La démocratie israélienne fait ses preuves une nouvelle fois au cœur d’une région profondément tourmentée où plus rien ne tient. L’attentat terroriste à l’encontre des chrétiens jordaniens et ses ramifications sécuritaires sur les frontières syro-jordaniennes, l’instabilité endémique du Liban, l’insécurité diffuse du pouvoir saoudien, la résurgence des plateformes opérationnelles iraniennes sur l’ensemble moyen-oriental sont autant d’indicateurs. 

Le résultat des élections israéliennes met en relief les fractures d’une scène politique divisée, tout en soulignant l'unité qui se forme autour des questions stratégiques liant les Israéliens, au-delà de leurs dissensions politiques et sociétales. L’imbrication étroite entre les questions stratégiques et sociétales n’a jamais cessé dans une société où l’identité juive, comme marqueur ethno-national, n’a jamais pu éteindre les différences qui se sont cristallisées autour de la nature du projet national israélien. Celles-ci se sont cristallisées tant dans sa matrice sioniste que dans ses variantes post-sioniste et anti-sioniste.

La société israélienne n’a cessé d’être confrontée à ces dilemmes identitaires et politico-stratégiques au détour de chaque guerre et à la veille de chaque élection, où le nexus entre ses variables refaisait surface. Le pogrom du 7 octobre 2023 a redonné à cette problématique toute son acuité et mis le doigt sur les menaces sécuritaires auxquelles fait face l’État israélien. La dimension sécuritaire, politico-stratégique et identitaire demeure centrale alors que les prouesses militaires, technologiques et économiques n’ont jamais défailli en fournissant à l’État des assises incomparables. 

En se rendant aux urnes, les Israéliens ont voté sur des enjeux sécuritaires. Cela a conduit au pogrom symptomatique du 7 octobre 2023 et à ses desseins ouvertement génocidaires. Ces derniers incluent l'ambiguïté malveillante de l'intermédiation qatarie, l'hubris du pouvoir israélien, les faux calculs concernant Gaza, ainsi que l'imbroglio sécuritaire qui s'est noué autour de l'axe de la rive-ouest du Jourdain et de Gaza. Ce n’est pas un hasard si cette question se maintient à l’ordre du jour et plus que jamais. Ceci nous renvoie à la question ultime des deux États, ainsi qu'à l’avenir des relations entre l’État d’Israël, l’autorité palestinienne et le Hamas, et à l’effondrement de toute perspective de règlement négocié. 


Le dilemme concernant l'avenir des relations entre l’État d’Israël, l’autorité palestinienne et le Hamas, ainsi que l’effondrement de toute perspective de règlement négocié, se complique. En effet, la question de la reconnaissance de l’État d’Israël et de l'édification de l'hypothétique État palestinien revient au point zéro. En d’autres termes, nous revenons à la question fondamentale du droit d’existence de l’État d’Israël et à la nécessité d'un règlement négocié avec les Palestiniens. Celui-ci a constamment rencontré des obstacles idéologiques et des politiques de sabotage, malgré le fait que la résolution 181 des Nations Unies avait ouvert la voie aux accords de Camp David, d’Oslo et à leurs dérivés.

Le pogrom du 7 octobre 2023 et les dynamiques guerrières qu’il a suscitées marquent un nouveau départ. Ils réinvitent les deux parties à repenser à frais nouveaux la question de la coexistence entre les deux peuples, des deux États et des étapes intermédiaires qu’il faudrait mettre en place. C’est ça l’enjeu des élections israéliennes et la difficulté de pouvoir les dissocier des questions géostratégiques en cours. La société israélienne devrait plus que jamais aborder ces questions avec tout le réalisme que cela suppose, en évitant les biais idéologiques provenant de toutes parts, tant des Israéliens eux-mêmes que de la diaspora juive qui se sent ultimement concernée. 

Les différences électorales ne peuvent en aucun cas justifier l’institutionnalisation des désaccords politiques dirimants et qui peuvent mettre en danger la sécurité nationale et les changements géostratégiques induits par la contre-offensive israélienne et ses effets de restructuration sur le plan géopolitique. La pugnacité du vote arabe démontre les limites d’une coalition avec cette composante qui réaffirme son intransigeance au moment même où un irrédentisme politico-religieux juif remet en question l’identité de l’État israélien. Les partis politiques du centre droit sont sommés de retrouver un accommodement, malgré les controverses politico-légales concernant l’enquête sur le 7 octobre 2023, le service militaire des haredims, et les rapports entre les pouvoirs judiciaire et politique. 

Les écarts faibles entre les deux blocs électoraux doivent déboucher sur des consensus à géométrie variable alors que les enjeux stratégiques pèsent plus que jamais. Les Israéliens doivent réussir une nouvelle fois de plus le pari d’une démocratie au milieu des tourmentes. Les polarisations doivent se résorber, soit par la formation d'une coalition regroupant les deux blocs prédominants, soit en facilitant ainsi la tâche au président Herzog, qui avait déjà opté pour une coalition entre ces blocs. Autrement, les Israéliens reviendront aux urnes dans 82 jours pour se retrouver avec les mêmes problèmes qu'ils auraient tort d'esquiver.