Les États-Unis désignent les Frères musulmans en Egypte, Liban et Jordanie comme organisations terroristes
Le sceau du Département d'État des États-Unis. ©Ici Beyrouth

Washington a désigné mardi les Frères musulmans en Égypte, au Liban et en Jordanie comme «organisations terroristes étrangères», répondant ainsi à une demande de longue date de ses alliés arabes.

Fondé en 1928 en Égypte, ce mouvement pan-islamiste sunnite a un temps étendu son influence sur tout le monde arabe, mais a connu un recul ces dernières années sous la pression des grandes puissances arabes.

«Ces classifications reflètent les premières mesures d'une action continue et soutenue pour contrecarrer la violence et la déstabilisation de certaines branches des Frères musulmans partout où elles se trouvent», a justifié dans un communiqué le secrétaire d'État américain, Marco Rubio.

«Les États-Unis utiliseront tous les outils à leur disposition pour priver ces branches des Frères musulmans des ressources leur permettant de mener ou soutenir des actes de terrorisme», a-t-il ajouté.

L'organisation a répondu mardi «rejeter catégoriquement» cette décision, affirmant refuser la violence et ne pas poser de menace envers les États-Unis.

«Cette classification est à la fois déconnectée de la réalité et dépourvue d’éléments de preuves,» a-t-elle déclaré dans un communiqué publié en ligne. «C'est le résultat de pressions étrangères, venant particulièrement des Émirats arabes unis et d'Israël», ajoutent les Frères musulmans, qui affirment envisager de contester en justice la décision américaine.

«Menace» 

L'Égypte, où le mouvement est interdit, a salué l'annonce américaine, la qualifiant «d'étape décisive» dans la lutte contre «l'extrémisme» et «la menace directe qu'il fait peser sur la sécurité et la stabilité régionales et internationales».

En novembre, Donald Trump avait signé un décret enclenchant ce processus de classification.

Le texte publié par la Maison Blanche notait que les antennes des Frères musulmans au Liban, en Jordanie et en Égypte « commettaient ou encourageaient et soutenaient des campagnes de violence et de déstabilisation qui nuisent à leurs propres régions, à des citoyens américains ou à des intérêts américains».

La classification comme «organisation terroriste étrangère» permet, outre la pression politique, de prendre une série de mesures financières et administratives: gel des avoirs, interdiction de transactions, interdiction d'entrée sur le territoire américain, etc.

Le Trésor américain a affirmé que les branches égyptienne et jordanienne des Frères musulmans entretenaient des liens avec le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a lancé une attaque sanglante le 7 octobre 2023 contre Israël, ayant déclenché deux ans d'offensive militaire dans la bande de Gaza.

Hamas et Hezbollah 

Le Hamas - créé en décembre 1987 par un groupe de militants islamistes se réclamant des Frères musulmans - est lui aussi classé de longue date comme «organisation terroriste» par les États-Unis.

Et selon le département d'État américain, au Liban les Frères musulmans se sont alliés au mouvement chiite pro-iranien Hezbollah pour frapper Israël.

Les Frères musulmans libanais ont «poussé pour un alignement plus formel avec l'axe Hezbollah-Hamas», a affirmé la diplomatie américaine dans le communiqué.

En avril 2025, la Jordanie a interdit les Frères musulmans auxquels elle avait imputé des «activités de nature à déstabiliser le pays», notamment la fabrication et le stockage de roquettes et explosifs, mettant un terme à une relation longtemps ambivalente entre les autorités et l'influente confrérie.

Fondée en 1945, la branche jordanienne des Frères musulmans était la plus ancienne et la plus influente organisation islamique du pays.

La confrérie des Frères musulmans, organisation transnationale implantée dans de nombreux pays, a longtemps été le principal mouvement d'opposition en Égypte malgré des décennies de répression.

Aujourd'hui considérée dans le pays comme une organisation «terroriste», elle a été rayée du paysage politique après le bref mandat d'un an (2012-2013) de l'un de ses membres, le président d'alors Mohamed Morsi mort en prison en 2019.

La confrérie porte le projet d'un islam politique conservateur. Le mouvement a été interdit dans plusieurs autres pays, dont l'Arabie saoudite.

Les États-Unis se sont longtemps abstenus de procéder à cette classification pour ne pas compromettre les relations avec la Turquie, dont le président, Recep Tayyip Erdogan, entretient une affinité idéologique avec les Frères musulmans.

Par Shaun TANDON/AFP

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