Vision 2030, un pari réussi pour l’Arabie saoudite?
Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle de NEOM, la ville futuriste de l'Arabie saoudite, non datée. ©Neom/AFP

À l’horizon 2030, l’Arabie saoudite s’apprête à réécrire son avenir en se réinventant. Ainsi, le prince héritier Mohammad ben Salmane (MBS) s’est lancé, depuis le 25 avril 2016, dans un projet ambitieux, transformateur et tourné vers l’innovation, la diversification économique et un renouveau social sans précédent.

Avec sa Vision 2030 – un plan stratégique audacieux et réformateur – l’Arabie revoit aujourd’hui de fond en comble ses modèles économique, politique et social, et structure son projet autour de trois objectifs principaux.

Primo, la diversification économique. Réduire la dépendance au pétrole en développant de nouveaux secteurs comme le tourisme, les technologies, l’industrie et l’énergie renouvelable est désormais une priorité pour le prince héritier, qui tient compte de deux réalités: la fluctuation des prix des matières premières et le processus de transition énergétique mondiale. 

Secundo, le développement social. MBS s’est ainsi lancé dans un chantier d’ampleur visant l’amélioration de la qualité de vie des Saoudiens, l’innovation dans les domaines de l’éducation et de la santé et l’ouverture de nouveaux horizons dans les secteurs de la culture et du sport.

Tertio, le renforcement de la position mondiale de l’Arabie saoudite. Aussi Mohammad ben Salmane entend-il positionner son pays comme un acteur clé sur la scène mondiale, notamment dans les domaines de l’investissement, du commerce et de la diplomatie.

“Le prince héritier s’engage dans un processus visant la transformation sociale, économique et bureaucratique du pays”, explique Bernard Haykel, spécialiste de la péninsule Arabique, professeur d'études du Proche-Orient à l'Université de Princeton et directeur de l'Institut pour l'étude transrégionale du Moyen-Orient contemporain. Si les succès se multiplient, d’après lui, sur les plans bureaucratique et social (notamment en termes de lutte contre la corruption, d’efficacité administrative et d’e-gouvernance), la situation se complique un peu plus au niveau économique. La raison en est simple: “Étant donné les coûts faramineux des grands projets élaborés par le Royaume, ce dernier ne peut pas uniquement compter sur les revenus des gisements de pétrole”, enchaîne M. Haykel. “D’où le besoin en financement et en investissements étrangers sur le territoire qui ne sont, à l’heure actuelle, pas suffisants”, poursuit-il, ce qui explique, selon lui, le retard dans l’exécution de certains projets, comme celui de Neom. 

Il n’en demeure pas mois que face à ces obstacles, MBS n’entend pas baisser les bras, poursuivant avec acharnement ses travaux herculéens. C’est dans ce sens que l’on comprend le lancement de plusieurs réformes économiques marquantes dans le cadre de la Vision 2030. 

Bilan des réformes économiques et sociales

Dans le cadre de sa politique de privatisation et de diversification économique, l’Arabie saoudite a engagé une série d’initiatives visant à attirer les investissements étrangers. L’introduction en bourse d’Aramco en 2019, marquant l’entrée de la plus grande compagnie pétrolière mondiale sur les marchés financiers, a constitué un tournant majeur dans cette stratégie.

Parallèlement, des efforts ont été déployés pour dynamiser l’industrie non pétrolière à travers des investissements massifs dans les infrastructures, les technologies et les énergies renouvelables. Le projet Neom, une ville futuriste et un pôle d’innovation, incarne, lui, cette volonté de transformation.

Sur le plan financier, le pays a également mis en place des réformes structurelles pour stabiliser ses finances publiques. Ainsi, l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en 2018 et la réduction progressive des subventions sur les produits pétroliers et l’électricité figurent parmi les mesures clés adoptées pour atteindre cet objectif.

Au-delà des aspects économiques, l’Arabie saoudite a entrepris d’importantes réformes sociales, marquant une ouverture sans précédent. La condition des femmes a été améliorée grâce à des décisions majeures, telles que l’autorisation de conduire en 2018 et l’assouplissement des restrictions sur l’accès à l’emploi. Néanmoins, et “quand bien même des initiatives ont été mises en place pour renforcer leur participation à la vie professionnelle et politique, la femme saoudienne ne jouit toujours pleinement pas de ses droits”, comme le signale Clarence Rodriguez, journaliste et spécialiste de l’Arabie saoudite. 

Par ailleurs, et dans une démarche d’ouverture culturelle et touristique, le pays a introduit en 2019 un visa touristique, facilitant l’accueil des visiteurs étrangers. Le développement d’événements culturels et sportifs de grande envergure, comme le Grand Prix de Formule 1 de Jeddah et des concerts internationaux, illustre cette volonté d’attirer un public plus large.

Enfin, des réformes ont été engagées dans les secteurs de l’éducation et de la santé, avec des investissements significatifs dans les infrastructures et le renforcement des partenariats avec des institutions étrangères. Une modernisation qui vise à améliorer la qualité des services et à préparer le pays aux défis futurs.

Perspectives à l’horizon 2030 

Les perspectives de la Vision 2030 sont conditionnées par plusieurs enjeux importants, mais aussi par des opportunités de transformation. “Sur la question de la diversification économique, si des progrès notables ont été réalisés dans des secteurs comme le tourisme, les technologies et l’industrie, la question de savoir si l’Arabie Saoudite parviendra à diversifier suffisamment son économie pour compenser la baisse des revenus pétroliers reste en suspens”, affirme-t-on de source bien informée. “L’effort de rendre l’économie moins dépendante du pétrole est un travail de longue haleine, nécessitant des investissements continus et une adaptation à l’évolution rapide du marché mondial”, note-t-on de même source.

Au niveau des réformes sociales, si celles-ci ont indéniablement modernisé certains aspects de la société saoudienne, “la mise en œuvre de changements dans des domaines comme les droits humains et la liberté d’expression reste un sujet sensible”, signale-t-on de même source. Et de poursuivre: “C’est ainsi que l’on peut comprendre que le rythme des réformes sociales puisse être freiné par des résistances internes et par la nécessité de maintenir une stabilité politique dans un environnement régional complexe”. 

D’autre part, les mégaprojets comme Neom, qui ambitionne de devenir une “ville du futur” alimentée par des énergies renouvelables et gérée par des technologies avancées, sont au cœur des ambitions de diversification. Cependant, ces projets, tout en étant un moteur pour l’innovation, sont confrontés à des défis techniques, financiers et géopolitiques. Selon M. Haykel, “l’aboutissement de tous ces projets ne sera pas tout à fait possible, mais l’atteinte, ne serait-ce que de 30 à 40% des objectifs, serait, pour MBS, un pari réussi”. Le spécialiste de la péninsule Arabique estime que “le prince héritier est conscient que l’alternative aurait été de ne procéder à aucune réforme, mais que ce choix aurait indubitablement provoqué l’effondrement du règne et de l’économie du pays”. Or, “en optant pour un changement de cap, MBS pense à la survie du pays et exploite toutes les opportunités qui s’offrent à lui à plus d’un niveau”, souligne-t-il.

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