mihrac Ural, marié à une proche de la famille Assad, est en outre soupçonné d’avoir planifié, avec l’aide des services de renseignement d’Assad, un double attentat à la voiture piégée qui a fait 53 morts le 11 mai 2013 à Reyhanli, dans le sud-est de la Turquie.

Les services turcs ont récemment arrêté un suspect clé dans ce double attentat qui avait constitué l’attaque la plus meurtrière en Turquie liée aux répercussions de la guerre civile en Syrie.

AFP