Élie Haykal, jeune engagé dans la "thawra", demeure détenu depuis dix jours pour avoir agressé le ministre de l’Énergie Walid Fayad, au sortir d’un bar à Achrafieh. La détention de M. Haykal risque de se prolonger. Elle est tributaire d’une décision de la chambre d’accusation de Beyrouth qui devra soit approuver la demande du juge d’instruction Charbel Abou Samra, de libérer M. Haykal en échange d’une caution de 5 millions de livres libanaises, soit refuser cette demande et le maintenir en détention. La décision sera prononcée vendredi ou lundi, explique à Ici Beyrouth Ralph Tannous, avocat de M. Haykal.

Jeudi matin, plusieurs manifestants s’étaient rassemblés devant le Palais de justice pour réclamer la libération de l’activiste, "arrêté depuis le 26 avril, pour avoir crié: halte à la misère causée au peuple libanais", selon les termes d’un jeune contestataire.

Ralph Tannous souligne que son client a subi un interrogatoire devant le juge d’instruction, Charbel Abou Samra. Anticipant sur l’émission d’un mandat d’arrêt, l’avocat a présenté une demande de relâcher M. Haykal, ce que l’avocat du ministre Fayad, Me Emile Rahmé (qui est également ancien député pro-Hezbollah) a contesté. " Le Président Abou Samra a approuvé notre requête pour le relâcher en échange d’une caution de 5 millions de livres libanaises. On attendait l’approbation du procureur général près la cour d’appel mais ce dernier a refusé d’avaliser notre demande et a interjeté l’appel devant la chambre d’accusation de Beyrouth ", ajoute Me Tannous.

Pour rappel, Elie Haykal avait pris l’initiative de se rendre à la police après le tollé soulevé par son geste le dimanche 24 avril au soir. Trois autres activistes avaient été convoqués: Maëline Sarkis, Michel Doueiri et Sally Hafez, soupçonnés d’avoir pris part à l’agression contre M. Fayad.

Une plainte pour tentative de meurtre avait été déposée contre M. Haykal par le ministre de l’Énergie. Dans un communiqué publié par son bureau le 25 avril, Walid Fayad avait demandé que des sanctions soient infligées à ses agresseurs, "au nom du peuple libanais, pour que ce genre d’incident ne se reproduise plus", estimant qu’une arrestation ne suffit pas.

Dans la vidéo de l’incident, Élie Haykal demande au ministre d’inspecter la centrale de Zouk où des produits chimiques dangereux sont stockés, avec sans doute en mémoire la tragédie de la double explosion du port. Ce à quoi le ministre lui répond: " Je ne suis pas un ministre décideur, mais ministre de tutelle ".

Selon une source proche du dossier, M. Haykal aurait reconnu lors de l’interrogatoire que sa réaction peut avoir été mal comprise. Il aurait néanmoins fait valoir que la douleur du peuple est bien plus grande que celle éprouvée par la classe politique au pouvoir. "L’insouciance et l’indifférence du ministre, au lendemain du naufrage d’une embarcation au large de Tripoli qui a fait des morts, notamment des femmes et des enfants fuyant la situation désastreuse au Liban", a suscité la colère de l’activiste et celle de ses camarades. Cela dans un contexte de "pénuries multiples mettant en danger la vie des citoyens à commencer par les pannes de courant électrique, le manque de ravitaillement en mazout. Les patients ont du mal à intégrer les hôpitaux, ne peuvent pas brancher leur machine à oxygène pour survivre", s’indigne auprès d’Ici Beyrouth, un jeune activiste issu des rangs de la thwara, scandalisé par l’arrestation d’Élie Haykal.