La Banque mondiale n’y est pas allée par quatre chemins pour accuser " l’élite libanaise, qui contrôle l’État de longue date et vit de ses rentes libanaise, a plongé le pays dans une dépression délibérée ".

Dans son dernier rapport au titre très significatif, Le grand déni, l’organisation internationale considère que les classes moyennes et pauvres en l’occurrence les personnes vivant d’un revenu fixe comme les retraités subissent de plein fouet la " dépression économique délibéré " qui secoue le Liban, " dans une ambiance de déni de la part de l’élite libanaise, qui dirige l’Etat depuis longtemps ". Elle souligne que ce déni, couplé à la crise, qui représente l’un des trois effondrements économiques les plus graves que le monde ait connu depuis les années 1850, risque de menacer sa stabilité et la paix sociale à long terme.

La Banque mondiale relève que cet effondrement se produit dans un contexte géopolitique fort instable, rendant d’autant plus urgente la nécessité de s’attaquer à une crise désastreuse.

" Le déni délibéré sur fond de dépression délibérée provoque des cicatrices indélébiles qui marquent l’économie et la société. Plus de deux ans après le début de la crise financière, le Liban n’a toujours pas tracé et encore moins entamé une voie crédible vers la reprise économique et financière ", a commenté Saroj Kumar Jha, directeur régional de la Banque mondiale pour le Machreq. Selon lui, le gouvernement libanais doit de toute urgence s’orienter vers l’adoption d’un plan de redressement et de stabilisation macro‑financier crédible, exhaustif et équitable et accélérer sa mise en œuvre afin de prévenir un effondrement total de ses systèmes socioéconomiques et de mettre immédiatement un terme à la perte irréversible de capital humain ". " La Banque mondiale réaffirme sa volonté de continuer à aider le Liban à répondre aux besoins pressants de sa population et aux défis affectant ses moyens de subsistance, " a-t-il insisté.

Contraction de 10,5% du PIB

Selon les estimations présentées dans le rapport de la BM, le PIB réel devait diminuer de 10,5 % en 2021, après une contraction de 21,4 % en 2020. De fait, le PIB du Liban a chuté de 52 milliards de dollars en 2019 à 21,8 milliards de dollars en 2021, soit une baisse de 58,1 % — la plus forte contraction enregistrée parmi 193 pays.

Quant aux turbulences monétaires et financières, elles demeurent des facteurs de crise, dans un système de taux de change multiples. Au cours des 11 premiers mois de 2021, la livre libanaise a chuté de 211 % par rapport au dollar. Les effets du taux de change sur les prix ont contribué à une inflation galopante, estimée à 145 % en moyenne en 2021, ce qui place le Liban au troisième rang mondial après le Venezuela et le Soudan.

Pour ce qui est des recettes publiques, elles devaient presque diminuer de moitié en 2021 pour s’établir à 6,6 % du PIB, soit le taux le plus faible au monde après la Somalie et le Yémen.

Rare secteur à afficher une bonne tenue en 2021, le tourisme a permis de stabiliser le ratio du déficit du compte courant au PIB.

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