Le Premier ministre sortant Najib Mikati se rendra à Chypre mardi accompagné d’une délégation ministérielle composée des ministres sortants des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, et des Travaux publics Ali Hamiyeh, afin de féliciter le nouveau président chypriote, Nikos Christodoulides, pour son accession à la magistrature suprême.

Toutefois, les autorités chypriotes ont averti à plusieurs reprises le Liban que la visite ne serait qu’une formalité sans aucune utilité si elle ne s’accompagnait pas d’une clarification des raisons du blocage du processus de démarcation des frontières maritimes entre les deux pays. De plus, Chypre a déclaré vouloir aborder cette question, indiquant que les officiels qui se sont rendus au Liban en octobre dernier, et auxquels la promesse d’aboutir à un accord dans un délai d’un mois a été faite, seraient présents à ladite réunion.

La position de Chypre a inquiété la présidence du Conseil et les deux ministres libanais concernés par le dossier. Ainsi, ces derniers se sont dépêchés de préparer un rapport en collaboration avec l’organisme public chargé de la gestion du secteur pétrolier au Liban concernant les accords sur la frontière maritime conclus entre le Liban et Chypre et les points restés en suspens qui nécessitent davantage de temps pour être traités.

Notons que selon certaines fuites, les raisons du ralentissement du dossier sont multiples et complexes.

D’aucuns affirment que la délimitation de la frontière avec Chypre ne sera pas achevée avant la démarcation des frontières maritimes avec la Syrie, d’autant qu’il existe un point commun entre le Liban, la Syrie et Chypre, à savoir le point 7 au nord, et par conséquent, le Liban et Chypre ne peuvent pas se mettre d’accord indépendamment de la Syrie.

Par ailleurs, il semblerait que Recep Tayyip Erdogan souhaite que le Premier ministre sortant Najib Mikati freine l’accord avec Chypre, en raison du différend entre Ankara et Nicosie concernant les droits sur les eaux chypriotes turques, qui pourraient potentiellement avoir des répercussions sur le Liban dans ses eaux septentrionales.

Parmi les obstacles à l’accord avec Chypre figurent certaines études selon lesquelles le Liban devrait renégocier avec Chypre pour tenir compte des droits qu’il pourrait obtenir dans les eaux marines communes. En contrepartie, d’autres études indiquent que le Liban, à l’issue de la nouvelle négociation, pourrait gagner certains points marins, mais qu’il aurait davantage à perdre.

En outre, dans le contexte actuel, le Liban ne peut pas conclure un accord sur la démarcation de la frontière maritime avec Chypre vu que cet accord nécessite la signature du président de la République et implique que le Parlement puisse légiférer et entériner l’accord, ce qui n’est pas envisageable du fait que le Parlement est réduit à un collège électoral.

Certes, quelques kilomètres séparent le Liban de Chypre. Cependant, le fossé entre la création d’un État et la préservation des intérêts du peuple est énorme. En effet, les Libanais fuient un État, qui a connu les affres de la guerre, pour se rendre dans un pays qui a, lui aussi, connu la guerre et la division, mais qui a su en tirer les leçons.

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