Nouvelles taxes douanières de Trump: une tempête en mer agitée
© Brendan SMIALOWSKI / AFP

Les récentes annonces de Donald Trump sur l’instauration de taxes douanières sur les produits provenant de 185 pays et territoires du monde ont provoqué une onde de choc à l’échelle mondiale. Cette politique, qui touche quasiment toute la planète, inclut notamment 18 pays arabes, dont le Liban, ce qui soulève de nombreuses interrogations sur ses conséquences pour l’économie libanaise et sa place sur le marché mondial.

L’instauration, jeudi, par le président américain, Donald Trump, de droits de douanes historiques sur les produits provenant de 185 pays et territoires du monde a fait trembler l’économie mondiale. L’impact de ces nouvelles taxes douanières va se faire sentir à travers le monde, notamment dans les pays arabes. Parmi les nations les plus affectées figurent la Syrie, l’Irak, la Libye, l’Algérie et la Tunisie, avec des taux allant jusqu’à 41% pour la Syrie. Le Liban est également inclus dans la liste des pays soumis à la taxe universelle de 10%, qui entrera en vigueur le 5 avril, tandis que les tarifs réciproques débuteront le 9 du même mois.

L’objectif de ces taxes est de réduire le déficit commercial des États-Unis en rendant les produits étrangers plus coûteux, incitant ainsi les producteurs locaux à regagner des parts de marché. Bien que cette stratégie semble logique pour l'économie américaine, elle risque de nuire aux pays qui dépendent des exportations pour soutenir leur croissance économique.

Dans un discours tenu à la Maison-Blanche, Donald Trump a expliqué que cette politique cherche à corriger les déséquilibres commerciaux mondiaux et à “restaurer la grandeur de l’Amérique”. Il a ajouté que les taxes douanières devraient permettre de relancer l'industrie américaine, de créer des emplois et, par conséquent, de réduire les prix pour les consommateurs tout en stimulant l’économie locale.

Quid du Liban?

Bien que les exportations libanaises vers les États-Unis soient relativement modestes, elles risquent d’être impactées par l’instauration de ces nouvelles taxes. Le Liban, qui exporte des produits tels que l’huile d’olive, le tahini, la bière, le vin et divers autres produits agricoles, pourrait se retrouver confronté à des défis pour maintenir sa compétitivité sur le marché américain.

En 2024, les échanges commerciaux entre le Liban et les États-Unis se sont élevés à environ 570 millions de dollars en exportations et 153 millions de dollars en importations, contre respectivement 121 millions et 705 millions en 2023, a expliqué le directeur général du ministère de l’Économie, Mohammad Abou Haidar, à Ici Beyrouth.

Il précise que les principales exportations libanaises vers les États-Unis sont les fertilisants et les perles naturelles, tandis que les importations concernent principalement les voitures et les médicaments.

Selon Nassib Ghobril, économiste en chef de la Byblos Bank, les nouvelles mesures douanières auront des conséquences à la fois positives et négatives sur le Liban. L'augmentation des droits de douane risque de freiner la croissance économique mondiale, ce qui entraînera une baisse de la demande mondiale de pétrole et une réduction des prix du brut. Cela constitue une bonne nouvelle pour le Liban, qui importe la totalité de son pétrole – soit une facture de 4,4 milliards de dollars en 2024. Cette baisse des prix du pétrole pourrait donc alléger la facture totale des importations du pays, estimée à 17 milliards de dollars pour la même année.

En parallèle, la hausse des taxes douanières et la chute des marchés boursiers ont fait grimper le prix de l’or, augmentant ainsi la valeur des réserves en or de la Banque du Liban. Cependant, les exportations libanaises vers les États-Unis pourraient souffrir de cette situation. Un autre point à prendre en compte est la dépréciation du dollar par rapport à l’euro, ce qui rendra les importations en provenance de la zone euro plus coûteuses. Toutefois, le Liban pourrait compenser cet impact en augmentant ses échanges avec les États-Unis, transition qui serait toutefois loin d’être simple, reconnaît M. Ghobril.

Hani Bohsali, président du Syndicat des importateurs de produits alimentaires, estime qu’étant donné que le Liban n’est pas un partenaire commercial majeur des États-Unis, les Libanais ne devraient pas ressentir immédiatement les effets des nouvelles taxes douanières imposées par Donald Trump. Selon lui, ces mesures impacteront certaines exportations libanaises, sans toutefois les éliminer. Il estime qu’il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de cette situation à l’échelle mondiale, suggérant même que l’excès d’offre mondiale et la baisse de la demande pourraient paradoxalement faire baisser les prix.

Bien qu’il ne soit pas l’un des plus grands exportateurs mondiaux, le Liban compte néanmoins sur le marché américain pour plusieurs de ses produits phares. Aux États-Unis, ces produits ont réussi à s'imposer grâce à une qualité appréciée, mais aussi à un réseau d'immigrés libanais qui soutient cette demande.

Néanmoins, l’instauration de nouvelles taxes douanières pourrait faire chuter cette dynamique. Les exportations libanaises vers les États-Unis risquent notamment de perdre de leur compétitivité, en raison de l'augmentation des coûts liée à ces nouvelles taxes. Le Liban pourrait ainsi se voir confronté à une réduction significative de ses exportations vers un marché clé, alors même qu'il peine déjà à se frayer une place sur la scène économique mondiale.

Une guerre commerciale mondiale

Les nouvelles taxes douanières ordonnées par Donald Trump ne se limitent pas au Liban ni aux pays arabes, mais s'étendent également à d'autres grandes puissances économiques. À partir de samedi, une taxe générale de 10% sera appliquée à tous les pays du monde, en plus des droits de douane existants, et des taxes supplémentaires seront imposées à 60 pays considérés comme les plus grands contrevenants.

Ces nouvelles mesures entreront en vigueur le 9 avril et concerneront notamment l'Union européenne et la Chine. Pour cette dernière, l'impact sera particulièrement lourd, avec des taxes de 34% sur ses produits exportés vers les États-Unis. L'UE verra ses exportations taxées à hauteur de 20%, l'Inde à 26%, le Japon à 24% et le Vietnam à 46%.

Même des alliés traditionnels des États-Unis, comme le Royaume-Uni, seront touchés par une hausse des taxes douanières à 10%. Pour d'autres pays, les droits de douane supplémentaires varient : 30% pour l'Afrique du Sud, 32% pour la Turquie, 26% pour l'Inde et 24% pour l'Australie. En Europe, en dehors de l'UE, ces taxes s'élèveront à 10% pour l'Ukraine et l'Islande, 31% pour la Suisse et 15% pour la Norvège.

À noter que certains pays comme la Russie, la Corée du Nord, la Biélorussie et Cuba ne figurent pas sur cette liste. Selon un responsable de la Maison Blanche, ces nations sont déjà soumises à des tarifs douaniers extrêmement élevés et à des sanctions qui empêchent tout commerce significatif avec les États-Unis. En plus de ces mesures, Trump a annoncé la mise en place de droits de douane de 25% sur les voitures fabriquées à l'étranger, ainsi que d'autres restrictions visant les pays qui imposent des barrières au commerce américain.

Les nouvelles taxes douanières de Donald Trump auront un impact mondial profond, affectant non seulement les grandes puissances économiques, mais aussi des pays plus petits comme le Liban. Bien que les exportations libanaises vers les États-Unis ne soient pas considérables, ces nouvelles barrières commerciales pourraient ralentir la croissance économique déjà fragile du pays.

 

Commentaires
  • Aucun commentaire