Les Libanais suivent de près les résultats des élections israéliennes et leurs répercussions potentielles sur la situation au Liban. Ils s’interrogent sur l’avenir de la confrontation militaire, des négociations et du retrait israélien du territoire libanais.

Le départ de Benyamin Netanyahou du pouvoir entraînerait-il un recul des attaques israéliennes? Israël se retirerait-il des territoires libanais qu’il contrôle? Un nouveau gouvernement poursuivrait-il les négociations avec le Liban? Surtout, renoncerait-il à exiger le désarmement du Hezbollah, ou cette exigence resterait-elle incontournable, quel que soit le prochain Premier ministre?

Ces interrogations soulèvent une question fondamentale: la politique israélienne à l’égard du Liban dépend-elle de la personnalité de Netanyahou, ou traduit-elle une orientation stratégique partagée par la majorité des forces politiques et l’appareil sécuritaire israéliens?

Un changement de méthode, mais pas nécessairement d’objectifs

L’éventuel départ de Netanyahou pourrait modifier la conduite de la confrontation avec le Liban, sans pour autant remettre en cause les objectifs israéliens.

Cette continuité se retrouve dans les positions de figures de l’opposition comme Naftali Bennett et Gadi Eisenkot, qui défendent elles aussi une ligne sécuritaire dure à l’égard du Hezbollah, malgré leurs divergences avec Netanyahou dans la gestion des dossiers politiques et militaires.

Un nouveau gouvernement pourrait certes se montrer plus enclin à privilégier la diplomatie et à réduire l’intensité des opérations militaires. Il n’en abandonnerait pas pour autant l’objectif d’empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires à proximité de la frontière.

Dans cette perspective, le retrait israélien pourrait faire l’objet de négociations plus poussées si un nouveau gouvernement acceptait d’envisager un retrait progressif, parallèlement au déploiement de l’armée libanaise et en contrepartie de garanties de sécurité. Cette évolution ne signifierait toutefois pas qu’Israël renoncerait à conditionner son retrait aux arrangements relatifs à l’armement du Hezbollah.

Quant aux négociations, elles devraient se poursuivre quel que soit le prochain Premier ministre, compte tenu du rôle des États-Unis dans leur conduite. Leur rythme et leurs conditions pourraient varier, mais les principaux dossiers resteraient les mêmes: la cessation des attaques, le retrait israélien, les arrangements sécuritaires et le monopole des armes par l’État libanais.

Au cœur de ces dossiers, la question de l’armement du Hezbollah demeure le principal point de blocage. L’exigence israélienne de désarmement dépasse la seule position de Netanyahou et transcende les clivages partisans. Les divergences entre les gouvernements pourraient porter sur les moyens d’atteindre cet objectif, entre pression militaire et démarche progressive, mais non sur son maintien à l’ordre du jour.

Trois scénarios après les élections

Premier scénario: le maintien de Netanyahou au pouvoir

Cette hypothèse favoriserait la poursuite de la politique actuelle, fondée sur la pression militaire et le conditionnement du retrait israélien aux arrangements sécuritaires et au désarmement du Hezbollah, tandis que les négociations resteraient ouvertes sous l’égide des États-Unis.

Deuxième scénario: l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement sans Netanyahou

Cette éventualité pourrait favoriser une désescalade, relancer les négociations et ouvrir la voie à des arrangements prévoyant un retrait progressif. Le nouveau gouvernement pourrait néanmoins poursuivre les mêmes objectifs sécuritaires, tout en recourant à d’autres moyens pour les atteindre.

Troisième scénario: des résultats indécis et une impasse dans la formation du gouvernement

Dans cette configuration, le dossier libanais pourrait entrer dans une phase d’attente. Les opérations militaires et les négociations se poursuivraient alors sans décision politique majeure, dans l’attente de la stabilisation du pouvoir en Israël.

Quelles perspectives pour le Liban?

Les élections israéliennes pourraient certes ouvrir une fenêtre d’opportunité politique pour le Liban, mais elles ne suffiraient pas, à elles seules, à mettre fin à la confrontation.

L’avenir du Liban ne dépendra pas uniquement de l’identité du prochain Premier ministre israélien. Il dépendra aussi de la position des États-Unis, de l’évolution de la situation régionale et de la capacité de l’État libanais à définir une approche claire de la question de l’armement et à étendre son autorité à l’ensemble de son territoire, tout en exigeant le retrait israélien et la cessation des attaques.

Le Liban ne saurait donc miser uniquement sur une possible défaite électorale de Netanyahou. Il doit également se préparer à tirer parti de tout changement politique en Israël pour améliorer les conditions des négociations et défendre ses intérêts.

En définitive, les élections peuvent changer le gouvernement israélien sans pour autant infléchir la stratégie du pays à l’égard du Liban.

Reste la question essentielle: le départ de Netanyahou, s’il se confirme, ouvrira-t-il la voie à un véritable règlement, ou les Libanais devront-ils admettre que le problème ne tient pas au seul Premier ministre israélien, mais à une politique qui dépasse les hommes et les gouvernements?