Morgan Ortagus et la politique du “soft power”
Le Premier ministre, Nawaf Salam, a longuement évoqué avec l’émissaire américaine, Morgan Ortagus, les réformes à mettre en œuvre ainsi que l’application de l’accord de cessez-le-feu. ©Agence nationale d'information

C’est la diplomatie du “soft power” que semble adopter l’envoyée spéciale adjointe du président américain pour le Moyen-Orient, Morgan Ortagus, lors de sa visite officielle de deux jours entamée hier au Liban.

Arrivée vendredi à Beyrouth, l’émissaire américaine a enchaîné, samedi matin, des entretiens avec le président de la République, Joseph Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam, et le président de la Chambre, Nabih Berry. Elle a également rencontré le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, ainsi que le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, avant de s’ntereteni, avec le chef de la diplomatie, Joe Raggi, autour d’un déjeuner.

 

Chaque rencontre avec les trois pôles du pouvoir a duré plus d’une heure, précédée d’un tête-à-tête. Mme Ortagus était accompagnée de Natasha Franceschi, adjointe du secrétaire d'État américain pour les affaires du Moyen-Orient et la Syrie, de l’ambassadrice des États-Unis au Liban, Lisa Johnson, ainsi que d’une délégation officielle.

Si elle s’est abstenue de toute déclaration à la presse à l’issue de ces entretiens, les informations ayant filtré laissent entendre qu’elle a insisté sur la nécessité du désarmement du Hezbollah. Contrairement aux indications des derniers jours, elle n’aurait pas exigé explicitement l’adoption d’un calendrier pour ce désarmement, pourtant réclamé tant par les États-Unis que par une partie des Libanais. Ces derniers soutiennent majoritairement l’engagement du président Joseph Aoun en faveur d’un monopole des armes réservé aux seules forces officielles.

Mme Ortagus a cependant souligné l’importance de cette mesure pour la reconstruction et le redressement économique du pays. Autrement dit, elle a clairement fait comprendre à ses interlocuteurs — avec lesquels elle a aussi évoqué longuement le dossier des réformes — que le Liban risque de ne pas bénéficier de l’aide internationale promise s’il ne s’engage pas concrètement dans le démantèlement de l’arsenal toujours détenu par la formation pro-iranienne au sud et au nord du fleuve Litani.

Elle s’est félicitée des efforts engagés par le Liban pour contrôler l’aéroport et ainsi entraver les flux financiers et les transferts d’armes vers le Hezbollah. Toutefois, ces mesures sont jugées insuffisantes par Washington, qui appelle les autorités libanaises à intensifier leur action. Faute de quoi, non seulement le Liban restera privé d’un soutien international crucial, mais Israël pourrait poursuivre les frappes contre des cibles du Hezbollah ou du Hamas à l’intérieur du territoire libanais.

Les responsables libanais, de leur côté, ont longuement présenté les mesures déjà mises en œuvre par l’armée dans le cadre de l’application de l’accord de cessez-le-feu. Si le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ont réitéré leur volonté d’honorer les engagements pris dans le discours d’investiture et la Déclaration ministérielle, la présidence du Parlement est restée plus discrète quant aux réponses de Nabih Berry face aux remarques de Mme Ortagus.

L’émissaire américaine doit encore s’entretenir avec le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, ainsi qu’avec d’autres personnalités politiques. Elle a également rencontré, samedi après-midi, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, figure de proue de l’opposition au Hezbollah.

Commentaires
  • Aucun commentaire