Quel que soit l’épilogue des élections en Amérique et en Israël, les enjeux géostratégiques demeurent et les protagonistes sont sommés d’y répondre. Les alternatives diplomatique ou de guerre sont à prendre ou à laisser et le rétrécissement du champ de manœuvre s’impose de manière contraignante. L’intermède électoral vient à sa fin alors que les questions de sécurité stratégique sont plus que jamais en attente de réponse et les esquives se voient reléguées. Les Israéliens doivent mettre en forme une coalition suffisamment cohérente afin de sanctuariser leurs acquis politico-stratégiques, contenir ou défaire la menace iranienne et sceller la nouvelle configuration géostratégique qu’ils ont imposée au sein d’un ordre régional en éclats.
Les États-Unis opèrent sur la base d’un continuum géostratégique où la politique étrangère et les modulations de la scène politique interne se font écho. Les résultats électoraux ne seraient pas de nature à questionner les grands enjeux stratégiques et leurs incidences sur l’échiquier politique domestique. Le conflit multidimensionnel avec l’Iran est incontournable tant pour Israël que pour les États-Unis qui doivent conjointement donner réponse aux défis qu’il pose. Le pari iranien sur des retournements spectaculaires dans les positions des deux némésis relève du fantasme plutôt que d’une évaluation objective de la donne géostratégique.
Les divergences politiques en Israël sont loin de déteindre sur les questions de sécurité nationale et des menaces existentielles qui leur sont rattachées. Alors qu’aux États-Unis la vie politique intérieure se voit rattachée de manière subreptice à la nouvelle cartographie des conflits mondiaux et à leurs répercussions sur la géopolitique d’une Amérique mutante. La relation éminemment sécuritaire et stratégique entre les États-Unis et Israël est plus que jamais nécessaire en vue de réussir la restructuration géopolitique d’un Moyen-Orient désorienté et en quête de nouveaux équilibres.
Il ne s’agit plus de reclasser des priorités plutôt que de définir les coordonnées d’une architecture sécuritaire où les interdépendances et les mutations définissent les dynamiques en cours. La coalition islamo-gauchiste qui prévaut au sein d’un parti démocratique éclaté peut difficilement remettre en question les grandes orientations stratégiques qu’ils entendent instrumentaliser dans leur plan de conquête du pouvoir.
La réunion qui a regroupé à Téhéran les partenaires du pacte de la Mecque et les apartés entre l’Iran et la Russie sont des stratagèmes de contournement que l’Iran manipule de manière continue en vue de déjouer son isolement et de protéger sa latitude manœuvrière dans un champ stratégique verrouillé. Le président iranien M. Pezeshkian y voit une porte de sortie salutaire afin d’asseoir un régime sécuritaire régional soustrait à l’arbitrage américain, avant de se faire rattraper par les règles de jeu de la nouvelle guerre froide. Somme toute, l’affrontement se maintient et les paramètres et les protagonistes sont reconduits. La tente mecquoise est lardée de contradictions et pourrait servir dans le meilleur des cas d’entremetteur erratique ou d'amortisseur de chocs.
Les différends stratégiques et idéologiques de l'alliance sunnite sont solidement ancrés dans les structures étatiques des protagonistes et entravent la création de consensus stratégiques durables. L’aparté russo-iranien, lui, n’est qu’un expédient occasionnel tenté par deux dictatures meurtrières aux abois. Le régime iranien est un monstre aux hybridations multiples qu’il faudrait démanteler de manière progressive.
Il faudrait mettre fin le cas échéant aux élucubrations d’une diplomatie manœuvrière dont le but est de gagner du temps, de différer des échéances et de restituer le statu quo ante tant sur le plan régional que domestique. La manœuvre diplomatique iranienne vise à restaurer sa latitude après la destruction de la stratégie des plateformes opérationnelles intégrées au niveau régional, le retour en force de ses mandataires régionaux, le contrôle des détroits du Bab al-Mandeb et d’Hormuz, la militarisation du nucléaire et la poursuite de la politique de répression au sein de l’Iran.
La diplomatie iranienne s’inscrit dans une démarche de diversion alors que les visées impériales sous-jacentes poursuivent leur cours et structurent l’ensemble du processus politique. Il serait vain d’imaginer un autre scénario où la diplomatie sert de relais à une volonté de normalisation et de démocratisation. Le pouvoir iranien mise sur les méandres de l’alternance démocratique et sur la poursuite de la politique de sabotage sur l’ensemble du canevas stratégique moyen-oriental, et tout le reste n’est que théâtre d’ombres. La navigation s'effectue dans des eaux troubles où la nature des enjeux géopolitiques reste incertaine et difficile à scruter. La prudence s'impose.