Greffer des cellules dans le cerveau pour compenser la perte de neurones producteurs de dopamine : cette stratégie franchit des étapes encourageantes contre Parkinson. Deux essais humains ont montré des signes de survie des greffons et des améliorations motrices, sans démontrer encore une efficacité clinique définitive.

Boutonner une chemise, se lever d’un fauteuil, amorcer un pas : des gestes longtemps automatiques peuvent devenir laborieux avec la maladie de Parkinson. La lenteur, la rigidité et les tremblements modifient progressivement le rapport au mouvement. Les traitements apportent souvent un soulagement important, mais leur effet peut fluctuer au cours de la journée et leur ajustement devenir complexe.

Une autre voie consiste à remplacer une partie des cellules perdues. Deux essais publiés en avril 2025 dans Nature, l’un mené au Japon, l’autre aux États-Unis et au Canada, ont marqué une étape dans cette recherche. Ils portaient respectivement sur sept et douze personnes, avec des produits cellulaires différents. Leur premier objectif était d’évaluer la sécurité des greffes, avant de pouvoir établir leur efficacité. 

Installer une nouvelle source de dopamine

Dans Parkinson, des neurones situés dans une région cérébrale appelée substance noire se détériorent et disparaissent. Ils produisent normalement de la dopamine, un messager chimique indispensable au fonctionnement des circuits qui régulent les mouvements. Lorsque cette production diminue, initier et exécuter certains gestes devient plus difficile. La maladie touche également d’autres systèmes : troubles du sommeil, constipation ou difficultés cognitives peuvent accompagner les manifestations motrices. 

La lévodopa, généralement associée à un autre médicament, permet d’augmenter la quantité de dopamine disponible dans le cerveau. D’autres traitements médicamenteux, la rééducation et, chez certains patients, la stimulation cérébrale profonde contribuent à réduire les symptômes. Ces moyens ne guérissent toutefois pas la maladie. 

La thérapie cellulaire poursuit un objectif différent : installer dans le cerveau des cellules capables de fournir elles-mêmes de la dopamine. Pour cela, les chercheurs utilisent des cellules souches pluripotentes, susceptibles de donner naissance à différents types cellulaires. Des procédés de laboratoire orientent leur développement vers des précurseurs de neurones dopaminergiques. Leur identité et leur qualité doivent être contrôlées avant toute implantation. 

Dans l’essai nord-américain, le produit expérimental, appelé bemdaneprocel, était issu de cellules souches embryonnaires humaines. L’équipe japonaise employait des cellules pluripotentes induites, ou iPS, obtenues par reprogrammation de cellules adultes provenant d’un donneur. Les cellules greffées n’étaient donc pas prélevées directement sur chaque patient. 

Les précurseurs sont déposés dans le putamen, une région des circuits moteurs normalement alimentée en dopamine par les neurones de la substance noire. L’intervention nécessite une neurochirurgie précise. Les cellules doivent ensuite survivre et poursuivre leur maturation: l’effet recherché ne peut être immédiat. Les protocoles comportent aussi un traitement immunosuppresseur pour limiter le rejet des cellules provenant d’un autre organisme. 

Cette approche repose sur des décennies de recherche. Les premières greffes utilisant des tissus fœtaux avaient déjà apporté des indications de bénéfice, mais aussi révélé des complications et des difficultés de standardisation. Les cellules souches offrent la possibilité de fabriquer des préparations mieux définies et reproductibles. Cette maîtrise de la production constitue une condition essentielle au développement d’un traitement à plus grande échelle. 

Des résultats qui demandent confirmation

Dans l’essai nord-américain, douze participants ont reçu deux niveaux de doses. Après dix-huit mois, l’imagerie montrait une augmentation de la captation d’un marqueur lié à l’activité dopaminergique, compatible avec la survie des greffons. Dans le groupe recevant la dose élevée, le score moteur évalué après interruption temporaire des médicaments s’était amélioré de 23 points en moyenne. Aucun mouvement involontaire attribué au greffon n’était rapporté. 

À Kyoto, sept personnes âgées de 50 à 69 ans ont été suivies pendant deux ans. Parmi les six participants inclus dans l’analyse d’efficacité, quatre présentaient une amélioration du score moteur sans médicament et cinq avec médicament. L’imagerie apportait des indices d’activité dopaminergique accrue. Aucun événement indésirable grave ni croissance excessive du greffon n’était observé, mais des mouvements involontaires avaient augmenté pendant le suivi. 

La sécurité doit cependant être examinée au-delà des seules cellules. Un compte rendu nord-américain à vingt-quatre mois mentionne notamment une hospitalisation pour une crise convulsive survenue le lendemain de l’intervention, considérée comme possiblement liée à la chirurgie. L’absence de complication attribuée au produit cellulaire ne signifie donc pas que l’ensemble du traitement soit dépourvu de risques. 

Les deux essais étaient ouverts et sans groupe témoin. Leurs petits effectifs permettent surtout de repérer des problèmes de tolérance et des signaux justifiant la poursuite des recherches. Ils ne suffisent pas à mesurer précisément la part du bénéfice due à la greffe, ni à déterminer quels patients en profiteraient le plus. 

Il faudra notamment établir la durée des effets, les doses appropriées et les conséquences à long terme. Une amélioration des mouvements ne démontrerait pas, à elle seule, un arrêt de la neurodégénérescence. Restaurer une source de dopamine ne répond pas nécessairement aux autres manifestations de Parkinson.

Le progrès attendu se mesure finalement à la vie quotidienne : davantage de temps pour marcher aisément, s’habiller ou accomplir un geste sans aide. Les premières observations rendent cette perspective crédible. Des essais comparatifs devront désormais montrer dans quelle mesure elle peut devenir une réalité durable.