Au lendemain de la Journée mondiale de l’AVC, l’enjeu reste concret au Liban: reconnaître les symptômes et accéder rapidement au traitement. La couverture de la thrombectomie annoncée cette année constitue une avancée, mais l’orientation vers les centres spécialisés et la continuité des soins restent déterminantes pour préserver l’autonomie des patients.

Une bouche qui se déforme, un bras qui ne répond plus, des mots impossibles à prononcer: un accident vasculaire cérébral peut bouleverser une vie en quelques instants. Attendre une amélioration ou chercher une explication rassurante risque de retarder les soins. Même lorsque les symptômes disparaissent, l’évaluation reste urgente.

Au Liban, des équipes spécialisées disposent des moyens de traiter certains AVC dès la phase aiguë. Encore faut-il que les patients leur parviennent à temps. Face à l’AVC, quelques minutes gagnées peuvent préserver des années d’autonomie. Cette course commence dès les premiers signes et se poursuit dans l’organisation du transport, de l’imagerie et du traitement.

Une couverture annoncée pour retirer le caillot

Le 11 février 2026, le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a annoncé une prise en charge à 100% de l’intervention par cathéter destinée à retirer le caillot, ainsi que d’une nuit de soins intensifs, dans le dispositif ministériel. Cette technique, appelée thrombectomie mécanique, concerne certains AVC provoqués par l’obstruction d’une grosse artère cérébrale.

L’annonce s’inscrivait dans une démarche nationale comprenant une commission présidée par la Pr Nathalie Nasr et un projet de coordination entre établissements périphériques et centres de référence. L’objectif était de faciliter l’orientation vers les équipes capables de réaliser l’intervention.

La portée de cette mesure doit être comprise précisément: elle concerne l’acte décrit et une nuit de soins intensifs. Elle ne signifie pas que l’ensemble du parcours, notamment la rééducation prolongée, est intégralement couvert. Son bénéfice dépend aussi de l’organisation effective des admissions et des transferts.

Des délais documentés à Beyrouth

Un travail universitaire d’Ahmad Termos, déposé à l’AUB en 2020, a étudié les dossiers de 205 adultes admis à l’AUBMC pour un AVC ischémique entre janvier 2016 et janvier 2019. Le délai médian entre les premiers symptômes et l’arrivée aux urgences atteignait environ quatre heures et demie. Seuls 49,7% des patients arrivaient dans les quatre heures et demie suivant leur apparition.

Résider hors de Beyrouth était notamment associé à un délai plus long, tandis que le transport en ambulance était associé à une arrivée plus rapide. Ces observations concernent un établissement et une période ancienne; elles ne décrivent pas la situation actuelle dans tout le pays. Elles montrent néanmoins pourquoi le trajet jusqu’aux soins mérite autant d’attention que l’intervention elle-même.

La reconnaissance de l’urgence constitue un autre enjeu. Une enquête de Saade et al., publiée en 2022 dans Frontiers in Public Health auprès de 410 adultes libanais, classait 48,5% des participants dans le groupe ayant de faibles connaissances sur l’AVC. Ce résultat ne constitue pas une mesure nationale actualisée, mais souligne l’utilité d’une information que chacun peut immédiatement mettre en pratique.

Dissoudre ou retirer: deux traitements distincts

Un AVC peut résulter de l’obstruction d’une artère, on parle alors d’AVC ischémique, ou d’une hémorragie. L’imagerie cérébrale permet de les distinguer et d’orienter le traitement.

Dans certains AVC ischémiques, la thrombolyse consiste à administrer un médicament pour dissoudre le caillot. Elle est généralement envisagée dans les quatre heures et demie suivant le début des symptômes, sous réserve des critères médicaux.

La thrombectomie permet de retirer le caillot à l’aide d’un dispositif introduit dans les vaisseaux. Elle doit être réalisée le plus tôt possible. Chez certains patients sélectionnés grâce à l’imagerie, elle peut être proposée jusqu’à vingt-quatre heures après le début des symptômes ou le dernier moment où la personne était connue sans symptômes. Ce délai élargi ne constitue jamais une raison d’attendre. Les deux traitements peuvent parfois être associés.

L’urgence d’organiser le parcours

La prise en charge d’un AVC mobilise plusieurs équipes, de l’imagerie aux soins spécialisés, puis à la rééducation. Pour le patient, l’enjeu est d’accéder rapidement aux examens et au traitement adaptés, y compris lorsqu’un transfert vers un autre établissement est nécessaire.

Au Liban, le projet de réseau national vise à mieux coordonner les hôpitaux périphériques et les centres de référence. Sa réussite dépendra de conditions concrètes: des équipes disponibles, une transmission rapide des informations médicales et des transferts organisés sans retard évitable. Les compétences existent; leur coordination doit permettre aux patients d’en bénéficier à temps.

Retrouver de l’autonomie

La sortie de l’hôpital ouvre une autre étape. Marcher, parler, avaler, s’habiller ou reprendre son travail peuvent nécessiter un accompagnement prolongé. Prévenir une récidive exige aussi d’identifier la cause de l’AVC et d’adapter les traitements.

À l’AUB, un projet de master en sciences infirmières présenté en 2025 s’est intéressé à la transition entre hospitalisation et retour à domicile. Les neuf professionnels interrogés jugeaient utile un programme structuré, tout en signalant des obstacles liés notamment aux effectifs et aux ressources éducatives. Il s’agissait d’un travail de faisabilité, et non d’un programme dont l’efficacité aurait déjà été démontrée.

Pour les patients, l’amélioration des soins doit ainsi se prolonger bien après l’intervention. Une artère débouchée constitue une étape décisive; pouvoir rentrer chez soi, communiquer et retrouver ses gestes quotidiens donne à cette avancée toute sa portée.