Après avoir aboli le droit à l’avortement et retoqué une disposition visant à limiter l’usage des  armes à feu, la Cour Suprême a décidé de limiter considérablement les capacités de l’État fédéral à réguler la production d’énergie fossiles. Cette décision concerne notamment la régulation des émissions des centrales de charbon, la Cour Suprême estimant que l’Agence pour la protection de l’environnement n’a pas les prérogatives nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique par ce biais. 

Déjà en février 2022, la Cour Suprême avait révoqué le " Clean Air Act " visant à améliorer la qualité de l’air, provoquant la colère des défenseurs de l’environnement. (AFP)

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a limité jeudi les moyens fédéraux de lutter contre le réchauffement climatique dans un arrêt qui pourrait plus largement compliquer tous les efforts de régulation de l’État américain.

La haute juridiction a estimé que l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) ne pouvait pas édicter de règles générales pour réguler les émissions des centrales à charbon, qui produisent près de 20% de l’électricité aux États-Unis.

La Maison Blanche a immédiatement dénoncé une décision " dévastatrice " et appelé le Congrès à " mettre l’Amérique sur le chemin d’un futur énergétique plus propre et plus sûr ".

L’arrêt a été adopté par les six magistrats conservateurs de la Cour, au dernier jour d’une session historique, marquée par la fin du droit à l’avortement et la sanctuarisation de celui au port d’armes.

" Mettre une limite aux émissions de dioxyde de carbone à un niveau qui imposerait de renoncer au charbon dans tout le pays pour produire l’électricité pourrait être une solution pertinente à la crise d’aujourd’hui ", écrit le juge John Roberts en leur nom. " Mais il n’est pas crédible que le Congrès ait donné à l’EPA l’autorité d’adopter une telle mesure. "

Leurs trois collègues progressistes se sont dissociés d’une décision jugée " effrayante ". " La Cour a retiré à l’EPA le pouvoir que le Congrès lui a donné de répondre au +problème le plus pressant de notre époque+ ", écrit la juge Elena Kagan, en rappelant que les six années les plus chaudes ont été enregistrées au cours de la dernière décennie.

La division de l’opinion sur la question environnementale

La Cour Suprême, qui tend vers le climatoscepticisme depuis la nomination par Donald Trump de trois juges conservateurs, multiplie les décisions limitant les capacités du gouvernement fédéral à protéger l’environnement. (AFP)

Reflétant les divisions de la société américaine sur les questions environnementales, la décision a été immédiatement saluée par le parti républicain, hostile à toute régulation fédérale et défenseur des énergies fossiles. " Aujourd’hui, la Cour suprême rend le pouvoir au peuple ", a estimé son chef au Sénat, Mitch McConnell, en reprochant au président démocrate Joe Biden " de mener une guerre contre les énergies à prix abordable " malgré un taux d’inflation record.

Les démocrates, à l’instar de la jeune élue Alexandria Ocasio-Cortez, ont au contraire jugé la décision " catastrophique ". " Notre planète est en feu et cette Cour suprême extrémiste détruit la capacité du pouvoir fédéral de se battre ", a ajouté la sénatrice Elizabeth Warren.

Atterrées, les organisations de défense de l’environnement ont souligné l’écart avec le reste du monde. " La décision menace les États-Unis d’être relégués loin derrière nos partenaires internationaux qui accélèrent les efforts pour remplir leurs engagements climatiques ", a souligné Nathaniel Keohane, président du Center for Climate and Energy Solutions .

Un revirement climatosceptique 

En 2007, la Cour suprême avait pourtant décidé à une courte majorité que l’EPA était compétente pour réguler les émissions de gaz responsables du réchauffement climatique, au même titre qu’elle est chargée par une loi des années 1960 de limiter la pollution de l’air.

Mais depuis, l’ex-président républicain Donald Trump, un climatosceptique hostile à toute mesure contraignante pour l’industrie, a fait entrer trois magistrats au sein du temple du droit américain.

Au-delà de l’EPA, leur décision pourrait limiter les efforts de toutes les agences fédérales de régulation, notamment celle sur la santé et la sécurité au travail (OSHA). " La majorité a dit que les agences ne peuvent pas prendre de mesures significatives pour remplir leurs objectifs, quelle que soit l’importance des enjeux ", a expliqué à l’AFP le professeur de droit environnemental Robert Percival, de l’Université du Maryland.

Elle " insiste pour que ces agences obtiennent une " autorisation claire du Congrès " mais elle sait que le Congrès est extrêmement dysfonctionnel ", ajoute Richard Lazarus, professeur à Harvard. Compte tenu des fractures entre élus, espérer l’adoption d’une loi sur le climat paraît en effet un vœu pieux.

Le projet d’Obama, tombé à l’eau

Concrètement, le dossier au cœur de la décision trouve sa source dans un plan ambitieux adopté en 2015 par Barack Obama pour réduire les émissions de CO2. Ce " Clean Power Plan ", dont la mise en œuvre revenait à l’EPA, avait été bloqué avant d’entrer en vigueur.

En 2019, Donald Trump avait publié sa propre " règle pour une énergie propre abordable ", limitant le champ d’action de l’EPA au sein de chaque site de production d’électricité, sans l’autoriser à remodeler tout le réseau.

Un tribunal fédéral ayant invalidé cette mouture, plusieurs États conservateurs et l’industrie du charbon ont demandé à la Cour suprême d’intervenir et de préciser les pouvoirs de l’EPA.

Le gouvernement du démocrate Joe Biden avait fait savoir qu’il ne comptait pas ressusciter le plan de Barack Obama et avait demandé à la haute Cour de déclarer le dossier caduc pour éviter une décision aux conséquences dommageables. Son pari a échoué.

Avec AFP