Le président russe Vladimir Poutine a accusé mardi les États-Unis de vouloir " déstabiliser " le monde, en cherchant à faire trainer en longueur le conflit ukrainien. " Ils agissent de la même manière en cultivant la possibilité d’un conflit en Asie, en Afrique, en Amérique latine ", a-t-il ajouté. Parallèlement, les exportations de céréales ukrainiennes se poursuivent ce mardi, alors qu’un navire humanitaire a quitté l’Ukraine à destination de l’Afrique.

Le président russe Vladimir Poutine a accusé mardi les États-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine, initié par une offensive militaire de Moscou il y a presque six mois, au moment où un nouvel incident s’est produit dans une base russe en Crimée.

Parallèlement, un navire humanitaire transportant des céréales vers l’Afrique a quitté l’Ukraine mardi: une première depuis qu’ont été signés en juillet par Kiev et Moscou, via une médiation de la Turquie et sous l’égide de l’ONU, des accords sur l’exportation des céréales ukrainiennes bloquées à cause du conflit.

Un navire de l’ONU dans un port ukrainien avant de partir vers l’Afrique (AFP)

 

La guerre, qui a débuté le 24 février, a entraîné de la part des pays occidentaux de très lourdes sanctions à l’encontre de la Russie et une aide financière et militaire historiques pour l’Ukraine, provoquant des tensions sans précédent en particulier entre Washington et Moscou.

Vladimir Poutine a reproché plus globalement aux États-Unis de chercher à " déstabiliser " le monde, invoquant aussi la récente visite à Taïwan de la présidente de la Chambre américaine des représentants Nancy Pelosi.

" La situation en Ukraine montre que les États-Unis cherchent à faire traîner ce conflit. Et ils agissent de la même manière en cultivant la possibilité d’un conflit en Asie, en Afrique, en Amérique latine ", a déclaré M. Poutine dans une adresse à la Conférence internationale sur la sécurité à Moscou.

Le président russe a dénoncé une " démonstration insolente de leur manque de respect envers la souveraineté des autres pays et leurs obligations internationales ".

Cette accusation survient au moment où des bases militaires russes dans la péninsule de Crimée annexée par la Russie en 2014, qui sert de base arrière logistique aux forces russes, sont frappées par des incendies.

Mardi, un incendie vers 03H15 GMT a provoqué une explosion de munitions dans une base du district de Djankoï (nord), selon le ministère russe de la Défense. Deux civils ont été blessés et l’évacuation des habitants d’un village voisin a été organisée, selon le gouverneur de la Crimée, Sergueï Aksionov.

L’explosion est due à un " acte de sabotage ", a affirmé l’armée russe dans un communiqué, sans en désigner toutefois les responsables.

Rôle-clé de la Crimée

" Un nombre d’infrastructures civiles, parmi lesquelles une ligne de haute tension, une centrale électrique, une voie ferroviaire, ainsi que plusieurs maisons ont également été endommagés ", a-t-elle détaillé.

Des boules de feu jaillissent d’un dépôt russe de munitions en Crimée (AFP)

 

Réagissant à ces explosions, Andriï Iermak, le chef de l’administration présidentielle ukrainienne, a salué sur Telegram une " opération de +démilitarisation+, façon travail d’orfèvre, par les forces armées ukrainiennes ", qui continuera selon lui " jusqu’à la libération complète des territoires ukrainiens ".

La semaine dernière, des munitions destinées à l’aviation militaire avaient explosé à la suite d’un incendie dans un dépôt situé sur le territoire de l’aérodrome militaire de Saki, dans l’ouest de la Crimée. Ces explosions avaient fait un mort et plusieurs blessés.

L’incident a été présenté par Moscou comme le fruit d’un accident, mais les experts et des images satellites semblent révéler le résultat d’une attaque ukrainienne.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la Crimée joue un rôle-clé dans la stratégie russe. L’offensive sur le sud de l’Ukraine, qui a permis à Moscou de capturer de larges pans de territoire aux premières semaines de la guerre, est partie de là.

Des avions russes décollent aussi quasi quotidiennement de Crimée pour frapper des cibles dans des régions sous le contrôle de Kiev; plusieurs zones de cette presqu’île sont situées dans le rayon d’action des canons et des drones ukrainiens.

Malgré le conflit, la Crimée est restée un important lieu de villégiature pour de nombreux Russes qui continuent de profiter de l’été sur ses plages.

La centrale nucléaire de Zaporijjia, sous contrôle russe dans le sud de l’Ukraine, reste aussi depuis des jours source de tensions majeures: plusieurs frappes dont s’accusent mutuellement Moscou et Kiev ont visé l’installation, la plus grande d’Europe.

Si la crainte d’une catastrophe nucléaire a été brandie jusqu’au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a tenté de rassurer mardi sur les intentions russes dans le domaine du nucléaire.

Exportation de céréales ukrainiennes

" L’objectif principal des armes nucléaires russes est la dissuasion d’une attaque nucléaire ", a-t-il affirmé.

Emmanuel Macron doit s’entretenir mardi avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de la situation à la centrale de Zaporijjia, selon la présidence française.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une conférence de presse à Paris (AFP)

 

Alors que le conflit a entraîné le blocage pendant des mois de l’exportation de céréales ukrainiennes, aggravant l’insécurité alimentaire dans de nombreux pays en développement, le premier navire de l’ONU chargé de céréales pour l’Afrique est parti mardi.

Selon le ministère ukrainien de l’Infrastructure, le navire a quitté le port de Pivdenny, dans le sud de l’Ukraine, avec à son bord quelque 23.000 tonnes de céréales pour l’Ethiopie.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), un nombre record de 345 millions de personnes dans 82 pays sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que jusqu’à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine sans aide humanitaire.

Depuis les accords sur l’exportation des céréales ukrainiennes signés fin juillet, plus d’une quinzaine de bateaux au total ont quitté l’Ukraine, selon le décompte de Kiev, mais aucune cargaison humanitaire de l’ONU n’avait encore pris la mer.

Présent au port de Pivdenny dimanche, le ministre ukrainien de l’Infrastructure Oleksandre Koubrakov a dit espérer que " deux ou trois " navires supplémentaires affrétés par l’ONU pourraient en partir prochainement.

Avec AFP

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