En Afrique de l’Ouest, la France devient un acteur parmi d’autres dans la réalisation de partenariats stratégiques et d’offre de soutien militaire. C’est précisément dans ce cadre que s’inscrit la tournée africaine d’Emmanuel Macron à partir de lundi. Mais l’entreprise de " rénover " ces alliances à l’ère post-coloniale dénote la volonté pour Paris de se maintenir dans la compétition stratégique exacerbée, en particulier afin de limiter l’aire d’influence russe.

Le général Laurent Michon commandant de la Force Barkhane, prend la parole lors d’une conférence de presse, à Ouagadougou.
" Un parmi d’autres "
" Nous ne sommes plus qu’un parmi d’autres " en matière d’offre militaire, résume un officier français stationné en Afrique de l’Ouest. Parmi ces " autres " figurent la Turquie, Israël, les États-Unis mais aussi et surtout la Russie, qui cherche à damer le pion aux Français dans ses zones d’influence héritées des temps coloniaux, et dans le cadre d’une stratégie d’ampleur mondiale.Le président français l’aura bien en tête en se rendant, du 25 au 28 juillet, au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau. Son ministre des Armées Sébastien Lecornu s’était rendu mi-juillet au Niger et en Côte d’Ivoire, juste après l’annonce par le chef de l’État de sa volonté de " repenser d’ici l’automne l’ensemble (des dispositifs militaires de la France) sur le continent africain ".Poussée hors du Mali par la junte au pouvoir depuis 2020, qui travaille désormais – même si elle s’en défend – avec le sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, l’armée française sera partie du pays à la fin de l’été, après neuf ans de lutte antijihadiste. Sa présence au Sahel sera divisée par deux, à moins de 2.500 militaires.

Manifestation à Bamako pour la fête des armées maliennes, au cours de laquelle des personnes arboraient des drapeaux russes.
Éviter le déclassement

Malgré cette décrue, la France assure qu’elle ne renoncera pas à la lutte contre les jihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe État Islamique. Longtemps contenus au Sahel, ils gagnent aujourd’hui du terrain vers le Golfe de Guinée. Mais les interventions militaires de l’ancienne puissance coloniale vont muter vers des " dispositifs moins posés et moins exposés ", selon les termes d’Emmanuel Macron, afin notamment d’éviter de prêter le flanc à un sentiment anti-français très inflammable.

L’enjeu est fondamental: Paris entend éviter le déclassement stratégique face à ses adversaires ou compétiteurs sur ce continent qui comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050. " Les Russes ont une vraie priorité opérationnelle de s’opposer aux Français dans le champ informationnel en Afrique. Ils exercent une forte pression pour essayer de nous chasser (via) les réseaux sociaux, par le biais de Wagner ", résume un général français.

L’armée française sera partie du Mali à la fin de l’été, après neuf ans de lutte antijihadiste. Sa présence au Sahel sera divisée par deux, à moins de 2.500 militaires.
" Galaxie Prigojine "

Les mercenaires de Wagner sont déjà implantés en Centrafrique et au Mali, avec une offre de service claire: sécurité anti-coup d’Etat et assistance juridique pour maintenir le régime au pouvoir, en échange de l’exploitation des ressources minières, soulignent à l’AFP des sources concordantes.

La " galaxie Prigojine ", du nom du fondateur russe de Wagner réputé proche du Kremlin, est également très active sur les réseaux sociaux. Fin avril au Mali, un drone français a surpris des mercenaires mettant en scène un faux charnier à proximité d’une base française, pour faire accuser Paris de crimes de guerre via de faux comptes Twitter.

Le camp pro-russe pousse même jusqu’à l’ingérence dans la vie politique française, selon deux sources proches du dossier. " Le camp russe nous a embêtés pendant les campagnes électorales (présidentielle et législatives), via des faux comptes pro ou anti-gouvernement au Mali, au Sénégal, au Bénin et en RCA. Mais ça n’a pas pris ", décrit un haut responsable.

Soutien discret

Dans le même temps, Paris veut continuer à participer à la lutte contre l’insécurité, qui menace ses partenaires africains et nourrit les migrations vers l’Europe. Tout en restant discrète. " S’afficher avec les Français joue négativement ", admet un haut gradé français. " Nous allons vers davantage d’opérations de coopération, conditionnées de façon plus stricte aux demandes des pays africains, qui viendront en soutien de et non pas à la place de" , expliquait récemment à l’AFP le commandant de l’opération Barkhane, le général Laurent Michon.

Les discussions vont bon train pour évaluer les demandes des partenaires, à qui la France veut offrir plus de places d’officiers dans ses écoles militaires. Au Sahel, le Niger a accepté le maintien d’une base aérienne française à Niamey et l’appui de 250 soldats pour ses opérations militaires à la frontière malienne. Le Tchad continuera à héberger une emprise française à N’Djamena et les Français espèrent conserver un contingent de forces spéciales à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Dans le Golfe de Guinée, les Forces françaises en Côte d’Ivoire, qui coopèrent déjà avec l’armée locale, pourraient offrir des moyens de surveillance dans le nord du pays à la demande d’Abidjan. Quant au Bénin et au Togo, " il y a une demande d’appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d’équipement ", selon l’Elysée. La Guinée, elle, étudie encore ses besoins pour sécuriser sa frontière avec le Mali.

Avec AFP

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