Classée au 24ᵉ rang des puissances militaires mondiales en 2026 selon Global Firepower, l’Arabie saoudite dispose d’un budget militaire parmi les plus élevés au monde. Le royaume a consacré 64 milliards de dollars à sa défense en 2026, selon l’International Institute for Strategic Studies (IISS), ce qui le place au huitième rang mondial. Une enveloppe considérable, qui traduit les ambitions militaires de Riyad dans une région marquée par la multiplication des menaces sécuritaires.
Ces dépenses répondent aussi à un objectif économique. Dans le cadre de son plan Vision 2030, le royaume cherche à développer sa propre industrie de défense afin de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers. Riyad s’est fixé pour objectif de réaliser localement plus de 50% de ses dépenses en équipements et services militaires d’ici à 2030. À la fin de 2025, ce taux atteignait 27,3%, selon l’Autorité générale des industries militaires saoudiennes. Si les progrès sont réels, le royaume reste donc encore loin de son objectif.
La dégradation de la situation sécuritaire dans la région a renforcé cette volonté. Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le 28 février 2026, l’Arabie saoudite est fréquemment ciblée par l’Iran et les Houthis. Les Houthis ont notamment affirmé avoir ciblé mardi la raffinerie de pétrole de Ras Tanura, dans l’est du Royaume, à l’aide d’un missile balistique. La protection des infrastructures stratégiques et du territoire national demeure ainsi une priorité pour les autorités saoudiennes.
Un arsenal conséquent, mais des capacités inégales
Selon les estimations de Global Firepower pour 2026, les forces armées saoudiennes comptent environ 247.000 militaires actifs, auxquels s’ajoutent 150.000 membres des forces paramilitaires, pour une population d’environ 36 millions d’habitants. Sur le plan terrestre, le royaume dispose de plus de 22.000 véhicules blindés et de 1.085 chars, auxquels s’ajoutent différents systèmes d’artillerie.
Dans les airs, l’Arabie saoudite est équipée de 283 avions de chasse et 264 hélicoptères, auxquels s’ajoutent des avions de transport, de ravitaillement et de reconnaissance. Au niveau maritime en revanche, le royaume a des capacités plus limitées et possède seulement 9 patrouilleurs, 7 frégates et 9 corvettes. L’Arabie saoudite ne dispose en outre ni de sous-marins ni de destroyers. La modernisation de sa marine constitue donc un enjeu important, alors que Riyad doit protéger ses voies maritimes, ses ports et ses installations énergétiques sur le golfe Persique et la mer Rouge.
Malgré cet arsenal et les sommes investies, les récentes attaques de drones et de missiles mettent en évidence les difficultés du royaume à protéger l’ensemble de son territoire et ses infrastructures. L’étendue du pays, la dispersion des sites pétroliers et la diversité des menaces compliquent le travail des défenses antiaériennes. Pour Riyad, l’enjeu n’est donc pas seulement d’accumuler des équipements, mais de parvenir à les déployer efficacement face à des attaques répétées.
Une dépendance aux équipements étrangers
L’Arabie saoudite est encore largement dépendante des grands producteurs d’armes occidentaux pour ses équipements militaires. Selon l’International Institute for Strategic Studies (IISS), plus de 75% de l'armement lourd saoudien provient des États-Unis, le reste étant principalement fourni par le Royaume-Uni et la France. En outre, la majeure partie des systèmes de pointe de l'armée saoudienne est importée.
Dans les airs, la flotte de chasse repose ainsi entièrement sur des avions américains et européens, avec environ 200 F-15 (États-Unis) et plus de 70 Eurofighter Typhoon (Royaume-Uni). Au sol, les forces blindées alignent plus de 450 chars lourds américains M1A2 Abrams, tandis que l'artillerie utilise notamment des canons autoportés français CAESAR.
Dans sa quête d'équipements de pointe, Riyad cherche également activement à acquérir des F-35. Pour le Royaume, obtenir cet appareil est essentiel pour maintenir sa supériorité aérienne face à l'Iran et s'aligner sur le niveau d'équipement d'Israël dans la région. De leur côté, les Israéliens ont exprimé à plusieurs reprises leur refus de voir l’Arabie saoudite acquérir cet appareil, redoutant de perdre leur avantage militaire.
Longtemps réticent, le gouvernement américain a finalement approuvé mi-septembre la vente de 48 F-35 à l’Arabie saoudite, pour un montant de 24,3 milliards de dollars. Cependant, comme l’exige la loi américaine, le Congrès doit lui aussi approuver le projet de vente pour qu’il soit effectif.
La dépendance saoudienne aux importations étrangères ne se limite pas à l’achat des équipements. L’entretien des appareils, l’approvisionnement en pièces détachées et l’accès aux technologies nécessaires à leur fonctionnement reposent également, en partie, sur les pays fournisseurs. Pour Riyad, développer une industrie de défense nationale représente donc un enjeu stratégique: il s’agit autant de renforcer ses capacités militaires que de limiter sa dépendance à l’égard de ses partenaires étrangers.
L’Arabie saoudite dispose ainsi de moyens financiers importants et d’un arsenal moderne, mais ces atouts ne suffisent pas à garantir son autonomie militaire. Les difficultés rencontrées face aux attaques de missiles et de drones soulignent les limites de ses capacités de défense, tandis que sa dépendance aux importations freine ses ambitions d’indépendance stratégique.