À la date butoir du 31 décembre 2025, l’État libanais n’a pas été en mesure d’honorer ses engagements internationaux en matière de désarmement du Hezbollah, malgré les efforts politiques, diplomatiques et sécuritaires entrepris au cours de l’année. Cette incapacité, désormais actée, met en lumière les limites structurelles de l’autorité de l’État, confronté à un acteur armé qui demeure plus puissant que ses institutions et qui refuse toute intégration dans un cadre étatique souverain.
Le refus explicite du Hezbollah
Cette réalité a été confirmée par le dernier discours de Naïm Kassem, secrétaire général du Hezbollah, dans lequel il a réaffirmé sans équivoque le refus du parti de remettre ses armes. Il a en outre précisé que le Hezbollah ne se considérait concerné que par la première des cinq étapes prévues par l’armée libanaise dans le plan présenté au gouvernement le 5 septembre 2025, dans le cadre des discussions internationales. Cette étape porte exclusivement sur le désarmement du Hezbollah au sud du Litani. Les étapes suivantes, qui doivent conduire au désarmement complet du groupe, ont été explicitement rejetées.
En excluant toute perspective de remise globale de son arsenal, Kassem a ainsi confirmé l’impasse stratégique dans laquelle se trouve le Liban: un État engagé sur le plan international, mais dépourvu des moyens effectifs pour imposer ses décisions sur l’ensemble de son territoire.
Washington et Tel-Aviv: des signaux inquiétants
Dans ce contexte déjà extrêmement tendu, la conférence de presse conjointe tenue à l’issue de la réunion entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a suscité de vives inquiétudes.
Le président américain y a dressé un constat sévère, déclarant que le Hezbollah, qui selon ses mots «se comporte mal», resterait toujours plus fort que l’État libanais. Sans fournir de détails opérationnels, Trump a ajouté que le destin de cette problématique serait en cours de discussion.
Si certains observateurs soulignent que le président américain n’a pas explicitement déclaré que les États-Unis avaient donné le feu vert à Israël pour se charger du désarmement du Hezbollah, autrement dit par le biais d’une nouvelle guerre, scénario contre lequel Washington avait pourtant mis en garde à plusieurs reprises durant l’année 2025, cette déclaration pourrait néanmoins augurer de mauvaises nouvelles pour le Liban.
L’absence de déclaration explicite n’écarte toutefois pas la possibilité toujours élevée d’un feu vert américain à une action militaire, directe ou indirecte. Mais elle intervient en effet à un moment clé du débat américain sur l’aide militaire au Liban, notamment sur le soutien accordé à l’armée libanaise, renforçant ainsi l’incertitude quant aux choix stratégiques à venir.
Le levier américain de l’aide militaire
Le National Defense Authorization Act (NDAA), loi votée par les deux chambres du Congrès et signée par le président Trump le 18 décembre 2025, encadre les conditions d’assistance militaire américaine et les dépenses de défense pour l’année fiscale 2026.
Le texte est explicite : il prévoit la suspension totale de l’aide américaine à l’armée libanaise en cas de non-alignement de l’institution militaire avec les objectifs définis par la loi, en particulier les efforts tangibles visant au désarmement du Hezbollah et des autres groupes armés.
Un étau stratégique pour le Liban
Le Liban se retrouve ainsi pris dans un étau stratégique: d’un côté, le risque d’une guerre totale si Israël venait à agir unilatéralement; de l’autre, la perspective d’un désengagement progressif des États-Unis et des pays amis du Liban. Un tel scénario entraînerait la perte d’aides vitales et de soutiens essentiels, notamment pour l’armée libanaise, pilier fragile de la stabilité intérieure.
Le spectre de 2020
Cette situation rappelle dangereusement un précédent douloureux. Malgré les efforts consentis par le gouvernement actuel, le non-respect des engagements pris, notamment à la suite de la décision gouvernementale du 5 août 2025, rappelle à bien des égards la décision malheureuse du gouvernement de Hassane Diab de ne pas rembourser une partie de la dette en eurobonds en mars 2020.
Si cette décision avait constitué l’une des causes majeures de l’aggravation de la crise financière qui a suivi, elle demeurait toutefois moins lourde de conséquences stratégiques qu’un manquement aux engagements internationaux liés au désarmement. En effet, l’abandon du remboursement relevait d’un choix financier, certes majeur, tandis qu’un défaut d’engagement en matière de souveraineté et de sécurité nationale expose le Liban à des risques existentiels, allant de l’isolement international à l’effondrement des soutiens politiques et militaires.
Le Liban ne peut se permettre de devenir, une nouvelle fois, un État incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires internationaux. Le gouvernement doit agir rapidement, accélérer et intensifier les efforts déjà engagés afin d’éviter une crise potentiellement plus grave encore que celle de 2020. Cet objectif n’est pas hors de portée, mais il exige une volonté politique claire et une action soutenue.
L’Iran, facteur déterminant
Parallèlement, les regards se tournent vers l’Iran, où des manifestations d’ampleur inédite depuis 2022 secouent la République islamique. Initialement motivé par la crise économique, ce mouvement semble évoluer vers une contestation plus large, avec des slogans appelant ouvertement au changement de régime.
Des affrontements entre manifestants et forces de sécurité ont déjà fait des morts, renforçant la gravité de la situation. Un tel mouvement, s’il devait s’amplifier, pourrait marquer le début d’un bouleversement majeur dans un pays considéré comme le principal responsable de la déstabilisation du Moyen-Orient et le soutien exclusif du Hezbollah, lequel se déclare partie intégrante de l’axe iranien.
Dans la conjoncture actuelle, un éventuel changement de régime à Téhéran ne pourrait qu’avoir des répercussions profondes et positives sur le Liban et sur l’avenir du désarmement du Hezbollah. Dans l’attente, le pays reste suspendu à des décisions qui le dépassent souvent, mais dont il subit pleinement les conséquences. Entre souveraineté inachevée et dépendance internationale, le Liban joue une partie décisive de son avenir.




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