L’Iran entre ce mardi dans son quinzième jour consécutif de manifestations, dans un climat de durcissement sécuritaire, d’isolement informationnel prolongé et de pressions diplomatiques croissantes. Tandis que le pouvoir iranien affirme rester ouvert au dialogue, les bilans humains s’alourdissent et les capitales occidentales évaluent leurs options face à la répression.
Un pouvoir sous pression croissante
Selon la radio de l’armée israélienne, l’establishment sécuritaire met en garde les responsables politiques contre des signes d’«anxiété croissante» et de «crainte pour la stabilité» du régime iranien. Dans ce contexte, l’Autorité israélienne de radiodiffusion indique que le cabinet de sécurité israélien doit se réunir mardi soir, en toile de fond des protestations en Iran.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu’Israël suivait la situation «de très près», affirmant que «le monde entier est impressionné par l’immense bravoure des citoyens iraniens». Il a exprimé son soutien à leur «lutte pour la liberté» et condamné ce qu’il a qualifié de «massacre de civils innocents».
Un responsable israélien a toutefois tempéré toute perspective d’action immédiate, déclarant à la chaîne Channel 12 : «Nous ne prendrons aucune mesure contre l’Iran à ce stade. Toute décision concernant l’Iran sera coordonnée avec Washington».
Washington étudie ses options
Aux États-Unis, le président Donald Trump doit être informé mardi des options envisageables en réponse à la répression des manifestations à l’échelle nationale.
Selon des sources américaines, les discussions porteront sur d’éventuelles actions cyber, un durcissement des sanctions, un soutien accru aux manifestants en ligne, ou encore des options militaires potentielles. Aucune décision finale n’est toutefois attendue à ce stade.
Avertissements iraniens et accusations d’ingérence
Dans ses premières déclarations après trois nuits de manifestations intensifiées, le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé que le gouvernement était prêt à entendre les revendications de la population, tout en mettant en garde contre toute perturbation de l’ordre public. «Le peuple ne doit pas permettre aux émeutiers de perturber la société», a-t-il déclaré à la télévision d’État, ajoutant que les autorités entendaient «établir la justice» et traiter les préoccupations légitimes par le dialogue.
Pezeshkian a simultanément accusé les États-Unis et Israël d’ordonner aux «émeutiers» de semer l’instabilité en Iran, tout en réaffirmant que le pouvoir restait ouvert à l’écoute des demandes citoyennes.
Sur le plan diplomatique, le Financial Times rapporte que Téhéran a mis en garde Washington et Israël contre toute intervention militaire visant à soutenir les manifestations, estimant qu’une telle démarche entraînerait une escalade des tensions et une instabilité accrue. Les autorités iraniennes évoquent des ingérences étrangères dans un mouvement déclenché, selon elles, par des difficultés économiques et un mécontentement politique.
Bilans humains et répression
Les médias d’État iraniens, dont l’agence Tasnim et la télévision nationale, affirment qu’au moins 109 membres des forces de police et de sécurité ont été tués depuis le début des manifestations.
De son côté, l’organisation Hrana fait état d’un bilan bien plus lourd côté manifestants, évaluant à 466 morts le nombre total de victimes depuis le début du mouvement. L’ONG précise que les protestations ont atteint leur pic le douzième jour, lorsque 96 villes dans 27 provinces ont été touchées simultanément.
Selon Hrana, malgré les restrictions drastiques des communications imposées à partir de ce soir-là, les manifestations se sont poursuivies à l’intérieur du pays.
Arrestations massives et foyers persistants de contestation
Hrana rapporte que plus de 200 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été violemment arrêtées au cours des deux derniers jours à Zahedan, dans la province du Sistan-Baloutchistan. La ville figure parmi les rares où une contestation persistante a pu être confirmée au quatorzième jour, malgré un déploiement massif des forces militaires et de sécurité.
Toujours selon l’ONG, le nombre total de personnes arrêtées depuis le début des manifestations s’élève désormais à 2 638. Elle ajoute que, malgré le black-out, certains médias affiliés aux forces de sécurité ont pu reprendre leurs activités en ligne, diffusant des images accusant les manifestants de violences et de destructions.
Des foyers de protestation ont notamment été signalés à Téhéran, Machhad, Shiraz et Zahedan.
Black-out numérique prolongé
L’ONG NetBlocks indique que la coupure nationale d’Internet en Iran a désormais dépassé 60 heures, avertissant qu’elle constitue un «risque grave pour la sécurité publique». «Ce niveau de censure à un moment critique pour l’avenir de l’Iran représente une menace directe pour la sécurité et la santé des citoyens», a déclaré l’organisation.
Hrana souligne que si cette coupure a fortement limité la diffusion d’images et d’informations, elle n’a pas empêché la poursuite des manifestations sur le terrain. L’AFP rapporte que des vidéos montrant de larges foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche à Téhéran et à Machhad ont probablement été diffusées via des moyens satellitaires.
Soutiens internationaux et mobilisation à l’étranger
Le pape Léon XIV a appelé à la paix en Iran et en Syrie et au retour du dialogue entre les parties en conflit dans les deux pays.
En Europe, plus de 2 000 personnes ont manifesté dimanche à Paris à l’appel de partisans de Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, pour soutenir le mouvement de contestation. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles à la République islamique.
À l’inverse, la police turque a empêché tout rassemblement à Istanbul, selon l’AFP.
Reza Pahlavi réaffirme ses ambitions
Reza Pahlavi a déclaré dimanche être prêt à retourner en Iran pour diriger une transition vers un gouvernement démocratique. «Je suis prêt à revenir en Iran à la première occasion possible. Je m’y prépare déjà», a-t-il affirmé sur la chaîne Fox News.
Il a ajouté que son objectif était de «diriger cette transition» afin de garantir que «les citoyens puissent élire librement leurs dirigeants et décider de leur avenir».





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