Trump laisse entendre que toutes les options restent ouvertes face à l’Iran. Et il a raison.
Les récentes élections à la Knesset israélienne et au Congrès américain pourraient avoir moins d’incidence sur la situation au Moyen-Orient que certains ne le pensent. Si les résultats électoraux donnent une indication importante des tendances politiques dans chaque pays, ils n’entraînent pas nécessairement de changement dans les stratégies de sécurité nationale. C’est vraisemblablement le cas aujourd’hui en Israël comme aux États-Unis.
Israël: une longue attente en perspective
Les élections israéliennes ont, une fois encore, débouché sur une impasse politique. Le Likoud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a perdu des sièges, mais reste la première formation à la Knesset avec 27 élus. La coalition actuelle de Netanyahu a obtenu 53 sièges, soit huit de moins que les 61 nécessaires pour disposer d’une majorité à la Knesset.
De son côté, Gadi Eisenkot a fondé un nouveau parti qui a remporté 21 sièges. Toutefois, le bloc de partis juifs susceptible de le soutenir ne réunirait que 48 sièges, soit 13 de moins que la majorité requise. Et pour ceux qui auraient cru que les résultats du scrutin traduisaient un virage vers la modération, le parti « Ensemble », formé par Naftali Bennett et Yaïr Lapid, figure parmi les grands perdants. Il a perdu la moitié de ses sièges et n’en compte plus que 12.
C’est là que la forte participation des électeurs arabes israéliens entre en jeu. Leurs partis ont gagné neuf sièges, portant leur total à 19. Mais la participation de partis arabes à un gouvernement de coalition reste un tabou, aussi bien du côté juif qu’arabe. Ce tabou n’a été brisé qu’une seule fois, et brièvement, avec l’entrée au gouvernement de Ra'am, un parti islamiste conservateur. Celui-ci compte huit sièges dans la nouvelle Knesset, ce qui ne suffit pas à permettre à Eisenkot de prendre le pouvoir.
Le président israélien, Isaac Herzog, devra bientôt choisir à qui confier la tâche de former le prochain gouvernement. Doit-il désigner Netanyahu, dont le parti est arrivé en tête et dont la coalition est la plus importante, mais qui ne semble pas avoir de solution pour obtenir une majorité? Ou Eisenkot, qui devrait, pour former un gouvernement, trouver un terrain d’entente avec les partis arabes, par exemple en obtenant leur soutien tacite sans qu’ils siègent officiellement au gouvernement?
Une troisième possibilité serait de former un gouvernement d’union nationale réunissant des représentants du Likoud et de l’opposition actuelle. Mais les divergences entre les principaux responsables sont nombreuses.
Quelle que soit sa décision, Herzog accordera au candidat désigné jusqu’à fin décembre pour former un gouvernement. En cas d’échec, il confiera cette mission à l’autre camp, qui aura jusqu’à fin janvier 2027 pour y parvenir. Un troisième essai pourrait ensuite être accordé à l’un ou l’autre camp, jusqu’à la mi-février.
Si toutes ces tentatives échouent, de nouvelles élections devront être organisées d’ici fin mai. Les partis disposeront alors de six semaines supplémentaires pour tenter de former une coalition, ce qui nous mènerait à juillet. Et le cycle recommencera.
Dans l’intervalle, Netanyahu restera à la tête d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, avec des pouvoirs limités. Ces restrictions ne s’appliquent toutefois pas aux situations d’urgence, notamment en matière de guerre et de sécurité nationale.
Il faut également garder à l’esprit que la campagne électorale israélienne n’a pas fait apparaître de divergences profondes sur la stratégie régionale actuelle. Les débats ont essentiellement porté sur le coût de la vie, les privilèges accordés aux ultraorthodoxes, les accusations et les responsabilités concernant les événements du 7 octobre 2023, ainsi que le mécontentement suscité par les visages familiers de la vie politique israélienne.
Tout au long de cette longue période d’incertitude, Netanyahu conservera donc les mains libres sur les questions de sécurité. De plus, même si Eisenkot lui succède, leurs positions ne présentent pas de différence fondamentale sur la manière de traiter les dossiers de l’Iran, du Liban, de la Syrie ou des Palestiniens.
Quant aux partis arabes israéliens, quelle que soit l’opinion de leurs électeurs, ils ont évité de se positionner sur les questions de sécurité nationale et se sont concentrés sur l’amélioration des conditions de vie de leurs électeurs.
États-Unis: un Congrès démocrate ne limitera pas la marge de manœuvre de Trump en politique étrangère
Aux États-Unis, les républicains ont subi les pertes annoncées au Sénat et à la Chambre des représentants. Mais les conséquences de ce revers sur la politique étrangère américaine devraient être moins importantes qu’on ne pourrait le penser.
Le futur président de la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, est un démocrate centriste connu pour éviter les affrontements. Mais au sein de son camp, c’est l’aile progressiste de gauche, plus radicale et plus active, qui devrait donner le ton. Ses membres se présenteront comme l’avenir du parti, en vue de l’élection présidentielle de 2028, et réclameront une ligne dure ainsi qu’une confrontation avec l’administration Trump, même s’ils ne sont pas majoritaires parmi les élus démocrates. Il faut donc s’attendre à de vives tensions au sein du parti sur son orientation, notamment sur la question du soutien à Israël.
Trump a déjà pris les devants sur ce dossier en appelant à réduire progressivement l’aide militaire accordée à Israël, tout en renforçant la coopération en matière de défense. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que cette position se traduise nécessairement par des changements concrets.
Une vague de victoires démocrates se dessine au moment où ces lignes sont écrites. Mais même avec ces gains, le parti sera loin des 67 sièges, soit la majorité des deux tiers au Sénat, nécessaires pour faire adopter certaines décisions importantes, notamment passer outre un veto présidentiel ou condamner un président ou un autre responsable mis en accusation par la Chambre des représentants.
Trump conservera donc toute latitude pour conduire sa politique étrangère et sa politique de défense. Le Congrès pourra surtout exercer une pression par le biais d’auditions et de déclarations. Le principal point de blocage pourrait concerner le budget fédéral, avec un risque de paralysie des administrations. Les démocrates étant généralement moins disposés que les républicains à laisser le gouvernement à l’arrêt, ils pourraient être les premiers à céder. Quoi qu’il en soit, même les opposants les plus modérés de Trump auront peu de raisons de bloquer les dépenses militaires en pleine crise au Moyen-Orient. Il est donc probable que le budget de la défense soit épargné, même en cas de bras de fer budgétaire.
Trump laisse entendre que toutes les options restent ouvertes face à l’Iran. Et il a raison. Les décisions qu’il prendra au cours des deux dernières années de son mandat feront l’objet de vifs débats au Congrès, mais c’est à lui qu’il reviendra de trancher.
Même si Eisenkot succède à Netanyahu, leurs positions sur la manière de traiter les dossiers de l’Iran, du Liban, de la Syrie et des Palestiniens ne présentent pas de différence fondamentale.
Dans l’attente, Netanyahu reste à la tête d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, avec des pouvoirs limités. Ces restrictions ne s’appliquent toutefois pas aux situations d’urgence, notamment en cas de guerre ou lorsqu’il est question de sécurité nationale.
Il faut également souligner que la campagne électorale israélienne n’a pas révélé de divergences majeures sur la stratégie régionale du pays. Les débats ont surtout porté sur le coût de la vie, les privilèges accordés aux ultraorthodoxes, les responsabilités dans les événements du 7 octobre 2023, ainsi que le mécontentement à l’égard des figures habituelles de la classe politique israélienne.
Durant cette longue période d’incertitude, Netanyahu conservera donc toute latitude pour agir sur les questions de sécurité. Par ailleurs, même si Eisenkot lui succède, leurs positions ne présentent pas de différences fondamentales concernant l’Iran, le Liban, la Syrie ou les Palestiniens.
Quant aux partis arabes israéliens, ils ont, quelles que soient les opinions de leurs électeurs, évité de s’impliquer dans les questions de sécurité nationale, préférant se concentrer sur l’amélioration des conditions de vie de leur électorat.
États-Unis: un Congrès démocrate ne limitera pas la marge de manœuvre de Trump en politique étrangère
Aux États-Unis, les républicains ont bien subi les pertes annoncées à la Chambre des représentants et au Sénat. Mais les conséquences de ce revers sur la politique étrangère seront moins importantes qu’on pourrait le croire.
Le probable futur président de la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, est un démocrate centriste, peu porté sur la confrontation. Mais l’aile gauche et progressiste du parti, plus bruyante et plus offensive, devrait occuper le devant de la scène. Elle entend se présenter comme le visage de l’avenir du parti, en vue de la présidentielle de 2028, et réclamera des positions radicales ainsi qu’un bras de fer avec l’administration Trump, même si elle ne représente pas la majorité des élus démocrates.
Des divisions internes sont donc à prévoir sur l’orientation du parti, notamment sur la question du soutien à Israël.
Trump a déjà pris les devants en proposant de mettre progressivement fin aux aides militaires accordées à Israël sous forme de subventions, tout en renforçant la coopération dans le domaine de la défense. (Mais mieux vaut ne pas trop y compter!)
Trump laisse entendre que toutes les options restent sur la table face à l’Iran. Et il a raison.
À l’heure où ces lignes sont écrites, une vague de victoires démocrates se dessine. Mais elle ne permettra pas au parti d’approcher la majorité des deux tiers au Sénat, soit 67 sièges, nécessaire pour faire adopter certaines décisions importantes, notamment pour passer outre un veto présidentiel ou condamner un président ou un autre responsable fédéral mis en accusation par la Chambre des représentants.
Trump conservera donc toute latitude pour mener sa politique étrangère et de défense, sans véritable entrave du Congrès, hormis des auditions et des déclarations politiques.
Le principal point de blocage pourrait toutefois être le budget fédéral, avec un risque de paralysie des services publics (shutdown). Les démocrates étant généralement moins enclins que les républicains à laisser le gouvernement à l’arrêt, ils pourraient être les premiers à faire des concessions. Quoi qu’il en soit, même les opposants à Trump les plus modérés auront peu de chances de vouloir bloquer les dépenses militaires en pleine crise au Moyen-Orient. Il est donc probable que le budget de la défense soit épargné en cas de bras de fer budgétaire.
Trump laisse entendre que toutes les options restent sur la table face à l’Iran. Et il a raison. Les décisions qu’il prendra au cours des deux dernières années de son mandat seront vivement débattues au sein du nouveau Congrès, mais c’est à lui qu’il reviendra de trancher.