Face à l’Iran, le Liban rappelle une ligne rouge: la défense du Liban relève de l’État
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, reçu par son homologue libanais, Joe Raggi, dans le cadre de sa tournée à Beyrouth. ©Al-Markazia

Lors de sa rencontre, vendredi, avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, le président, Joseph Aoun, a souligné la disposition du Liban à développer les relations économiques et commerciales entre Beyrouth et Téhéran. Il a également insisté sur l’importance d’établir avec l’Iran des relations fondées sur le respect mutuel, la transparence et la franchise, exprimant ainsi la volonté de Beyrouth de consolider un partenariat équilibré et durable.

Plus tôt dans la matinée, le chef de la diplomatie libanaise, Youssef Raggi, a reçu son homologue iranien. Il a alors tenu à rappeler un principe qu’il a qualifié de fondamental: «la défense du Liban relève exclusivement de la responsabilité de l’État». Il est allé plus loin en interrogeant son homologue sur la possibilité pour Téhéran d’accepter «la présence d’une organisation armée illégitime sur son territoire».

À cette interpellation, M. Araghchi a répondu en confirmant que l’Iran soutient le Hezbollah en tant que mouvement de résistance, tout en assurant que son pays ne s’immisce en aucune manière dans ses décisions, lesquelles relèvent, selon lui, de la seule prérogative de la formation chiite.

En réponse, M. Raggi a exprimé le souhait que tout soutien iranien soit dirigé exclusivement vers l’État libanais et ses institutions, et non vers une autre partie. Il a, dans ce cadre, exhorté son homologue iranien à intervenir afin de mettre un terme aux déclarations et prises de position de certains responsables iraniens, qu’il a qualifiées d’ingérences flagrantes dans les affaires intérieures du Liban.

Insistant sur le principe du monopole de l’État sur les armes, le ministre libanais a affirmé que le Liban ne pourra solliciter l’aide d’autres pays, y compris l’Iran, que lorsqu’il disposera pleinement de son pouvoir de décision stratégique, notamment en matière de guerre et de paix. Il a averti qu’un État souverain, capable de défendre son territoire et sa population, ne peut se construire tant qu’une organisation armée opère en dehors de son autorité.

Abordant le dossier de la reconstruction, M. Raggi a expliqué que les retards enregistrés s’expliquent, d’une part, par la conviction largement répandue que la guerre n’est pas encore terminée et, d’autre part, par le fait que les pays en mesure d’aider le Liban conditionnent leur soutien au désarmement. Une approche à laquelle le ministre iranien a dit souscrire.

De son côté, M. Araghchi a assuré que Téhéran souhaite établir avec Beyrouth une relation fondée sur l’amitié et le respect mutuel, dans le cadre des gouvernements et de leurs institutions respectives. Il a estimé que la confrontation aux menaces et aux défis communs nécessite un dialogue et une concertation permanents, malgré des divergences d’approche sur certains dossiers. Une assertion à laquelle M. Raggi a réagi en rappelant que les divergences de vues ne sont pas incompatibles avec des relations amicales, réaffirmant la volonté du Liban d’entretenir les meilleures relations possibles avec l’Iran.

Le chef de la diplomatie iranienne a, par ailleurs, souligné l’attachement de son pays à l’indépendance, à l’unité et à la souveraineté du Liban, précisant que la défense de ces principes incombe au gouvernement libanais. Selon lui, l’unité des différentes communautés sous l’autorité de l’État constitue une condition essentielle à la stabilité du pays.

Reçu à Aïn el-Tiné par le président de la Chambre, Nabih Berry, M.  Araghchi a affirmé que sa visite visait à «ouvrir une nouvelle page des relations» entre l’Iran et le Liban, notamment dans les domaines économique et commercial. Il a souligné l’existence de «capacités et de potentiels importants» dans les deux pays pour renforcer cette coopération.

Évoquant la situation intérieure iranienne, M. Araghchi a comparé les manifestations actuelles en Iran au mouvement de contestation qu’a connu le Liban en 2019, estimant que la hausse du coût des devises étrangères en est un facteur commun. Il a assuré que les autorités iraniennes ont entamé un dialogue avec les différentes composantes de la société pour tenter de résoudre les difficultés, accusant par ailleurs les États-Unis et Israël d’une «implication directe» visant, selon lui, à faire basculer les protestations dans la violence.

Le ministre iranien a également rencontré le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, qui a dénoncé la poursuite de ce qu’il a qualifié «d’agression américano-israélienne», malgré le respect par le Liban de l’accord de cessez-le-feu.

Araghchi s’est enfin entretenu avec le Premier ministre, Nawaf Salam, concluant ainsi sa série de rencontres politiques à Beyrouth qui a débuté jeudi matin.

Sa tournée visait, selon lui, à «renforcer les relations entre les deux pays et de soutenir la souveraineté du Liban.

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