Pas de mails, pas de SMS ou d'applications étrangères, et des appels téléphoniques très aléatoires: les près de 86 millions d'Iraniens sont depuis des jours quasiment coupés du monde, une mise sous cloche numérique imposée par les autorités face au mouvement de contestation.
«On vient au bureau mais sans internet, je ne peux même pas contacter mes clients», peste un employé d'une société privée iranienne. Comme toutes les personnes rencontrées par l'AFP à Téhéran, il témoigne sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité.
L'Iran a coupé le 8 janvier les accès à internet de sa population, l'empêchant de partager avec le reste du monde des informations sur les manifestations en cours contre le pouvoir.
Les liaisons téléphoniques internationales ont en revanche été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais pas dans l'autre sens, selon un journaliste de l'AFP. Et la qualité des appels reste médiocre avec de fréquentes interruptions.
Si les populaires applications YouTube, Instagram et Télégram sont inaccessibles, les Iraniens peuvent continuer à consulter l'intranet national où les contenus sont filtrés. Les applications de taxi, les livraisons et services bancaires fonctionnent aussi normalement.
Mardi, les journaux font leur Une sur les rassemblements massifs de la veille organisés à l'appel du pouvoir, le quotidien ultraconservateur Kayhan titrant sur «l'humiliation historique» infligée selon lui à l'Amérique et à Israël.
À Téhéran, les terrasses des cafés sont pleines en journée, la plupart des magasins sont ouverts et les avenues embouteillées, donnant une impression de normalité à la capitale.
Mais en soirée, l'économie tourne au ralenti, les restaurants et centres commerciaux fermant même si aucun couvre-feu n'a été officiellement décrété.
Les clients sont nombreux «quand les gens viennent pour se retrouver mais vers 18H00 on doit commencer à fermer», déclare à l'AFP un serveur entre deux commandes.
Mardi matin, les forces de sécurité étaient moins visibles aux principaux carrefours de la ville qu'en fin de semaine dernière, au plus fort des manifestations.
Devant l'entrée de l'université de Téhéran, on peut voir une ambulance et un véhicule de pompiers entièrement calcinés.
Sur une banderole reprenant la rhétorique des autorités, on peut lire: «cette ambulance a été ciblée par des usurpateurs du régime sioniste», en référence à Israël.
D'autres bannières dans la ville montrent des images de véhicules vandalisés avec la mention: «ce ne sont pas des manifestations».
Lundi, devant des ambassadeurs à Téhéran, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a assuré que 200 magasins, 180 ambulances, 53 mosquées et des bus avaient été incendiés.
Les médias d'État diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux policiers victimes du «terrorisme» ourdi selon le pouvoir par Israël et les États-Unis.
AFP



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