Nucléaire: Trump et le dilemme iranien
©Ici Beyrouth

Depuis son retour au pouvoir, le président américain Donald Trump a intensifié la pression sur l’Iran, ciblant particulièrement son programme nucléaire. En mars, il a adressé une lettre à Téhéran, l’appelant à négocier un nouvel accord sur le nucléaire et posant un ultimatum de deux mois. Puis, lors d’un entretien accordé dimanche à la chaîne américaine NBC, Trump a menacé les Iraniens, affirmant que “s'ils ne signent pas d'accord, il y aura des bombardements”.

Des menaces qui témoignent de la course contre-la-montre dans laquelle l’Iran et les États-Unis sont engagés. “Les pressions américaines sur l’Iran se sont accélérées en raison de l’échéance du 18 octobre 2025, c’est-à-dire le terme de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015”, souligne à Ici Beyrouth David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques et spécialiste du Moyen-Orient, “car même si les États-Unis se sont unilatéralement retirés de l’accord en mai 2018, ce dernier demeure formellement toujours en vigueur”.

La fin de la menace du “snapback”

Signé en 2015, l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien vise à limiter le programme nucléaire iranien à des fins civiles sous un contrôle strict de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en échange d’une levée partielle des sanctions internationales. Le traité prévoit des clauses de caducité de l’accord allant de 10 à 15 ans, après lesquelles théoriquement l’Iran n’est plus tenu de respecter ses engagements, même si l’objectif de ces clauses était avant tout de renégocier un nouvel accord après sa date d’expiration. 

Au sein de cet accord se trouve également un “snapback” demandé par les Français, autrement dit un mécanisme qui rétablit automatiquement les sanctions en cas de violation de l’accord par l’Iran. Un ajout important dans l’accord car rarement présent dans les traités de contrôle des armements.

Le 18 octobre 2025, date du dixième anniversaire du traité, marque également la limite pour décider de la résiliation ou de la prolongation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU.  Autrement dit, après cette date les sanctions internationales (non-américaines) prévues dans six résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ne pourront plus être rétablies automatiquement.

En outre, toutes les sanctions et restrictions restantes liées au programme nucléaire iranien, y compris celles concernant les activités nucléaires et les transferts sensibles, seront levées, sauf décision contraire du Conseil de sécurité avant cette date. Cela inclut notamment les restrictions sur l'enrichissement d'uranium, le stock d'uranium enrichi et l'utilisation de certaines centrifugeuses avancées.

Cependant d’ici là, un des pays membres permanents du Conseil de sécurité comme la France ou le Royaume-Uni peut totalement engager la procédure de snapback pour rétablir les sanctions. “L’Iran craint que cette demande aille devant le Conseil de sécurité de l’ONU alors que le président Donald Trump pousse pour que cela soit le cas”, explique David Rigoulet-Roze. “L’Iran fait déjà face à la ‘pression maximale’ américaine, mais il ne subit pas pour l'heure les conséquences d'un éventuel rétablissement des sanctions internationales qui avaient été officiellement levées grâce à l'accord du 15 juillet 2015 et, en cas de rétablissement automatique de ces sanctions par le mécanisme dit du snapback avant la date limite, même la Chine et la Russie seraient théoriquement obligées de s'y conformer”, ajoute-t-il.

D’autant qu’un an après le retrait des États-Unis de l’accord en 2018, l’Iran a repris l’enrichissement d’uranium au-delà des limites fixées.

Le dilemme et la bombe atomique

La pression exercée par Donald Trump depuis le mois de mars, plonge les autorités iraniennes dans un dilemme : accepter les termes du nouvel accord promu par Trump, ce qui impliquerait potentiellement le démantèlement total de leur programme nucléaire, ou, comme l’a menacé Trump, encourir le risque d'une frappe militaire.

“Les Iraniens s'efforcent de jouer la montre, en laissant penser qu'ils seraient disposés à négocier, tout en se refusant à négocier directement avec les États-Unis. C'est aussi une manière de gagner du temps, pour parvenir jusqu'à la date-butoir du 18 octobre qui rendrait caduque la possibilité de mise en œuvre du snapback”, affirme David Rigoulet-Roze.

“C'est la raison pour laquelle le président Donald Trump a transmis un courrier en forme d'ultimatum de deux mois pour négocier un nouvel accord que les Iraniens paraissent difficilement en mesure d'accepter car il serait encore plus contraignant que celui de 2015. C'est ce qui pourrait faire penser que Téhéran serait désormais prêt à prendre le risque de frappes sur ses installations nucléaires”, ajoute-t-il.

Un risque d’autant plus important alors que la base américaine de Diego Garcia, située dans l’océan Indien, connaît, selon des images satellites, une activité accrue, avec le déplacement d’au moins 6 bombardiers furtifs B-2 Spirit (sur les 18 en service) sur place.

“Il ne s'agit pas juste d'une logique d'affichage”, confirme David Rigoulet-Roze, “ce mode d’ajustement opérationnel s’est produit deux fois récemment : d'abord en octobre 2001 pour la campagne aérienne contre les Talibans en Afghanistan et en mars 2003 pour préparer l'invasion de l’Irak. Les bombardiers B-2 Spirit américains sont les seuls à pouvoir transporter les bombes perforantes GBU-57 susceptibles de frapper jusqu’à 60m de profondeur”.

D’autres avions de ravitaillement ont également été signalés sur l’île. Cette dernière est hors de portée des missiles balistiques iraniens, dont la portée maximale est estimée à 2 000 km.

Face à la menace américaine, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a promis une “riposte ferme” si le pays était bombardé, lors d'un discours à Téhéran à l'occasion de la fin du Ramadan.

Lundi soir, Ali Larijani, proche conseiller de l’ayatollah, a renchéri en affirmant que l’Iran ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire, mais “n’aura d'autre choix que de le faire” en cas d’attaque.

Si l’Iran souhaite disposer de la capacité de dissuasion propre à l’arme nucléaire, il doit prendre une décision rapidement avant une éventuelle attaque américaine. Une décision lourde de sens face à un président américain prêt à tout pour parvenir à ses fins. 

 

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