Sous les bombes israélo-américaines depuis deux semaines, Téhéran a exhorté dimanche les autres nations du monde à s'abstenir de «toute action» pouvant étendre encore davantage la guerre, après un appel américain à sécuriser le stratégique détroit d'Ormuz.
Le conflit ne prendra fin que quand l'Iran sera «certain» qu'il ne pourra pas se reproduire, a averti le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dans un entretien au site d'information en arabe Al-Araby Al-Jadeed.
La guerre embrase la région et fait flamber les cours du pétrole, alors que le détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième de la production mondiale de pétrole, est bloqué quasi totalement par Téhéran.
Donald Trump a appelé à la rescousse d'autres pays pour le sécuriser, citant notamment la France comme potentiel partenaire, comme la Chine, le Japon, le Royaume-Uni ou la Corée du Sud.
Au cours d'un appel avec son homologue français Jean-Noël Barrot, Abbas Araghchi a appelé à la retenue.
Les autres pays doivent «s'abstenir de toute action pouvant mener à une escalade et à une extension du conflit», a-t-il souligné, selon un communiqué de son ministère.
Aucun État n'a pour l'heure annoncé se joindre à Washington, qui veut envoyer la marine pour escorter des pétroliers.
Séoul «examine de près» cette demande, a déclaré un responsable de la présidence à l'AFP, tandis que Londres discute «actuellement avec (ses) alliés et partenaires d'un éventail d'options afin de garantir la sécurité du transport maritime dans la région».
Mais le gouvernement britannique a jugé que l'heure était surtout à une «désescalade».
«Preuves»
Israël avait déjà attaqué l'Iran en juin 2025, menant à une guerre de 12 jours à laquelle s'étaient joints les États-Unis.
En représailles à ces nouvelles frappes lancées le 28 février, Téhéran vise le Golfe qui abrite des intérêts économiques et militaires des États-Unis.
M. Araghchi a justifié ces attaques par «les nombreuses preuves», des images satellites et des «opérations de surveillance électronique» qui montrent que les bases américaines de la région sont utilisées pour cibler son pays.
Selon lui, des missiles ont été tirés depuis les Émirats arabes unis pour attaquer l'île de Kharg, qui abrite le principal hub d'exportation d'or noir de l'Iran.
Washington a dit y avoir frappé des cibles militaires et Donald Trump a menacé de s'en prendre aux sites pétroliers. En réponse, Téhéran a promis de «réduire en cendres» les infrastructures pétrolières liées aux États-Unis dans la région, mais aussi des entreprises américaines.
Conséquence des hostilités: le prix du baril de Brent, la référence mondiale du brut, a augmenté de plus d'un tiers depuis le début de la guerre et se négocie désormais autour des 100 dollars.
Gouffre financier
Économiquement, l'opération contre Téhéran est un gouffre pour Washington. La première semaine de guerre lui a coûté plus de 11 milliards de dollars, d'après la presse américaine.
Côté israélien, le gouvernement a approuvé une enveloppe de 827 millions de dollars (721 millions d'euros) pour des achats militaires d'«urgence», selon la presse locale.
Le président Trump a dit ne pas vouloir un accord avec l'ennemi iranien, car «les termes ne sont pas encore assez bons».
Ces termes doivent «être très solides» pour déboucher sur un accord et inclure l'engagement de Téhéran à abandonner ses ambitions nucléaires, a-t-il déclaré dans un entretien avec la chaîne américaine NBC.
Les États-Unis et Israël assurent avoir fortement affaibli la République islamique dans leur opération visant à détruire ses programmes balistique et nucléaire, voire faire tomber le pouvoir.
Mais Téhéran continue de viser le sol israélien et a déclaré dimanche avoir ciblé une importante unité de police et un centre de communications par satellite.
À Bnei Brak, près de Tel-Aviv, une foule d'habitants s'est rassemblée près d'un immeuble endommagé par un missile, tenue à l'écart par un cordon de sécurité pendant que des secouristes s'affairaient.
Si la République islamique ne plie pas, le mystère entoure le sort de Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême ayant succédé à son père tué au premier jour de la guerre, qui a lui-même été blessé dans les frappes et n'est toujours pas apparu publiquement.
Donald Trump a dit «ne pas savoir» s'il était vivant, l'appelant si c'est le cas à «se rendre».
Décombres à Téhéran
A Téhéran, des habitants déblaient les décombres au milieu d'immeubles dévastés par l'offensive américano-israélienne.
L'accès à internet reste fortement restreint mais la vie reprend doucement son cours: des cafés et restaurants, encore fermés ces derniers jours, ont rouvert, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Des passagers attendent aux arrêts de bus, qui étaient largement désertés depuis le début de la guerre, et d'autres Téhéranais font la queue devant des distributeurs pour retirer de l'argent.
La guerre a aspiré de nombreux pays de la région.
Mais c'est en Iran et au Liban, pilonnés massivement par Israël après des attaques du Hezbollah pro-iranien, qu'ont été recensés la majorité des plus de 2.000 morts, selon les données communiquées par les autorités des pays concernés.
Si Beyrouth veut former une délégation pour négocier avec son voisin une cessation des hostilités, selon une source officielle à l'AFP, Israël a affirmé qu'aucune discussion directe n'était prévue.
Le Hezbollah a affirmé dimanche avoir lancé "un missile sophistiqué" en direction de la base aérienne de Palmachim, au sud de Tel-Aviv.
AFP



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