La fin des élections est teintée d’ambiguïté, d’illusions et de doutes sur la possibilité d’une transition pacifique. Dans le Moyen-Orient, tous les ingrédients d’une guerre civile généralisée se superposent à une dynamique conflictuelle d’ensemble qui est loin de se désamorcer. Le régime iranien est l’épitome d’une morbidité protéiforme qui enveloppe de part en part toute une aire culturelle et politico-stratégique peu encline à la normalisation.
Cette incapacité à s’extraire des dynamiques conflictuelles relève de considérations culturelles et anthropologiques plutôt que des contingences d’une modernité échouée à tous égards. Le fait de ne pas en prendre acte nous renvoie à une analyse étriquée et, par voie de conséquence, aux incohérences politiques qui prévalent indistinctement dans cette aire géopolitique.
En récapitulant les commentaires sur les élections en cours en Israël et aux États-Unis, on s'aperçoit des blocages tant cognitifs qu’émotionnels d’un univers hermétique où la distance critique peine à trouver sa voie dans les débats politiques. Le court-circuitage idéologique est de nature à dérailler tout échange et rendre impossible toute diplomatie. Le régime iranien et les islamistes se considèrent déjà dans une position d'arbitrage politique décisif sur la scène politique américaine, agissant comme le maître des horloges et celui qui devrait établir les règles du jeu. Le télescopage des faits dénature les véritables enjeux et met à plat toute démarche diplomatique. La trame des négociations se réduit à entériner les a priori idéologiques, s’interdire toute démarche analytique et se barricader derrière des scotomes idéologiques en tous genres.
Les paralogismes du genre indiquent que la victoire du parti démocrate est susceptible de redéfinir les enjeux stratégiques de la sécurité nationale des États-Unis et de renforcer la gauche islamiste qui s’est emparée du parti déliquescent. En revanche, l’analyse de la donne électorale nous renvoie aux difficultés économiques et sociales de tout citoyen lambda dans une démocratie. En faisant l’économie de toute une approche réaliste, le régime iranien cherche à se réfugier dans un univers mental qui l’empêche d’aborder les questions sécuritaires et diplomatiques à partir de la realpolitik.
Quels que soient les résultats des élections américaines, ils ne remodèleraient pas le paysage politique d’un pays où les clivages politico-idéologiques sont inscrits dans une durée prolongée, ni les orientations politico-stratégiques d’une puissance majeure. Cette attitude n’a rien d’inédit, cependant elle s’agrège aux canulars d’une minorité islamo-gauchiste qui se projette d’une manière démesurée sur le canevas géopolitique.
La défaite des républicains marque le début de l’ère post-Trump et la reprise des dossiers majeurs par les démocrates avec tous les aléas que cela suppose. Autrement, les rapports de force entre la nouvelle majorité et les républicains vont se structurer. Ils s'articuleront autour des enjeux décisifs de l’inflation, du pouvoir d’achat, des questions budgétaires, des déséquilibres structurels entre les États, du commerce mondial et des tarifs douaniers. Ils aborderont également des dossiers internationaux allant de l’Iran jusqu’à la Chine et le sous-continent latino-américain. La politique étrangère et de sécurité nationale reste au demeurant dans le cadre des fonctions régaliennes.
Par ailleurs, les élections en Israël reflètent les contradictions d’un pays ballotté entre des clivages idéologiques, des choix de société et des menaces existentielles que le pogrom du 7 octobre a révélés au grand jour. Les différends électoraux n’arrivent pas à supplanter l’ordre de priorité sécuritaire ou à le reconvertir. La formation du nouveau gouvernement est étroitement conditionnée par les impératifs sécuritaires et la nécessité de mettre fin à une guerre qui a indûment duré.
L’ingénieuse contre-offensive israélienne qui a mis fin à la stratégie des "plateformes opérationnelles intégrées" revient sur la scène avec la tentative de réhabilitation imaginée par le régime iranien. Les Israéliens, toutes tendances confondues, ne peuvent en aucun cas céder et se résigner à une solution bâclée. Or, les chances d’aboutissement de toute démarche diplomatique sont invraisemblables en l’absence d’un nouveau rapport de force. La défaite du régime iranien se conçoit au croisement d’un impératif double, celui de sa chute et de la normalisation des rapports entre l’État d’Israël et le régime qui devrait succéder à la dictature impériale en place.
Quelles que soient les insinuations pseudo-diplomatiques du côté iranien, l’état des lieux en dit autrement. Le régime islamique est tout à fait lucide quant à sa fragilité structurelle, son absence de légitimité et les aléas liés à des alliances de circonstances qui sont loin de remédier aux failles stratégiques. C’est à partir de ce genre de considérations qu’il faudrait repenser la question des élections et de leurs rapports à des conflits et des enjeux stratégiques de taille.
La question qui se pose au lendemain des élections est celle de la probabilité ou de l'improbabilité d'une nouvelle prise de conscience en milieu iranien. Les illusions qu'entretient le régime iranien à l'endroit d'un bouleversement politique et stratégique aux États-Unis relèvent de la prophétie autoréalisée qui va se dissiper au lendemain des élections. La sociologie politique américaine ne va sûrement pas changer, pas plus que les orientations stratégiques. Quant à la possibilité du changement au sein du régime iranien, elle est à déclasser au profit d'une vision plus réaliste où le changement des rapports de force semble définir toute politique à venir.