Trois transplantations à partir d’un même donneur, puis l’annonce d’une prise en charge renforcée par le ministère de la Santé : le Liban veut redonner une impulsion au don d’organes. En cette Journée mondiale du don et de la greffe, le 17 octobre, le défi consiste à transformer la volonté de donner en possibilité de soigner, depuis l’accompagnement des familles jusqu’au suivi des receveurs.
Fin septembre, un cœur a été transplanté à l’hôpital al-Rassoul al-Aazam et deux reins à l’hôpital universitaire Saint-Georges des grecs-orthodoxes. Ces interventions, rapportées le 30 septembre par le ministère de la Santé, rappellent ce qu’une coordination entre plusieurs équipes peut rendre possible : à partir d’un seul donneur, trois patients ont pu recevoir un organe.
Le 10 octobre, le ministre Rakan Nassereddine a précisé les mesures accompagnant la relance : couverture à 100 % des transplantations dans le dispositif ministériel, financement budgétaire des activités logistiques, administratives et organisationnelles du don, et préparation de textes d’application. Une instance réunissant médecins et représentants d’hôpitaux universitaires a tenu sa première réunion pour travailler à ce cadre. La portée de ces engagements dépendra désormais de leur mise en œuvre et de leur continuité.
Des compétences à relier aux besoins
La transplantation possède une histoire ancienne au Liban. L’hôpital Rizk, aujourd’hui rattaché à la LAU, a lancé un programme de greffe rénale en 1985. L’AUBMC dispose d’une unité spécialisée depuis 1998. L’Hôtel-Dieu de France assure également cette activité. La relance annoncée ne signifie donc pas que toutes les greffes avaient cessé dans le pays.
L’existence d’équipes expérimentées ne garantit cependant pas qu’un don puisse aboutir. NOD-Lb, l’organisme national chargé de coordonner le don et la transplantation d’organes, affilié au ministère de la Santé, intervient dans ce parcours, de l’évaluation des donneurs à l’attribution des greffons, en lien avec les équipes hospitalières.
Au Liban, un donneur peut sauver plusieurs vies. Encore faut-il pouvoir greffer. Cela suppose de préparer les receveurs, de préserver les organes et d’assurer leur transport, tout en mobilisant les équipes dans les délais médicaux requis.
Comprendre le décès avant de parler du don
Pour les proches, la mort encéphalique constitue souvent une réalité difficile à saisir. Elle correspond à la perte irréversible des fonctions du cerveau, y compris du tronc cérébral. Il s’agit d’un décès, distinct d’un coma, même profond.
Sous ventilation artificielle et traitements, le cœur peut pourtant continuer à battre et les organes rester temporairement oxygénés. Cette apparence peut entretenir l’espoir d’un réveil. Les techniques de réanimation maintiennent alors certaines fonctions de l’organisme ; elles ne permettent pas la récupération du cerveau.
L’explication du diagnostic et de son irréversibilité est donc essentielle. La possibilité d’un prélèvement dépend ensuite de l’évaluation médicale du donneur et des conditions de préservation des organes. Tous les décès ne permettent pas un don.
La carte ne remplace pas la discussion familiale
Dans le parcours libanais de don après décès, l’accord de la famille reste nécessaire, même lorsque la personne a signé une carte de donneur. À l’inverse, les proches peuvent accepter le don en l’absence de carte. Faire connaître sa volonté de son vivant permet donc de préparer une discussion qui, autrement, survient au moment du deuil.
Cette information doit aussi porter sur l’attribution des organes. Les critères comprennent notamment le groupe sanguin, la compatibilité immunologique, la taille, l’urgence médicale et l’ancienneté sur la liste d’attente. Le statut social, la religion ou les moyens financiers ne doivent pas intervenir dans cette sélection.
Expliquer ces règles contribue à construire la confiance. La décision de donner engage des convictions personnelles, mais aussi la compréhension des garanties entourant le prélèvement et la greffe.
Connaître le don ne signifie pas y consentir
Une étude publiée en 2023 dans la revue Ethics, Medicine and Public Health illustre ce décalage. Fondée sur un questionnaire en ligne rempli en juin et juillet 2022 par 500 adultes libanais, elle montre que tous les participants avaient entendu parler du don d’organes, mais que seuls 21,6 % se déclaraient disposés à donner, tandis que près de la moitié restaient indécis.
Cet échantillon ne permet pas de généraliser ces proportions à la population libanaise. Les chercheurs retrouvaient néanmoins une association entre les connaissances, les attitudes et la volonté de donner.
La sensibilisation gagne ainsi à dépasser les appels à la générosité. Comprendre comment le décès est établi, comment les proches sont accompagnés et selon quelles règles les receveurs sont sélectionnés permet de se prononcer en connaissance de cause.
Protéger aussi le donneur vivant
Le don d’un rein par une personne vivante engage une responsabilité particulière : celle-ci accepte une intervention sans bénéfice thérapeutique pour elle-même. Son état de santé, les risques encourus et la compréhension de sa décision doivent être examinés avec rigueur.
À l’Hôtel-Dieu de France, la procédure publiée pour les greffes rénales entre apparentés prévoit notamment un dossier soumis au comité d’éthique, la confirmation de l’absence de contre-indication chez le donneur et un consentement éclairé sur les conséquences de l’opération. Le lien familial ne remplace aucune de ces garanties.
Après l’opération, préserver la chance obtenue
Une greffe rénale réussie peut permettre de sortir de la dialyse, mais elle ne met pas fin aux soins. Les médicaments antirejet doivent être pris régulièrement, avec des consultations et des analyses de surveillance. En réduisant l’activité du système immunitaire, ils augmentent notamment la vulnérabilité aux infections.
Le financement de l’intervention doit donc s’accompagner d’un accès durable aux traitements et au suivi. La réussite se mesure aussi à la possibilité de préserver le greffon au fil des années, au-delà de la sortie du bloc.
Les trois transplantations de septembre ont donné une réalité concrète à la promesse du don. Pour les patients qui attendent, l’enjeu est désormais de pouvoir accéder à cette chance, puis de retrouver une vie quotidienne que la maladie avait suspendue.