Une chute banale peut suffire à compromettre des années d’autonomie lorsque les os sont fragilisés. À l’occasion de la Journée mondiale de l’ostéoporose, ce 20 octobre, l’enjeu au Liban est de repérer les personnes à risque, prévenir les fractures et assurer la continuité des traitements. Une démarche qui concerne les femmes comme les hommes et dépasse largement la prise de calcium ou de vitamine D.

Un poignet cassé après une chute de sa hauteur, une vertèbre fracturée à la suite d’un effort modeste : derrière l’accident peut se cacher une fragilité osseuse jusque-là ignorée. L’ostéoporose évolue généralement sans douleur avant la fracture. Se sentir bien ne suffit donc pas à écarter la maladie.

Elle se caractérise par une diminution de la résistance des os, liée à leur densité et à leur structure. La hanche, les vertèbres et le poignet figurent parmi les sites les plus souvent touchés. Une perte de taille, un dos qui se voûte ou une douleur dorsale nouvelle peuvent révéler une fracture vertébrale et justifient une évaluation.

Au Liban, une faille documentée après la fracture

Une étude publiée en 2020 dans le Journal of Clinical Densitometry apporte un éclairage local. Elle portait sur les dossiers de 400 patients hospitalisés à l’American University of Beirut Medical Center pour une fracture de hanche entre 2011 et 2015.

Âgés de 78 ans en moyenne, ces patients étaient des hommes dans 37% des cas. Une consultation consacrée à l’ostéoporose n’avait été demandée que pour 22% d’entre eux et moins de 5% quittaient l’hôpital avec un bisphosphonate, une classe de médicaments utilisée contre la fragilité osseuse.

Ces résultats anciens, issus d’un seul établissement, ne décrivent pas la prise en charge actuelle de tous les patients libanais. Ils documentent cependant une lacune: réparer la fracture sans prendre suffisamment en charge la maladie qui l’a favorisée.

Repérer le risque avant l’accident

La ménopause accélère la perte osseuse, mais l’ostéoporose n’est pas exclusivement féminine. L’âge, une fracture antérieure, un faible poids, des antécédents familiaux de fracture de hanche ou une corticothérapie prolongée doivent notamment attirer l’attention. Certaines maladies et certains traitements augmentent également le risque.

L’ostéodensitométrie, ou DXA, mesure la densité minérale osseuse, généralement à la hanche et au rachis. Rapide et peu irradiant, cet examen aide au diagnostic et au suivi. Son indication dépend de l’âge et des facteurs de risque; elle ne suppose pas d’attendre l’apparition d’une douleur.

Le Liban dispose également d’un modèle FRAX adapté au pays, intégré aux recommandations nationales. Cet outil estime le risque de fracture à dix ans à partir de données cliniques, avec ou sans mesure de densité osseuse. Il aide à éclairer la décision thérapeutique, en complément de l’évaluation médicale.

Le calcium ne résume pas le traitement

Des apports suffisants en calcium, en vitamine D et en protéines participent à la santé osseuse et musculaire. Les compléments répondent à des besoins identifiés; ils ne remplacent pas, lorsqu’il est nécessaire, un traitement destiné à réduire le risque de fracture.

Plusieurs médicaments permettent de freiner la destruction osseuse ou de stimuler la formation d’os. Leur choix dépend notamment du risque de fracture, des antécédents et des contre-indications. Ostéoporose: au Liban, protéger ses os, c’est défendre son autonomie. L’objectif dépasse l’amélioration d’un résultat d’examen: il s’agit de préserver la possibilité de marcher, de sortir et de vivre chez soi.

La continuité du suivi compte aussi. Certains traitements ne doivent pas être interrompus sans relais organisé. C’est notamment le cas du dénosumab, dont l’arrêt peut provoquer un rebond de la dégradation osseuse et accroître le risque de fractures vertébrales.

Préserver les os, prévenir les chutes

L’activité physique adaptée associe sollicitation des os, renforcement musculaire et travail de l’équilibre. La peur de tomber peut conduire à moins bouger, puis à perdre de la force: l’accompagnement doit permettre de maintenir une activité compatible avec l’état de santé et les éventuelles fractures.

La prévention se joue également à domicile: éclairage suffisant, tapis bien fixés, passages dégagés et chaussures adaptées. Vérifier la vision et réévaluer les médicaments susceptibles de favoriser vertiges ou somnolence font aussi partie de la démarche.

Au Liban, une note du centre Knowledge to Policy de l’AUB soulignait dès 2021 l’importance de mieux coordonner les soins et de faciliter la couverture des examens et des traitements. La prévention ne peut porter ses fruits que si les patients peuvent accéder à ce parcours et le poursuivre.

Après une fracture de fragilité, la consolidation ne devrait donc pas clore le dossier. Elle doit ouvrir une autre étape : rechercher la cause, évaluer le risque et organiser la prévention de la suivante. L’autonomie se protège aussi après le retrait du plâtre ou la sortie du bloc opératoire.